Austerlitz, une nouvelle promesse démocratique pour l'Europe de l'Est

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Austerlitz, une nouvelle promesse démocratique pour l'Europe de l'Est

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L'Autrichien Werner Faymann, le Tchèque Bohuslav Sobotka et le Slovaque Robert Fico marquent, en 2015, la naissance d'un nouveau groupe informel.
L'Autrichien Werner Faymann, le Tchèque Bohuslav Sobotka et le Slovaque Robert Fico marquent, en 2015, la naissance d'un nouveau groupe informel.
© AFP - RADEK MICA

Et si la France se penchait soudainement sur l'Europe centrale ? Deux semaines à peine après sa visite officielle dans les Balkans occidentaux, Laurence Boone, secrétaire d’État auprès de la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, a posé le pied en Slovaquie, où renaît le format de Slavkov.

Mardi 29 novembre, Laurence Boone, secrétaire d’État auprès de la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères était en Slovaquie. L’occasion, dans ce petit pays de l’Union européenne, membre de l’espace Schengen, de rencontrer son homologue slovaque, évidemment, mais aussi leurs collègues tchèque et autrichien. Dans une configuration au nom évocateur : le "format" de Slavkov, une ville de Moravie, en République tchèque, plus connue sous son nom allemand : Austerlitz.

Ce groupe informel, créé en 2015, vise à renforcer la coopération économique et diplomatique de trois pays modérés d’Europe centrale. Des pays étranglés entre deux anciens empires, que, pendant très longtemps, Paris a plus ou moins ignorés. Mais l’agression de l'Ukraine a tout bouleversé. Désormais, la Slovaquie, l’Autriche et la République tchèque sont au centre du jeu. Et les membres du groupe de Slavkov donnent le ton.

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La visite de Laurence Boone a été l’occasion de rappeler leur soutien à l’Ukraine (un pays ami en Europe centrale), la nécessaire solidarité énergétique (ils dépendent énormément du gaz et du pétrole russe), le modèle qu’ils incarnent pour les Balkans occidentaux (candidats à l’intégration européenne), la Communauté politique européenne (l’initiative des Trois mers, ou une seule Europe, de la Baltique en passant par l’Adriatique et par la mer Noire) et leur rôle dans la défense de l’État de droit (face aux populistes hongrois).

Un exemple à suivre

Désormais sur tous ces sujets, l’Europe du Danube attend que Paris adopte son point de vue. Sur l’Ukraine, en particulier. Pour Bratislava, Prague et Vienne, il faut soutenir Kiev « sur le plan militaire, humanitaire, économique, financier et sur l'intégration européenne ». Face à la crise énergétique, "Il faut réduire encore notre dépendance vis-à-vis des hydrocarbures russes". L’Europe centrale a déploré mardi que pendant des années, les Occidentaux aient passé des contrats juteux avec Gazprom ou Rosneft sans voir la nature du régime de Poutine.

Le format de Slavkov est justement taillé pour marquer la distance avec Moscou. Le groupe de Visegrad, auquel la Hongrie et la Pologne sont associées, visait à renforcer le poids politique de l’Europe centrale. Mais depuis que les Slovaques et les Tchèques ont tourné la page sur leurs épisodes populistes, incarnés par les gouvernements de Robert Fico et Andrej Babis, ils ne se reconnaissent plus dans la défiance européenne d’Orban et Kaczynski, volontiers tournés vers Moscou.

Pour Paris, désormais, Slavkov est une chance, la possibilité d’un dialogue apaisé entre les deux Europe, la nouvelle et l’ancienne, peut-être moins acerbe et moins pro-américain qu’avec la Pologne, les Roumains et les Baltes. Ce dialogue est rendu possible par trois gouvernements modérés et pro-européens : ceux des Slovaque Eduard Heger et du Tchèque Petr Fiala, tous deux de centre-droit, nommés en 2021, et celui de l’Autriche, pays neutre, conduit par une coalition conservatrice-verte.

Le Reportage de la Rédaction
5 min