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Au musée de l'Armée, une grande Histoire en miniature

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Soldats de plomb au musée de l'Armée
Soldats de plomb au musée de l'Armée
© Radio France - Hélène Combis-Schlumberger

Jusque-là ils ne quittaient guère la pénombre de leurs boîtes. A Paris, le musée de l'Armée, qui possède une collection de 140 000 petits soldats, a décidé d'en exposer une partie de manière permanente dans ses nouveaux "Cabinets insolites". Inspection des troupes.

Churchill et de Gaulle, qui jouaient aux petits soldats enfants, auraient savouré la visite... Le musée de l'Armée, à Paris, vient d'inaugurer ses "Cabinets insolites" qui comportent trois espaces : l'un dédié à la musique militaire, le deuxième à différents modèles d'artillerie, et le dernier, enfin, dans lequel on vous propose une immersion, entièrement occupé par 5000 petits soldats de collection. Très colorés, ils défilent en rang d'oignon dans les vitrines, ou se livrent bataille, arbalètes et baïonnettes brandies, chevaux qui regimbent...

Comment a été pensée la disposition des petits soldats sur les socles ? L'interaction entre les personnages ? En ce qui concerne les collections privées, les conservateurs ont été soucieux de conserver la reconstitution d'origine, celle choisie par le figuriniste collectionneur. Pour le reste, ils se sont appuyés sur des archives pour imaginer des mises en scène témoignant de l'histoire militaire :

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Sylvie Leluc : les figurines témoignent de l'histoire militaire

2 min

Pour Sylvie Leluc, ces petites figurines possèdent une dimension didactique extrêmement précieuse : "Elles sont d’une précision exceptionnelle, tant sur le plan des uniformes que des attitudes. La reconstitution de petites saynètes de la vie militaire permet de donner à voir l’armée en campagne."

Soldats en plomb du Premier Empire, fabriqués vers 1970
Soldats en plomb du Premier Empire, fabriqués vers 1970
© Radio France - HCS

Ces figurines témoignent d’une époque pendant laquelle on ne disposait pas d’outils de médiation comme la photographie, durant les dernières années du XVIIIe siècle. Grâce à elles, on a une représentation de ce que pouvait être le monde militaire à la fin du XVIIIe siècle par exemple. Sylvie Leluc

Nous avons voulu savoir si les représentations (uniformes, armes...) et la reconstitution de scènes militaires par les collectionneurs ou les conservateurs du musée de l'Armée, qu'il s'agisse de défilés ou de batailles, étaient réellement fidèles à notre histoire militaire. François Houdecek est historien à la Fondation Napoléon, responsable de l'édition de la correspondance de Napoléon et spécialisé en questions militaires. Pour lui, ces figurines sont des témoins sociologiques, avant d'être des témoins historiques :

François Houdecek sur les figurines du musée de l'Armée

2 min

Dans une alcôve, aux côtés de ces figurines traditionnelles, sept dioramas fabriqués par le collectionneur Albert Flammant et représentant des épisodes de la vie de Napoléon attirent l’œil. "On a du mal à imaginer ce qu'était une scène de cour à Malmaison, ou aux Tuileries, et c'est vrai que ces dioramas permettent de visualiser ce que ça pouvait être",  affirme François Houdecek. Ils datent du début du XXe siècle. Il s'agit de théâtres miniatures, en volume, disposant de leur éclairage propre, nous dit Philippe Maffre, architecte du patrimoine et scénographe des Cabinets insolites :

Philippe Maffre, sur les dioramas

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Diorama : "Malmaison, juillet 1800" (détail)
Diorama : "Malmaison, juillet 1800" (détail)
© Radio France - HCS

Petit éclairage typologique : il existe trois sortes de figurines, celles dites "de carte", plates, sont nées les premières, à la fin du XVIIIe siècle. Elles ont connu un grand essor et on leur doit certainement l'apparition des figurines dites "en ronde-bosse", en trois dimensions, plus communément appelées "petits soldats de plomb". Leur usage, avec l'apparition du plastique notamment, évolue vers le ludique au tournant du XXe siècle. Enfin, les "plats d’étain" se sont développées simultanément aux figurines en ronde-bosse, au cours du XIXe siècle : il s'agit de minuscules soldats en deux dimensions qui permettent d’appréhender l’échelle des armées et régiments de l’époque.

