Publicité

Argentine : Alberto Fernández, nouveau Président péroniste au pied du mur

Par
Avant son entrée en fonction officielle ce mardi, Alberto Fernández a présenté son gouvernement de coalition qui rassemble les différents courants du péronisme. Le nouveau dirigeant ici à Buenos Aires, le 27 octobre 2019.
Avant son entrée en fonction officielle ce mardi, Alberto Fernández a présenté son gouvernement de coalition qui rassemble les différents courants du péronisme. Le nouveau dirigeant ici à Buenos Aires, le 27 octobre 2019.
© AFP - Ronaldo Schemidt

Les quatre années de présidence du libéral Mauricio Macri s’achèvent sur un bilan peu glorieux. Le péroniste Alberto Fernández, son successeur à la tête de l’Argentine, prend ses fonctions ce mardi. Le nouvel élu de centre gauche saura-il gérer l'héritage de la troisième économie d’Amérique Latine ?

Alberto Fernández s’était imposé en août 2019, en gagnant les élections primaires, test grandeur nature du scrutin présidentiel d’octobre. Le candidat de "Frente de todos", le Front de tous, était largement arrivé en tête, 47,3% contre 32,2% à "Juntos por el cambio", ensemble pour le changement, du président sortant Mauricio Macri.

Les résultats des "Paso", primaires ouvertes simultanées et obligatoires présageaient du retour au pouvoir des péronistes. Et même, devenaient un signe avant-coureur d’une victoire dès le premier tour. Bingo ! Le vote étant obligatoire en Argentine, 80% des électeurs se sont déplacés le 24 octobre et Alberto Fernández est passé haut la main devant Mauricio Macri, 48,1% contre 40,3%. Retour sur l'itinéraire et les promesses de celui qui se définit comme "libéral de gauche, libéral progressiste".

Publicité

Un rôle dans l’ombre du péronisme 

Après avoir été professeur de droit et avocat, Alberto Fernández, aujourd'hui à peine sexagénaire, s’est lancé en politique en 1983, auprès de Raúl Ricardo Alfonsín, premier Président élu argentin, après sept années d'une dictature militaire instaurée par le général Jorge Videla. Puis, le jeune homme devient trésorier du Président Eduardo Duhalde. Avant d’être nommé chef de cabinet de Nestor Kirchner, arrivé à la Maison rose, la "Casa rosada", en 2003, Alberto Fernández est élu député. Après le mari, l’épouse ! Alberto Fernández travaille aux côtés de Cristina Fernández de Kirchner, élue Présidente en 2007. Un an plus tard, en désaccord avec la "Cheffe" d’état sur la crise rurale, il démissionne. Pendant dix ans, il reste en dissidence. Finalement en 2018, il se rapproche de Cristina Kirchner pour former le "Frente de Todos coalicion 2019" et empêcher un second mandat présidentiel de Mauricio Macri.

Cristina Kirchner et Alberto Fernandez, le ticket gagnant de l’élection présidentielle argentine.
Cristina Kirchner et Alberto Fernandez, le ticket gagnant de l’élection présidentielle argentine.
© AFP - Joaquin Salguero
10 min

Un ticket gagnant 

L'ancienne "cheffe" d'état argentine Cristina Fernández de Kirchner a créé la surprise en mai 2019 quand elle a déclaré qu'elle briguait la vice-présidence aux côtés d'Alberto Fernández, lançant ainsi son ancien bras droit en première ligne. CFK pouvait légalement prétendre à la Présidence, mais elle a choisi une autre option, en raison de son procès en cours pour détournements de fonds, et des scandales de corruption qui ont éclaboussé ses mandats présidentiels et sa famille. Elle revient au pouvoir mise en examen dans huit dossiers de corruption en cours d'instruction. Sans oublier le désamour que lui voue une partie de la population qui la traite de démagogue. L'Argentine a connu 12 années de kirchnérisme qui ont laissé des traces. 

L’homme de la situation

Alberto Fernández, mesuré et sobre, se présentant comme un " libéral de gauche, un libéral progressiste péroniste", devient la figure la plus à même de rassembler les réfractaires à CFK mais qui rejettent Macri, les péronistes récalcitrants et les kirchnéristes.

Deux électeurs synthétisent l'enjeu des présidentielles. "Ce qui est en jeu est plus profond que l'antonymie péronisme - anti péronisme, c'est plutôt la défense des plus démunis et de la classe moyenne ou du FMI et des grandes banques" explique un partisan d'Alberto Fernández.

Un soutien à la coalition au pouvoir estime lui que "c_e qui se joue est l'opposition entre la démocratie libérale et le populisme autoritaire_".

