Au-delà de Lascaux et Chauvet : l'art préhistorique à travers le monde

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Au-delà de Lascaux et Chauvet : l'art préhistorique à travers le monde

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Le site archéologique de Huachan, en Chine
Le site archéologique de Huachan, en Chine
- Jean-Loïc Le Quellec - Musée de l'homme

En France, on associe volontiers l'art préhistorique aux impressionnantes peintures sur les parois de Lascaux et de Chauvet. L'exposition "Arts et préhistoires", qui vient de débuter au Musée de l'Homme, à Paris, propose de découvrir l'art rupestre au-delà de nos frontières, de l'Asie à l'Afrique.

A quoi pensez-vous lorsque le sujet de l'art préhistorique est évoqué ? Les chances sont élevées pour que vous visualisiez immédiatement les images des buffles et chevaux dessinés sur les parois des grottes de Lascaux ou encore l'incroyable fresque des lions de la grotte de Chauvet. L'art pariétal de ces deux grottes de renommée mondiale a, logiquement, marqué l'imaginaire des Français. Mais l'art préhistorique, pourtant, ne s'arrête pas à ces grottes bien connues. La superbe exposition Arts et préhistoire, qui vient de débuter au musée de l'Homme, à Paris, propose aux visiteurs de découvrir les chefs-d'œuvre de l'art préhistorique de la Chine à l'Afrique, en passant par l'Amérique du Sud ou l'Indonésie. Petit tour d'horizon des grandes œuvres de l'art rupestre préhistorique, au-delà de nos frontières.

Les peintures de la Zuoijang Huashan, en Chine

Le site de Huashan, en Chine, s'étend à flanc de falaise, jusqu'à 90 mètres de hauteur.
Le site de Huashan, en Chine, s'étend à flanc de falaise, jusqu'à 90 mètres de hauteur.

"Si j'avais à choisir un site marquant, il y a évidemment Huashan. C'est une immense corniche de calcaire de plusieurs centaines de mètres de hauteur, où les représentations peintes en rouge sont disposées sur des dizaines de mètres de hauteur", raconte Patrick Paillet, préhistorien et commissaire scientifique de l'exposition Arts et préhistoire. S'il n'est pas le plus vieux (les peintures sont datées de 500 ans avant J-C.), ce site archéologique, situé dans le sud de la Chine, est l'un des plus monumentaux au monde. On y a recensé, échelonnés entre 40 et 90 mètres de haut, sur plus de 170 mètres de large, plus de 1900 motifs figurant des humains, principalement des guerriers armés ou des personnages dansant. Mais la falaise de Huashan compte aussi des représentations de bateaux, d'armes, de quadrupèdes et de signes géométriques à la signification encore incertaine. Pour atteindre le sommet de cette corniche, les artistes préhistoriques ont probablement dû construire des échafaudages.

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A Huashan, plus de 1900 motifs figurent principalement des guerriers armés ou des personnages en train de danser.
A Huashan, plus de 1900 motifs figurent principalement des guerriers armés ou des personnages en train de danser.
- Jean-Loïc Le Quellec - Musée de l'homme

"Tout cela donne à cet édifice naturel une dimension à la fois esthétique et symbolique remarquable", poursuit Patrick Paillet. "Ces peintures étaient faites pour être vues de loin. Elles dominent une vallée au fond de laquelle coule une rivière. Et elles étaient faites pour être perçues et appréciées de très loin. Ce qui est très différent de ce que l'on connaît en Europe, notamment dans l'art rupestre qui, à l'inverse, est fait pour être dérobé aux regards. Là, on est dans l'ostentation, c'est magistral."

Depuis 2016, le "Paysage culturel de l'art rupestre de Zuoijang Huashan" est inscrit au patrimoine mondial de l'humanité.

La Cidade de Pedra, au Brésil

La Cidade de Pedra se trouve dans le parc écologique de Joao Basso, au Brésil.
La Cidade de Pedra se trouve dans le parc écologique de Joao Basso, au Brésil.

