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Audiovisuel public : la Suisse en miroir de l'Europe

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Le référendum sur l'existence d'un audiovisuel public a enflammé la Suisse pendant des mois. Ici à Genève le "Non" s'affichait partout.
Le référendum sur l'existence d'un audiovisuel public a enflammé la Suisse pendant des mois. Ici à Genève le "Non" s'affichait partout.
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Les Suisses ont rejeté massivement par référendum l’initiative No Billag qui visait à supprimer le financement de leur audiovisuel public. Le rejet a été massif : 71,6% des électeurs on dit Non a une initiative qui proposait de privatiser tous les médias. Un sujet brûlant presque partout en Europe.

"Payer pour ce que l'on consomme et pas pour ce que l'on ne consomme pas". C'est avec ce genre d'argument qu'un groupe de jeunes libéraux radicaux suisses, suivi par des populistes de droite ont mis en place un référendum qui visait à la suppression de l'audiovisuel public suisse. A l'automne 2017, la population sondée semblait être d'accord. Il a fallu une immense mobilisation de la société civile pour renverser la donne. Notamment une mobilisation des jeunes comme l'a constatée Cécile De Kervasdoué :

La mobilisation des jeunes Suisses pour sauver l'audiovisuel public

1 min

Explique moi l'Audiovisuel Public :

C'est la grande conclusion de ce référendum. A l'heure d'internet, et alors que les habitudes de consommation médiatique ont changé, il y a une urgence à expliquer le fonctionnement mais surtout les missions et les enjeux de l'audiovisuel de service public. Florence Hartmann analyste à l'UER Union Européenne des Radio et Télévision :

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Un paysage audiovisuel qui n'est qu'aux mains d'intérêts privés, c'est très dangereux pour la pluralité et la diversité des opinions. Les médias de service public ont des missions que n'ont pas les médias privés et qui ne peuvent pas être financés par la publicité. 

En suisse l'audiovisuel public a été au cœur des débats entre les citoyens
En suisse l'audiovisuel public a été au cœur des débats entre les citoyens
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Les missions de l'audiovisuel public, outre l'indépendance vis à vis des pouvoirs politiques, c'est de délivrer à tous les citoyens le même service de l’information, la culture, le sport, le divertissement. 

Bien plus que de l'audiovisuel

Reflets de la vie des citoyens, les médias publics sont aussi un levier pour les innovations technologiques, pour le sport et bien sûr pour la création artistique. C'est ce qui explique la forte mobilisation des milieux de la culture en Suisse contre la casse de l'audiovisuel. Peter Reichenbach, producteur zurichois :

Pour nous, producteurs de cinéma, la fin du service public, c'était la fin du cinéma suisse. Nous dépendons à 50% de la télévision publique. 

Pour assurer leur survie, beaucoup d'artistes se sont donc réunis et ont produit des chansons, des textes, des affiches et des vidéos pour soutenir l'audiovisuel public suisse sous le mot-clé #NoBillagNoCulture.

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Ce débat soulève aussi des questions idéologiques qui sous entendent de vrais choix de société. Défendre le service public de l'audiovisuel national c'est aussi défendre nos valeurs européennes explique Fulvio Bernasconi, réalisateur pour le cinéma et la télévision :

Fluvio Bernasconi, réalisateur : "cette initiative NoBillAG est une première bataille pour l'audiovisuel public"

53 sec

Fulvio Bernasconi réalise des documentaires qui sont de vrais succès à la télévision publique suisse, à heure de grande écoute. Des documentaires de société que les télévisions privées ne veulent pas financer.
Fulvio Bernasconi réalise des documentaires qui sont de vrais succès à la télévision publique suisse, à heure de grande écoute. Des documentaires de société que les télévisions privées ne veulent pas financer.
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

D'où l'importance du financement des médias publics. Or, presque partout en Europe, partis politiques et gouvernements le remettent en question.

L'audiovisuel public cerné par des attaques multiples

D'abord les citoyens. Ils sont très critiques vis à vis de leur service public et demandent plus de transparence dans les comptes. Le paradoxe c'est qu'ils sont massivement attachés à leurs médias publics, à qui ils font plus confiance qu'aux autres, particulièrement depuis les scandales liés aux "fausses nouvelles".

Certains politiques dans plusieurs pays d'Europe (Pologne, Hongrie, Autriche) ne voient pas d'un bon œil les médias de service public qu'ils accusent d'être partiaux par rapports à leurs idées. Ainsi, ces entreprises sont souvent mises à mal lors des changements de gouvernement.

Surtout, ce qui fragilise les média publics c'est que depuis la crise de 2008, la plupart des gouvernements européens réduisent les budgets de ces entreprises en leur allouant pourtant des missions de plus en plus nombreuses et surtout coûteuses. D'où leur recours de plus en plus important à la publicité.

Enfin, il y a les attaques de la concurrence. Comme en Suisse, dans bien des pays européens, la presse considère que l'audiovisuel public lui vole des parts de marché publicitaire, particulièrement sur Internet.

Des réformes indispensables ?

Alors pour tenter de répondre à cette quadrature du cercle, l'audiovisuel public européen se lance comme un seul homme dans des réformes pour se restructurer en "média global".

La Radio Télévision Suisse doit économiser 90 millions d'euros dés 2019. La direction prépare donc des plans de licenciement.
La Radio Télévision Suisse doit économiser 90 millions d'euros dés 2019. La direction prépare donc des plans de licenciement.
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

A l'instar des Belges, des Britanniques, des Canadiens, les média publics suisses et français vont se transformer. Il n'y aura plus de chaines de télévision ou de radio mais de grandes plateformes web où les journalistes produiront des contenus parfois télévisuels, parfois radiophoniques mais devront être de plus en plus productifs sur le web.

Faire de la télé, ça n'est pas faire du son. Nos gestionnaires ne connaissent pas nos métiers. Le risque c'est de faire tout et n'importe quoi,  notre boulot n'aura plus de sens et le public va s'y perdre. D'où l'inquiétude du producteur de jazz de la RTS Yvan Ischer :

L'objectif des gestionnaires, c'est de tenter de rattraper le public qui se tourne de plus en plus vers les contenus des géants américains, et peut être aussi faire des économies d'échelle même si les études montrent que ce genre de fusion ne permet en général pas d'en faire.