C’est à Mar Del Plata, dans la province de Buenos Aires, à 400 km de la capitale, que s’est terminée la campagne du "Front de tous, coalition 2019". Alberto Fernández et sa colistière Cristina Fernández de Kirchner ont appelé les électeurs à faire le bon choix :

Montrons que la meilleure équipe en Argentine est celle-ci : celle qui pense aux Argentins, chacun de vous doit savoir que nous signons un contrat moral et éthique avec vous pour que l'Argentine prenne soin des oubliés, pour faire de l'Argentine une nouvelle croissance.

"Gracias a todos", merci à tous, après la victoire d'Alberto Fernandez à l'élection présidentielle.
"Gracias a todos", merci à tous, après la victoire d'Alberto Fernandez à l'élection présidentielle.
© AFP - Alejandro Pagni

Proposer une Argentine juste et solidaire aux citoyennes et aux citoyens qui pâtissent de plein fouet de la politique néolibérale appliquée par Mauricio Macri depuis 4 ans, voilà l’engagement pris par celui et celle qui deviennent respectivement aujourd’hui Président, et vice-présidente.

70 années de crise

"Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent" répétait Henri Queuille, une vingtaine de fois ministre entre 1925 et 1954, et surtout le créateur de la SNCF, la nationalisation des chemins de fer en 1938, bien que ce soit un autre homme d’Etat, aussi corrézien qui rendit la formule populaire : "l_es promesses n’engagent que ceux qui les croient_ " dixit Jacques Chirac. Dès lors, difficile de trier le sérieux entre les effets d’annonces et les intentions de changements. 

La liste des attentes des Argentins est longue. A commencer par l’arrêt de la dégradation de la conjoncture. Le journal Les Echos résume l’état des lieux : 

Le taux de chômage dépasse les 10 %. Pour la deuxième année consécutive, le Produit Intérieur brut va chuter de 3,1% selon les dernières projections du FMI. L’inflation, mal endémique argentin, s’est encore accélérée et atteint 55% sur les douze derniers mois. La pauvreté a bondi de 30 % et concerne désormais plus d’un Argentin sur trois. Les chiffres de l’emploi s’avèrent plus moroses : plus de 100 000 postes détruits sur les douze mois.

En juin 2018, le Fonds Monétaire International a consenti à l'Argentine un prêt de 57 milliards de dollars contre la mise en place d'une politique d'austérité. Replacée dans le cercle vicieux de l’endettement, l’Argentine doit payer 52 milliards de dollars au FMI entre 2021 et 2023. Et Alberto Fernández a annoncé il y a quelques jours qu'il ne demanderait pas le décaissement des 11 milliards de dollars restants.

La dette a grimpé de 45 % du PIB en 2015 à 97% fin 2018. La monnaie a chuté, les taux d’intérêt ont doublé. Le revenu par habitant a baissé de près de 30% en 2019. Selon la Banque Mondiale, l'Argentine a, de 1950 à 2019, traversé 15 périodes de récession, dont 24 années de croissance négative. 

Manifestation devant les bureaux du Fonds monétaire international le 31 octobre 2019 à Buenos Aires.
Manifestation devant les bureaux du Fonds monétaire international le 31 octobre 2019 à Buenos Aires.
© AFP - Carol Smiljan
5 min

Un travail de "bénédictin"

L’héritage transmis de mandature en mandature démocratique depuis trente-six ans handicape chaque élu à la tête du pays. Tantôt brutales, tantôt graduelles, les dépressions ont jeté au chômage et dans la pauvreté des millions d’Argentins. Les effets se perpétuent : endettement, hyperinflation, fuite des capitaux… Les crises successives sont-elles conjoncturelles ou structurelles ?

L'ampleur des problèmes économiques, financiers et sociaux auxquels doit répondre le nouveau Président va demander du temps, de l'énergie et des soutiens dans le pays, dans la région et des appuis internationaux. 

L'Argentine qui essaie de remplir les critères d'adhésion à l'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques internationale, pourrait rapidement cocher une case requise si elle acceptait d'accorder ce que demande une bonne partie de sa population : la dépénalisation de l'avortement. 