A l'ouest du Brésil, le long du Rio Vermelho, un affluent du Rio Paraguay, des abris naturels se sont formés à même la roche dans lesquels on trouve encore les traces d'art rupestre. "La Cidade de Pedra est un univers fait de roches gréseuses et de cités de pierre absolument remarquables, assure Patrick Paillet. Et dans les méandres et rues naturelles de ces cités du Brésil central, au pied de ces affleurements rocheux, des abris sont couverts de gravures, de peintures de différentes couleurs, etc." Pour le préhistorien, il ne s'agit pas là, contrairement au site de Zuoijang Huashan, d'une volonté d'afficher l'art, d'exhiber des représentations, "mais plutôt de les dédier, peut-être, à des groupes particuliers qui cheminaient le long de ces grandes avenues, de ces grands boulevards naturels entre les roches".

Un oiseau stylisé, observé dans La Cidade de Pedra.
Un oiseau stylisé, observé dans La Cidade de Pedra.
- A. et D. Vialou.

Au-dessus d'une demi-douzaine d'abris préhistoriques, les archéologues ont remarqué un symbole unique, un motif géométrique composé de sept barres horizontales parallèles, brunes. Mais c'est au plus proche de la rivière que sont localisés quelques longs abris ornés de signes et de représentations imaginaires, datés de plusieurs millénaires, qui échappent encore à notre compréhension.

La Vallée de la Côa, au Portugal

La vallée de la Côa, au Portugal, est un site archéologique qui s'étend sur près de 20 km.
La vallée de la Côa, au Portugal, est un site archéologique qui s'étend sur près de 20 km.
- Bernt Rostad

En Europe, jusqu'au milieu des années 1990, l'art paléolithique n'était connu qu'à l'intérieur de grottes ou d'abris rocheux. Pourtant, dès 1981, des gravures rupestres avaient été identifiées en amont de la vallée de la Côa, au nord du Portugal. Quand, en 1991, la construction d'un barrage est envisagée, l'étude d'impact permet d'identifier plusieurs sites archéologiques et la construction du barrage, après un long débat de société, est abandonnée. Depuis, "c'est un site majeur" , affirme Patrick Paillet. "Ce sont des milliers et des milliers de gravures fines enchevêtrées les unes dans les autres, de piquetages, qui investissent des supports de part et d'autre des rives de la Côa."

Un cheval, piqueté à même la roche, dans la vallée de la Côa, au Portugal.
Un cheval, piqueté à même la roche, dans la vallée de la Côa, au Portugal.
- Porto Convention & Visitors Bureau

Avec près de 500 panneaux rocheux couverts de plusieurs milliers de gravures et répartis sur plus de 20 kilomètres, il ne s'agit pas tant d'un site archéologique mais une région d'art paléolithique. "C'est un art rupestre à l'air libre, ouvert sur la vie, qui s'est exprimé dans les lieux de communication, de circulation", s'enthousiasme Patrick Paillet. "C'est un art qui a imprégné l'habitat et accompagné le quotidien de ces communautés depuis le Gravettien, donc depuis au moins 27 000 ans, voire plus, et jusqu'à des périodes récentes. Car il y a une continuité d'occupation et d'utilisation de ces supports qui s'étend sur des dizaines de milliers d'années."