Sylvie Leluc sur les trois types de figurines

2 min

Des figurines de plat d'étain, au musée de l'Armée
Des figurines de plat d'étain, au musée de l'Armée
© Radio France - HCS

Premier Empire : des petits soldats à la pelle

Le fonds du musée de l'Armée, riche de 140 000 soldats miniatures (dont certains coûtent plusieurs milliers d’euros), est essentiellement constitué de figurines liées à l’épopée napoléonienne, ce qui explique que l'exposition inaugurale soit centrée sur le Premier Empire. En effet, Napoléon Ier, avec Louis XIV et Charles de Gaulle, est l'une des trois personnalités marquantes de l'histoire des Invalides. Pour autant, les figurines exposées couvrent une période allant de l'Antiquité à la Seconde Guerre mondiale (avec de très nombreuses figurines représentant les troupes françaises, comme les troupes étrangères), en passant par le Moyen Âge. Ainsi, plusieurs époques cohabitent avec le Ier Empire dans la vitrine centrale de l'espace muséal ; la "vitrine d'actualité", appelée à être renouvelée tous les ans et pour l'instant occupée par les belliqueuses figurines en ronde bosse des collections Loriot et Gougenheim.

Sylvie Leluc commente la vitrine centrale

1 min

Dans une autre vitrine, une chronologie en figurines des rois ou empereurs ayant régné sur l'Hexagone : François Ier, Louis XIV, Louis XVI, Bonaparte… qui, comme les autres, ont à peine eu besoin de restauration.

La vitrine des figurines de carte
La vitrine des figurines de carte
- Atelier MAW

Les drapeaux n’étaient plus tout à fait solidaires de leur hampe, ou il y avait ça et là quelques petits décollements qu’il a fallu réparer, mais c’est très peu de chose. Ce sont des objets qui ont toujours été conservés en vitrine, et de façon très minutieuse, des objets de collectionneurs. Sophie Leluc

Philippe Maffre, lui, a décomposé les vitrines en sous-espaces, aménagé des "sautelets" pour que puissent cohabiter différents lots de figurines et élaboré plusieurs nuances de couleurs très fines pour le gris des socles, afin de faire ressortir au mieux les pièces de collection.

Philippe Maffre sur la scénographie

3 min

La scénographie, c’est une discipline entre l’architecture et le cinéma : il faut construire des espaces, mais on met en œuvre un scénario, comme dans un film. Philippe Maffre 

A des fins de conservation, les collections de figurines des Cabinets insolites vont tourner une ou deux fois par an. La lumière est un facteur de dégradation pour les figurines de carte notamment, en carton rigide, et donc particulièrement fragiles. Mais les figurines en ronde bosse seront également renouvelées, pour que les visiteurs puissent se faire une idée de l'ampleur de la collection. Sylvie Leluc avance déjà une possible thématique pour les petits soldats de la prochaine relève : la musique  et les fanfares militaires. 

Figurines de carte : 18e régiment d'infanterie de ligne français. Premier Empire
Figurines de carte : 18e régiment d'infanterie de ligne français. Premier Empire
- Paris, musée de l'Armée, Tony Querrec

Mais en attendant, le visiteur, s'il est joueur, peut tenter de chercher l'intrus qui s'est glissé parmi ces quelques 5000 petits soldats. Indice : la vie militaire n'a pas été la seule inspiration des figurinistes de toutes les époques. Ces derniers se sont également attachés à représenter des thèmes civils, traduisant ainsi leur émerveillement pour des moments d'exception dans la ville, tels des événements sportifs, ou des événements liés au loisir, comme le cirque. Notons également la passion des fabricants de miniatures pour des professions un peu étonnantes, comme les sapeurs-pompiers. 

Aujourd'hui, seule l'entreprise CBG, fondée en 1825, continue à fabriquer des soldats de plomb dans les Maine-et-Loire. Lassés du réalisme, les figurinistes ? Ce sont les aficionados de l'heroic fantasy qui ont réinvesti le monde de la miniature en peignant leurs propres figurines Wharammer. Des guerriers, là encore. "Ce ne sont pas des figurines historiques, comme les nôtres, qui pour nous ont une valeur de témoignage. Mais on verra très certainement, dans les années futures, de petits ensembles de collectionneurs d'aujourd'hui investir les institutions patrimoniales."

Aujourd'hui il y a des collections de soldats jeux. Mais l'effet va en s'amenuisant. Maintenant le monde de la figurine est une niche réservée à quelques passionnés, plutôt que quelque chose de très répandu. François Houdecek