"Aborto legal ya", l’avortement légal 

Le 8 août 2018, le Sénat argentin a raté une occasion historique. Contrairement à l'Irlande qui, un mois plus tôt avait légalisé l'IVG, il a rejeté la loi qui autorise l'interruption volontaire de grossesse jusqu'à la quatorzième semaine de grossesse. Ce texte avait été provisoirement adopté de justesse par les députés. Tandis que depuis 2005, les organisations de femmes sont mobilisées pour défendre "l'avortement légal, sûr et gratuit"

En 2017, après que le Président Mauricio Macri a autorisé le débat parlementaire, sans toutefois se positionner pour ne pas déplaire à la hiérarchie de l’église catholique, est né le mouvement des "foulards verts". Ce mouvement pro-avortement a organisé de grandes mobilisations en faveur de la suppression de la loi de 1921. Cette législation en vigueur restreint l'avortement. Elle autorise l'interruption de grossesse en cas de danger pour la santé ou la vie de la femme, ou en cas de viol. Or, l'histoire d'une fillette de 11 ans violée et contrainte à poursuivre sa grossesse a intensifié le débat sur l'avortement.

Manifestation anti-avortement à Buenos Aires le 8 août 2019.
Manifestation anti-avortement à Buenos Aires le 8 août 2019.
© AFP - Juan Malbromata

En janvier 2019, une pré-adolescente, abusée par le mari de sa grand-mère découvre qu'elle est enceinte après 19 semaines. Plusieurs fois, la fillette de 11 ans et sa mère ont demandé un avortement, comme le prévoit la loi.  "Non !", ont répondu les médecins de l'hôpital d’une région conservatrice, mettant en avant leur clause de conscience. Finalement, ils ont pratiqué une hystérotomie à la 23e semaine, et mis au monde un bébé prématuré de 5 mois. "Forcer cette fillette à subir en urgence une césarienne qui aurait pu être évitée relève d'une cruelle injustice, source d'une telle souffrance psychologique et physique qu'elle pourrait constituer un acte de torture aux termes du droit international" s'est indigné Amnesty international. 

Le nouveau Président Alberto Fernández se dit  favorable à la légalisation de l'avortement, tout comme sa vice-présidente Cristina Kirchner qui, par opportunisme ou en raison de l'évolution des mentalités a fait son mea culpa pour avoir refusé au cours de ses deux mandats présidentiels, de mettre le sujet en discussion, cédant ainsi à la pression religieuse. 

Manifestante pro-avortement devant le congrès argentin, le 25 mai 2019 à Buenos Aires.
Manifestante pro-avortement devant le congrès argentin, le 25 mai 2019 à Buenos Aires.
© AFP - Nicholas Villalobos

Péronisme et populisme

Tous les candidats à la présidentielle de cette année ont choisi comme numéro deux un péroniste. Le libéral Mauricio Macri avait à ses côtés le président du groupe péroniste du Sénat, Miguel Ángel Pichetto. Le vainqueur s’est donc associé à la justicialiste Cristina Kirchner. Et l’homme arrivé en troisième position, l’ex-ministre de l’Economie de Nestor Kirchner, Roberto Lavagna, faisait équipe avec Juan Manuel Urtubey, gouverneur péroniste de la province de Salta. 

Le philosophe argentin Ernesto Laclau, historiographe du péronisme, estime que le mouvement dans sa première phase faisait écho aux mécontentements populaires. Bon nombre d'Argentins voulaient que s'arrête la politique libérale qui, chez eux comme dans les pays voisins, ignorait les questions sociales. Le péronisme a ouvert des droits sociaux et mis en place un Etat providence. Et Laclau de définir le populisme comme le nom de la "politique en marche" capable de fusionner les revendications de ce qu'elle appelle le peuple, ces citoyens censés représenter un seul et même collectif qui s'oppose à un ennemi commun, en l'occurrence la domination de  l'économie productiviste. 

Pour l'écrivain argentin John William Cooke, "le péronisme est le rassemblement des forces populaires articulé autour de la classe laborieuse, basé sur la justice sociale, la souveraineté politique et l'indépendance économique." Appelé aussi le "justicialisme", le péronisme se veut donc une autre voie entre la démocratie libérale et le monde communiste. 

Tout à la fois 

Le péronisme surfe sur l’ambiguïté et "ratisse large". Il est en même temps "interclassiste", social, libéral, laïc, clérical, dirigiste, irrationnel, péremptoire, clientéliste, nationaliste. Est-il le produit des crises à répétition de l’Argentine ? 

Pour l’auteur Marc Saint-Upéry, "Le péronisme a légué à l’Argentine un patrimoine institutionnel et culturel ambigu qui est parvenu à accommoder une forme de démocratie sociale avec des règles de démocratie procédurale".

L’alternance de présidents radicaux, néo-libéraux, justicialistes, depuis l’avènement de la démocratie en 1983 repose sur un dénominateur commun : le testament des référents incontournables que sont Juan et Eva Perón. 

