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Attachez-vous au "Fil à la patte" pour vous moquer des torts et des travers de la bonne société !

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"Un Fil à la patte"
"Un Fil à la patte"
- France Télévisions

Culture Maison. Lucile Commeaux, productrice et critique à la Dispute, vous propose de regarder le plus célèbre vaudeville de Georges Feydeau dans une mise en scène vive et réjouissante de Jérôme Deschamps pour la Comédie-Française, diffusée sur France 5 ce 12 avril, puis en replay sur le site de France Télévision.

Dans la célèbre salle Richelieu, le rideau se lève sur un décor d’époque, celui d’un intérieur bourgeois kitsch et chargé - banquettes en velours rouge, cheminée en marbre, rideaux et consoles - et le regard du spectateur se trouve aussitôt attiré par un papier peint fort vif dont on découvre que le motif est constitué d’escargots : clin d’oeil paradoxal au rythme effréné de ce Fil à la patte, qui déroule en quelques deux heures la mécanique bien huilée et tout à fait réjouissante du vaudeville à la Feydeau.
Nous voilà donc invités chez la belle Lucette Gautier. Comme son homonyme romantique la fameuse Dame aux camélias, auquel le nom dégradé par le prénom fait un écho ironique, c’est une demie-mondaine, chanteuse de revue qui ne compte plus les admirateurs. Le matin où le spectateur la découvre elle vient de récupérer son amant, Fernand de Bois-d’Enghien, dont elle est folle, mais celui-ci doit se marier le jour même à une jeune fille de la bonne société.
Tout le monde ignore alors que la mère de cette jeune fille a justement mandé les talents de Lucette Gautier pour célébrer ledit mariage, ce qui donne lieu à une série de quiproquos, de manipulations, de portes claquées et de jeux de rôle plus cocasses les uns que les autres.

Le vaudeville au rang de classique

Le Fil à la patte est certainement une des pièces les plus jouées de Georges Feydeau.
Créée en 1894 au Théâtre du Palais Royal, elle connaît d’emblée un immense succès. Cette mise en scène signée Jérôme Deschamps pour la Comédie-Française en 2011, reprise maintes fois, et qui avait déjà rassemblé des centaines de milliers de spectateurs à la télévision il y a quelques années, ne dément pas l’efficacité et la popularité du grand vaudeville.

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La fluidité et l’apparente facilité avec lesquelles se déroule le spectacle sont pourtant une gageure. La charge comique du vaudeville n’est en effet pas si simple à contenir et à mettre en scène. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un oeil au texte, truffé de mots vieillots et d’interjections usées ; les anachronismes de langage compromettent sa survie en milieu contemporain. Mais c’est aussi que sa réception est surdéterminée, souvent, par les formes qui en hériteront : le boulevard au théâtre et au cinéma, qui simplifie la matrice à l’extrême, bien souvent réduite au seul ressort de l’amant dans le placard, et qui perd tout à fait sa signification morale et esthétique.

Il faut donc saluer la grande réussite de la proposition de Jérôme Deschamps, qui, sur la scène de la grande Comédie-Française, contribue à faire du théâtre de Feydeau un classique du théâtre français. Un classique qui nécessite des interprètes excellents, pour faire entendre sous l’éclat du grand divertissement boulevardier les grincements d’une charge anti-bourgeoise féroce : c’est que l’esprit du vaudeville corrode la bonne morale, en particulier la pleutrerie masculine, et la trivialité de l'institution conjugale réduite à un contrat de commodité.

"Un Fil à la patte"
"Un Fil à la patte"
- France Télévisions

Comme une comédie musicale

Florence Viala, piquante et insolente en meneuse, Hervé Pierre ridicule de lâcheté en Fernand, Guillaume Gallienne flegmatique en Chenneviette, les acteurs de la Comédie-Française mènent chacun, et ensemble, un spectacle exemplaire.
Tout est question de rythme, et Jérôme Deschamps fait du texte de Feydeau une véritable partition musicale dans laquelle les répliques fonctionnent comme des refrains, que les personnages donnent volontiers en choeur - ainsi le fameux "Il est revenu" initial, qui réfère au retour de l’amant volage et revient une dizaine de fois.
Le metteur en scène a pris au mot le métier de la protagoniste : il transforme le vaudeville en revue, et réussit ainsi un divertissement total.
L’investissement physique des acteurs époustoufle, on court, on sautille, on danse, dans une chorégraphie parfaitement maîtrisée et dont l’exécution millimétrée participe largement au comique des situations.
Mention spéciale à Christian Hecq qui campe un Bouzin - clerc de notaire et auteur calamiteux - bourré de tics et hilarant.

On se prend à penser en entendant le tonnerre des applaudissements finaux que la Comédie-Française n’a jamais autant mérité ce nom de "troupe", tant on sent, dans la salle, et jusque sur son confiné de canapé, sa réjouissante cohésion.

20 min

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