Asli Erdoğan, l'écrivaine turque qui refuse de se taire - #CulturePrime

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Aslı Erdoğan, l'écrivaine turque qui refuse de se taire

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Depuis la tentative de coup d'État de juillet 2016 en Turquie, des milliers de personnes opposantes ou non ont été traduites en justice. C'est le cas de nombreux journalistes et d'écrivains comme Aslı Erdoğan. La romancière turque a passé plus de quatre mois en prison. Voici son portrait.

Il y a une chose dont je suis sûre : je suis innocente. On me fait payer juste parce que j'ai exprimé mon opinion au nom de la  liberté d'expression.          
Aslı Erdoğan, 2017

Aslı Erdoğan est une romancière à la renommée internationale et que les autorités cherchent à faire taire. En 2016, elle passe plus de quatre mois en prison pour "appartenance à une organisation terroriste". On lui reproche certaines chroniques écrites dans un journal qui défend la minorité kurde et dont la plupart des journalistes sont arrêtés.
À cette période, sous l’état d’urgence, décrété par Recep Tayyip Erdoğan (aucun lien de parenté avec elle), les chansons sont censurées, les spectacles interdits, les galeries fermées. Les artistes ont le choix entre l’autocensure, l’exil ou la prison. D’après l’ONU, les restrictions graves et arbitraires des droits concernent des centaines de milliers de personnes.

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En Turquie, dorénavant, ils nous ont bien fait comprendre, que n'importe quel journaliste, écrivain, avocat, ou politicien peut à tout moment, avant la levée ou le coucher du soleil, se retrouver en prison. C'est une situation très traumatisante à laquelle nous sommes confrontés.          
Aslı Erdoğan, 2017   

Aslı Erdoğan, en 2018 en Allemagne où elle est exilée depuis sa sortie de prison.
Aslı Erdoğan, en 2018 en Allemagne où elle est exilée depuis sa sortie de prison.
© AFP

La romancière est habituée à la violence d’État. Elle grandit près d’Istanbul dans une Turquie marquée par les putschs et l’instabilité politique. Ses parents, dissidents socialistes, sont arrêtés et torturés. 

Jeune physicienne en recherche nucléaire, elle travaille pour le CERN (l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Genève, mais elle passe ses nuits à écrire. Au cœur de ses textes : l’exil.

La nuit, on peut s’affranchir de toutes les contraintes de la vie quotidienne, enlever son masque, son maquillage et s’ouvrir aux voix extérieures, aux voix que l’on suit pour écrire.          
Aslı Erdoğan, 2017 dans Reliefs 

Elle retourne en Turquie et s’engage pour les sans-papiers africains, un combat qui l’oblige à s’enfuir au Brésil où elle passe sa thèse et publie son premier roman : L'homme coquillage en 1993. Dans cet ouvrage, on retrouve les thèmes qui lui sont chers : les opprimés, le féminisme et la quête de liberté.  

Mon travail littéraire repose lourdement sur mes traumatismes passés et leurs ombres sont toujours là. Donc je pense que désormais, tout ce sur quoi je vais écrire sera à l'ombre de mon expérience pénitentiaire.          
Aslı Erdoğan, 2017

Elle abandonne sa carrière de physicienne pour se consacrer pleinement à l’écriture et tient une chronique sur les invisibles dans un journal de gauche . En 1998,  un de ses articles sur trois adolescentes kurdes violées par une milice provoque un scandale et les autorités recommencent à la surveiller.
Dans les années 2000, elle s'exile à plusieurs reprises en Europe et passe de la narration classique à la prose poétique comme dans _Le Bâtiment de pierre (_Actes Sud, 2013) un roman sur l’univers carcéral et la torture, inspiré par les témoignages reçus lorsqu'elle était chroniqueuse. 

La liberté est un mot qui refuse de se taire.          
Aslı Erdoğan

39 min
18 min