Juan Peron et sa femme Eva à Buenos Aires en 1940.
Juan Peron et sa femme Eva à Buenos Aires en 1940.
© AFP

Perón, l'homme providentiel

Juan Domingo Perón est devenu un des grands mythes de l'histoire argentine, pimenté par sa romance avec Eva Duarte, la "Evita" immortalisée au cinéma par Madonna. 

Président à trois reprises, 1946-52, 1952-55 et 1973-74, Juan Perón est paradoxalement comptable de l’entrée de l’Argentine dans la  démocratie et de son retour dans la dictature. 

Gradé colonel, Juan Perón a occupé plusieurs postes ministériels dans les gouvernements militaires qui se sont succédé de 1943 à 1946. Ces régimes imposaient des politiques dures envers les travailleurs. Juan Perón sortit des rangs quand il fut secrétaire d'Etat au travail et à la prévision. Il a réformé et amélioré les conditions de la classe ouvrière, en mettant en place, par exemple, des indemnités de licenciements ou d'accident du travail. 

Ces changements lui ont attiré l'animosité des cercles influents de la société et simultanément la ferveur des Argentins désargentés. La popularité montante de Juan Perón inquiète une partie des militaires. Et après une manifestation acclamant "Perón Président", il est emprisonné au pénitencier de l'île de Martin Garcia, le 10 octobre 1945. 

Cinq jours plus tard, grâce à la mobilisation d'Eva, deux millions d'Argentins, appelés "les descamisados", les sans chemises (en raison de la chaleur, les manifestants s'étaient dévêtus) se rassemblent pour réclamer la libération de Perón. C'est chose faite, le 17 octobre 1945. Ce jour deviendra ensuite "el dia de la lealtad", le jour de la fidélité.

"Ce jour de gloire", le nouveau Président Alberto Fernández l'a exploité pendant sa campagne pour ameuter les troupes :

Nous sommes la force politique de ceux qui sont sans voix, des dépossédés, de ceux qui n'ont pas de travail et ceux qui ont faim, des retraités et de ceux qui souffrent. Nous sommes nés le 17 octobre 1945.

Juan Peron en 1974 à Buenos Aires
Juan Peron en 1974 à Buenos Aires
© AFP

Président, exilé puis Caudillo

1946, Juan Perón triomphe aux présidentielles, premier scrutin libre depuis le coup d'état de 1930. La doctrine péroniste va largement profiter au Président. Il décide de nationaliser plusieurs secteurs, comme les banques, les assurances, les chemins de fer et l'agriculture. Il développe une politique industrielle tout en obligeant les patrons à augmenter les salaires. Les emplois publics dans l'administration fleurissent. Il s'appuie sur les exportations agricoles pour assurer la prospérité du pays. Le commerce extérieur est monopole de l’État. Pour dégager des excédents, le pouvoir argentin paie à bas coût les productions des céréaliers et des éleveurs et les revend à prix fort, les cours mondiaux étant au plus haut après-guerre. L'argent gagné finance une partie de la politique sociale de Perón et une partie de la corruption. Ces fondements de l'économie nationale vont écraser l''agriculture et l'élevage au bénéfice de l'industrie et des services publics gouvernementaux. Ce passé glorieux, ce temps où l'Argentine était le grenier à blé du monde industrialisé est imprimé dans la mémoire collective. 

  • En 1955, Perón s'exile pour échapper aux mouvements insurrectionnels au sein de l'armée qui aboutissent à une dictature militaire et au retour au pouvoir de l'oligarchie, vouant  les masses ouvrières aux gémonies. L'ex président se rend au Paraguay, au Nicaragua, au Venezuela, en République Dominicaine, pays dirigés par des dictateurs tout comme Franco en Espagne où Juan Perón se fixe en 1960. À Madrid, il organise son heure de retour en Argentine, espérant devenir _"le sauveur de la patrie"_bien que certains Argentins y voient plutôt l'ambition d'un colonel opportuniste. Après cinq années de dictature, l'armée négocie avec Juan Perón
  • Le 17 novembre 1972, l'exilé rentre dans son pays. 
  • En septembre 1973, il triomphe à la présidentielle. 
  • Âgé de 77 ans, Juan Perón décède un an plus tard d'un infarctus.
  • En 1974, à sa mort, le pouvoir revient de fait à son vice-président qui est sa troisième épouse Isabel Martinez. Les militaires sautent sur l'occasion pour  reprendre les rênes, ils capturent Isabel Perón et l'emprisonnent pendant cinq ans.
Arrestation musclée dans les rues de Buenos Aires en 1982.
Arrestation musclée dans les rues de Buenos Aires en 1982.
© AFP - Daniel Garcia

