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Arme atomique : la nouvelle donne mondiale

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Essai nucléaire "'Priscilla" le 25 juin 1957 mené par les États-Unis dans le désert du Nevada.
Essai nucléaire "'Priscilla" le 25 juin 1957 mené par les États-Unis dans le désert du Nevada.
© Getty - Galerie Bilderwelt / Contributeur

75 ans après Hiroshima, l'équilibre nucléaire du monde a changé. Émergence chinoise, retour de la Russie, développement des bombes de moindre puissance et plus mobiles : la course à l'armement nucléaire reprend. Emmanuel Macron s'en est fait l'écho le 7 février lors d'un discours sur la dissuasion.

En larguant la première bombe atomique le 6 août 1945 sur la ville japonaise d’Hiroshima, suivie d’une seconde trois jours plus tard à Nagasaki, les États-Unis faisaient entrer le monde dans l’ère de la terreur nucléaire. Plus de 250 000 personnes sont mortes dans ces bombardements, soit directement, soit plus tard, par l’effet des radiations. Cet effroyable bilan et les perspectives apocalyptiques de ce geste ont longtemps figé les risques d’un affrontement nucléaire par peur d’une destruction totale de l’humanité. Le péril nucléaire, pourtant, n’a cessé de croître. 

En ce début 2020, les périls internationaux sont même grandissants et les rapports de force prennent le pas sur le multilatéralisme et la primauté du droit. Des questions abordées par Emmanuel Macron ce vendredi 7 février lors d'un discours sur la dissuasion nucléaire française. Le Président français y a notamment appelé à une plus grande autonomie de la défense européenne, encourageant ses alliés de l'UE à une réflexion sur le rôle de la France et de ses armes nucléaires, au service de ses voisins.

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Depuis sa signature en 1968, le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) a permis de fixer les règles du monde nucléaire en engageant les cinq pays officiellement détenteurs de l’arme atomique – États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine – à ne pas transférer de technologie militaire nucléaire à d’autres. Un club auquel se sont pourtant depuis ajoutés quatre pays supplémentaires : l’Inde et le Pakistan, Israël (où les autorités n’ont jamais formellement reconnu être en possession de bombes atomiques) et la Corée du Nord, qui est sortie du TNP en 2003.

Vers un nouvel équilibre 

Ces dernières années, la question de l’armement nucléaire a pourtant été au cœur des grandes crises : Iran, Corée du Nord, Inde, Pakistan... 

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis, dans un contexte marqué par l’influence croissante de la Chine, et ses ambitions régionales, et le retour de la Russie, avec notamment l'annexion de la Crimée, a accéléré en parallèle la redéfinition des rapports de forces qui sous-tendait l’équilibre nucléaire du monde. 

Le Président américain, en faisant exploser les règles du multilatéralisme et en se retirant de nombreux traités internationaux – comme l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, l’accord de Paris sur le climat – a conduit à remettre en question la fiabilité de la parole américaine. 

Dans ce climat d’incertitude, les pays théoriquement protégés par le parapluie nucléaire américain, tels le Japon, l’Arabie saoudite ou la Corée du Sud, savent désormais que leur partenaire américain est capable de revenir sur ses engagements. 

Le spectaculaire rapprochement avec la Corée du Nord, permettant à Kim Jong-un d’être désormais considéré comme "partenaire de discussion" des États-Unis à force de multiplier les essais nucléaires, a de quoi convaincre les régimes autoritaires que la détention d’une arme atomique est une forme d’assurance-vie. 

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Dans le même temps, le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, alors que Téhéran s’appliquait à respecter les termes de ce texte, a conduit à l’inverse le régime à relancer son programme nucléaire. Selon plusieurs experts et diplomates, le "breakout time", c’est-à-dire le temps qu'il faudrait à l’Iran pour produire une bombe nucléaire, serait désormais passé sous le seuil critique d’une année. 

Inquiétudes face au nouveau péril nucléaire

En 2017, la remise du prix Nobel de la paix à l’ICAN, la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, est venue souligner les inquiétudes croissantes. 

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Des inquiétudes confirmées quelques mois plus tard lors de la publication, en février 2018, de la Nuclear Posture Review, document dans lequel le Pentagone fait périodiquement le point sur l’arsenal nucléaire américain et les conditions de son usage. 

Sa publication marque un tournant par rapport à sa précédente mouture, rédigée sous l’administration Obama, tournée vers la dénucléarisation

Le nouveau contexte international, rythmé par l’accélération du programme balistique nord-coréen, le retour de la Russie et l’annexion de la Crimée, les ambitions de Pékin en mer de Chine, a changé la donne. 

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Pour le département de la Défense américain, l’adaptation de la réponse militaire à cette situation passe par le développement de nouveaux types d’armes atomiques d’une bien moindre puissance que des bombes "classiques", qui peuvent être embarquées à bord de sous-marins, par exemple. 

Ces armes dites "tactiques" permettent aussi de briser la certitude que jamais les Etats-Unis n’utiliseraient des armes nucléaires classiques dites "stratégiques" beaucoup trop destructrices. 

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Vers une nouvelle course aux armements ?

Les États-Unis ont ainsi annoncé en 2019 leur retrait d'un traité de désarmement majeur conclu en 1987 avec la Russie, le traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire (INF), qui interdisait les missiles d'une portée de 500 à 5 500 kilomètres. 

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La signature de ce traité, à la fin de la Guerre froide, en 1987, avait mis un terme à la crise des euromissiles, déclenchée par le déploiement en Europe des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires. 

Avec la fin du traité INF, il ne reste désormais en vigueur qu'un seul accord nucléaire bilatéral entre Moscou et Washington : le traité START, qui maintient les arsenaux nucléaires des deux pays bien en-deçà du niveau de la Guerre froide. Il doit arriver à échéance en 2021. 

Les États-Unis se justifient en rappelant que la Russie, qui modernise depuis plusieurs années son arsenal, dispose de longue date d'un armement nucléaire tactique particulièrement imposant.

Quelque 16 000 ogives nucléaires sont recensées dans le monde

Environ 4 000 sont actuellement déployées et prêtes à l'emploi, selon les estimations de la Fédération des scientifiques américains (FAS). Une réduction significative par rapport à 1986, où on en comptait 64 000. 

En 2015, lors d'un déplacement à Istres, François Hollande, alors président de la République, avait annoncé que la France possédait 300 têtes nucléaires. Ce qui fait d'elle, selon la FAS, la troisième puissance nucléaire mondiale.