Un cheval avec une animation de la tête, découvert gravé dans la roche, dans la vallée de la Côa, au Portugal.
Un cheval avec une animation de la tête, découvert gravé dans la roche, dans la vallée de la Côa, au Portugal.
- Thierry Aubry - Musée de l'homme

Le massif des Matobo, au Zimbabwe

Le Massif de Matobo, au Zimbabwe.
Le Massif de Matobo, au Zimbabwe.
© Getty - Richard I'Anson

Dans la savane semi-aride de l'ouest du Zimbabwe, dans le massif des Matobo, les archéologues ont découvert plus de 3000 abris et rochers peints avant le début de notre ère. Encore mal documenté, ce site archéologique héberge certainement des peintures vieilles de plus de 10.000 ans. Sur les parois d'abris et de grottes ouvertes, il est possible d'observer des représentations d'animaux (majoritairement des girafes, des antilopes et des éléphants) ainsi que des humains (notamment des files de chasseurs et des scènes de campement) dans des styles, techniques et couleurs variés. "Malgré le réalisme des sujets et des formes, cette iconographie n'est pas l'illustration de la vie de ces sociétés, ni de leur environnement", écrit la préhistorienne Camille Bourdier dans Arts et préhistoire (Editions Museum d'Histoire naturelle). "Le choix des motifs et des compositions témoignent d'une dimension symbolique dont la nature fut peut-être multiple : ressortissant à des mythes ou des pratiques rituelles."

Girafes et chasseurs sont peints sur les parois des grottes et abris du massif de Matobo, au Zimbabwe.
Girafes et chasseurs sont peints sur les parois des grottes et abris du massif de Matobo, au Zimbabwe.
© Getty - Robin Smith

Depuis 2017, les abris de Pomongwe et Bambata, dans le massif des Motobo, font l'objet de recherches archéologiques approfondies.

D'innombrables sites...

Dresser un inventaire exhaustif des sites archéologiques à travers le monde relève de l'impossible. "Il en existe tant d'autres dans le massif du Tassili, en Afrique du Nord, en Afrique du Sud, en Namibie ou bien au Botswana, et évidemment en Australie", relève Patrick Paillet. "À chaque fois que l'on arrive sur un continent étranger à l'Europe, on s'aperçoit que les roches sont investies par des images exceptionnelles, parfois tout à fait remarquables, au même titre que celles de Lascaux, voire plus anciennes que celles de Chauvet, comme à Sulawesi, en Indonésie !" Sur cette île de l'archipel indonésien, les archéologues ont en effet découvert la plus ancienne représentation d'art figuratif connue à ce jour, une peinture de sanglier datée de 45 500 ans. Et la seule région de Maros-Pangkep, au sud-ouest de l'île de Sulawesi, abrite 346 sites ornés préhistoriques. A l'échelle du monde, les sites archéologiques pullulent et sont bien plus nombreux qu'on ne le croit.

Cette représentation d'un sanglier, découverte sur l'île de Sulawesi, en Indonésie, est vieille de 45 500 ans.
Cette représentation d'un sanglier, découverte sur l'île de Sulawesi, en Indonésie, est vieille de 45 500 ans.
- Maxime Aubert

Dans l'exposition Arts et préhistoire, au Musée de l'Homme, on peut voir ainsi tourner un globe terrestre virtuel sur lequel sont affichés plus de 120 points lumineux, sélectionnés par les commissaires de l'exposition pour leur intérêt. Mais de leur propre aveu, ces derniers ont été contraints de faire des choix drastiques. "Il faut évidemment prendre en compte  la chronologie, la profondeur temporelle globale, puisque l'on est sur des échelles de temps qui vont de 45 000 ans à nos périodes contemporaines", détaille le préhistorien et commissaire scientifique de l'exposition Eric Robert. "Dans le secteur de Sulawesi en Indonésie, le potentiel est incroyable : les découvertes se succèdent d'année en année. Et plus proche de nous, dans la forêt de Fontainebleau, les archéologues travaillent sur un art rupestre méconnu. Sur un secteur qui va d'un peu à l'est de Fontainebleau jusqu'à Rambouillet, on a découvert 2000 abris préhistoriques. Si l'on se projette à l'échelle planétaire, ce qui reste à découvrir est phénoménal !" L'assurance, aussi, avec tant de sites à mettre au jour, de s'imaginer quelques belles découvertes à venir.