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Architecture de Pascal Rambert, ou la défaite de la pensée dans la Cour d’Honneur

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Architecture embrasse le destin d’une famille autrichienne, de l’aube de la première guerre mondiale à la veille de la seconde.
Architecture embrasse le destin d’une famille autrichienne, de l’aube de la première guerre mondiale à la veille de la seconde.
- Christophe Raynaud de Lage

Avec sa pièce "Architecture", odyssée tragique d’une famille d’intellectuels viennois dans une Europe dévorée par le fascisme, Pascal Rambert rate l’occasion de porter le politique dans la Cour d’Honneur.

En 2005, Pascal Rambert présentait “After/Before” au Festival d’Avignon. Lors de la première, une spectatrice s’était levée au milieu du spectacle, et avait crié : “Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça ?”. “After-Before” était un spectacle chorégraphique dans lequel s’inséraient des interviews en vidéo de personnalités très diverses, qui parlaient de leur rapport au monde contemporain. J’étais de ceux qui avaient défendu ce spectacle exigeant, radical, qui travaillait le motif de la répétition jusqu’à l’exaspération. Et l’exaspération avait été grande, donc, mais le spectacle nous donnait matière à penser.

Une forme qui cherche maladroitement à allier poésie et philosophie

14 ans plus tard, Pascal Rambert est dans la Cour d’Honneur, avec “Architecture”, et interroge à nouveau l’état du monde, à travers les membres d’une famille d’artistes qui traversent les traumatismes du XXème siècle. Mais cette fois, pas de scandale. La forme, sans doute, n’y est pas pour rien, qui voit Pascal Rambert écrire de très longues tirades, dans une forme qui cherche maladroitement à allier poésie et philosophie, et qui donne naissance à une grandiloquence bien-pensante devant laquelle on reste un peu interdit.

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Si Rambert a depuis quelques années déjà emprunté ce chemin, il apparaît ici, dans ce grand format de la Cour d’Honneur, singulièrement court. Il ne suffit pas d’empiler les références - Tchekhov, Thomas Bernhard, Duras, les grecs anciens ou Shakespeare - pour donner de l’épaisseur à un texte qui enfile les clichés comme les perles.

On ne peut que se désoler que Pascal Rambert, qui reste l’un de nos grands auteurs, se fourvoie dans les grandes largeurs avec ce spectacle qui ne fait que conforter le public dans ses craintes néo-bourgeoises et ses indignations calibrées. Cette pièce, qui se voudrait politique, en est un exact opposé, un prêt-à-penser confortable, qui fait que chacune et chacun ressort de la Cour d’Honneur sans s’être posé la moindre question. Défaite de la pensée.

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