"Nunca mas", plus jamais cela

Entre 1976-1983, le pays vit la dernière, mais aussi la plus dure dictature, l'une des plus impitoyables d'Amérique Latine. Tout ce qui, de près ou de loin, ressemble au parti justicialiste et au péronisme est réprimé ou supprimé. Tortures, éliminations,  privations, disparitions à grande échelle.... Tout  est  dans le rapport "Nunca mas", plus jamais ça, dirigé par l'écrivain Ernesto Sabato, au retour de la démocratie. La Commission nationale sur la disparition des personnes fait un bilan cruel et sans appel. La CONADEP oblige en fin de compte, à l’ouverture de procédures judiciaires contre les responsables des gouvernements militaires. Ils doivent répondre de crimes de terrorisme, terreur, atrocités dont des milliers de cas de violations des droits de l’homme

A l'instar du procès de Nuremberg, les tribunaux ont jugé une dizaine d'accusés. Parmi eux, Jorge Rafael Videla et Emilio Edouardo Messera ont été condamnés à la prison à vie en 1985. Des dizaines de personnes sur les 510  poursuivies ont échappé à la justice, ou à une sentence,  grâce à des lois d’impunité. Ce "terrorisme d'Etat" fait encore aujourd'hui l'objet d’études. Les chiffres des pertes humaines parlent d'eux-mêmes : 30 000 disparus, 10 000 morts et 750 000 prisonniers. Seul petit réconfort, les militaires qui décidaient de la politique en Argentine de 1930 à 1983 ont été définitivement mis à l'index.

La démocratie argentine 

Que déclarait Winston Churchill, devant les députés, le 11 novembre 1947 ? "La démocratie est le plus mauvais des régimes, les autres exceptés". L'Argentine peut en témoigner. Après les coups d'Etat militaires, les dictatures, le péronisme, le populisme, les règles de la démocratie dominent. Ni l'élection du nouveau Président, ni celle de son prédécesseur n'ont été contestées, contrairement aux scrutins qui se tiennent chez certains partenaires de l'Argentine comme le Brésil, l'Equateur, le Pérou, le Paraguay, le Venezuela. L’ascension au pouvoir du vainqueur n’a jamais été remise en question pour fraude

  • 1983, retour de la démocratie avec la  présidence du radical Raúl Alfonsín
  • 1989-99, Carlos Saúl Menem, justicialiste, l'aile la plus libérale 
  • 1999-2001, Fernando de la Rúa, radical obligé de démissionner sous la pression populaire liée à une crise économique historique et de fuir le pays après la mort de dizaines de manifestants lors des blocages des routes par les "piqueteros", des occupations de lieux de travail, et des émeutes. Célèbre pour avoir quitté le palais présidentiel en hélicoptère, il est remplacé par Eduardo Alberto Duhalde.
Soupe populaire devant les bureaux du FMI le 31 octobre 2019 à Buenos Aires.
Soupe populaire devant les bureaux du FMI le 31 octobre 2019 à Buenos Aires.
© AFP - Carol Smiljan
  • Le début des années 2000 ravive le souvenir du couple Perón Evita avec l’élection des époux Kirchner, Nestor et Cristina, élus Président à tour de rôle. Les deux politiciens reprennent à leur compte le péronisme, comme les nationalisations et les programmes de grands travaux.
  • 2015, le parti justicialiste perd les élections au profit des libéraux et de son candidat Mauricio Macri.
  • 2019, le président sortant est battu par Alberto Fernández.

Sous le titre Alberto Fernández, "l’interprète de Kirchner" le journal la Nacion,  comme d’autres éditoriaux argentins se demandent qui va réellement gouverner le pays ? Quelle place CFK va occuper dans la nouvelle mandature ? 

Les caisses de l'Etat sont vides et le peso a perdu 20% de sa valeur, la monnaie a chuté à 65 pesos pour un dollar, la monnaie américaine étant historiquement le refuge des Argentins en cas de crise.

Face à la catastrophe économique, l’outsider Roberto Lavagna plaide pour un “gouvernement d’unité nationale” avec toutes les forces politiques du pays au chevet du malade.  Il ne sera probablement pas entendu.

Dans son discours de victoire, Alberto Fernández a prévenu. "Les temps qui viennent ne seront pas faciles". Et le nouvel élu d’ajouter aussitôt  "La seule chose qui nous préoccupe, c’est que les Argentins arrêtent de souffrir."