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Aux origines incertaines du poisson d'avril

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La tradition du poisson d'avril est toujours bien vivante : ici dans une médiathèque à Florange en 2016.
La tradition du poisson d'avril est toujours bien vivante : ici dans une médiathèque à Florange en 2016.
© Maxppp - Julio Pelaez

Entretien. C'est une tradition chaque année : le 1er avril est la journée des farces et canulars. Une habitude répandue - poisson d'avril en France, "april fool's day" en Angleterre - mais à l'origine incertaine, explique l'historienne Nadine Cretin, spécialiste des fêtes et traditions.

C'est un rite amusant dont on ne connaît pas vraiment le commencement : journée de la blague et de la plaisanterie dans de nombreux pays d'Occident, cette ancienne tradition est parfois associée à une célébration du printemps mais pas seulement. Le jeûne du carême est aussi évoqué ou encore une décision royale du XVIe siècle qui déplaça le début d'année de fin mars au 1er janvier... Plusieurs hypothèses coexistent sans qu'on puisse trancher certainement : l'historienne Nadine Cretin les passe en revue.

Quel est l'origine du 1er avril ?

Le 1er avril est l'expression d'un début d'année : il traduit un soulagement avec l'arrivée du printemps après les longs mois d'hiver et il a été pendant longtemps associé à la nouvelle année. Jusqu’au XVIe siècle, le jour de l’an n’était pas uniformisé : le changement d’année avait lieu à Noël par endroit mais aussi le 25 mars (correspondant à la fête de l’Annonciation) ou encore à Pâques, donc autour du 1er avril. 

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En 1564, le roi Charles IX promulgue l’édit de Roussillon qui fait commencer l’année le 1er janvier, comme l'empereur germanique Charles Quint l’avait déjà fait et comme le pape Grégoire XIII le fera pour l’ensemble du monde catholique en 1582 [instaurant aussi le calendrier grégorien, toujours en vigueur, qui remplaça le calendrier julien, établi par Jules César]. Or, la tradition des cadeaux à l’occasion du nouvel an serait restée mais avec des changements : on a transformé les étrennes en fausses étrennes, en faisant des blagues et des farces.

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Poisson d'avril : cette origine n’est pas certaine ?

En l'occurrence, on n'en sait rien ! La tradition est probablement plus ancienne. Dans Les Métamorphoses ou l’Âne d’or d’Apulée (IIe siècle), le héros Lucius transformé en âne est objet de plaisanteries faites pour la journée du rire, fête du dieu Risus. Ce roman latin se déroule en Thessalie, pays de la magie mais sans qu'un lieu avec le 1er avril ou le début d'année ne soit établi. Une fête associée au rire est donc déjà mentionnée.

Chez les chrétiens, début avril correspond au moment du carême, 40 jours de jeûne et privations, où le poisson était au menu de ces jours car il fallait manger maigre. Se moquer du poisson était alors une façon de se moquer de l’Église, qui imposait le carême : une période austère propre à la dérision.

La RATP est coutumière du fait le 1er avril : ici, la station Parmentier rebaptisée "Pomme de terre" en 1994. En 2016, la station Opéra avait été renommée "Apéro" et Anvers avait été écrit à l'envers...
La RATP est coutumière du fait le 1er avril : ici, la station Parmentier rebaptisée "Pomme de terre" en 1994. En 2016, la station Opéra avait été renommée "Apéro" et Anvers avait été écrit à l'envers...
© AFP - Georges Bendrihem

Il y a aussi une origine sémantique du mot poisson parce qu’il peut avoir une connotation érotique, amusante, comme le "maquereau", la "maquerelle", la "morue", qui sont évocateurs d’amours illicites et de débordements sexuels. De même, la "vieille" était le nom que l'on donnait au labre, un poisson marin moche et ridé, mais on désignait également ainsi l'année finissante et le carême.

Le poisson évoque aussi la fécondité, comme la poule ou le lièvre au moment de Pâques. Plusieurs hypothèses montrent l’importance du poisson à cette époque de l’année : la pêche était encore interdite pour favoriser le frais, la reproduction, ou alors elle reprenait à cette période et on en revenait parfois bredouille.

Mais le poisson n’est pas présent partout…

Non, en Angleterre, on parle du "April fool’s day", le "jour du fou d’avril", qui pourrait avoir un lien avec la "fête des fous" célébrée autour du 28 décembre à la fin du Moyen-Âge en Europe : des fêtes populaires carnavalesques où les participants portaient des masques. Mais en Suède, la référence au poisson existe, avec cette comptine : "Avril, avril, stupide hareng, je te fais marcher comme je l’entends”

Les farces existaient en revanche dans la tradition carnavalesque et folklorique. L'ethnologue Arnold van Gennep (mort en 1957) l'évoquait dans son ouvrage, Le Folklore français. Il les rapprochait des "farces de réception" jouées lors des carnavals, des fêtes patronales ou des veillées et représentaient une forme de bizutage pour les nouveaux apprentis, qu’on envoyait chercher des objets introuvables : des passoires sans trous, de l’huile de coude ou des cordes à lier le vent, par exemple.

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En tant qu’historienne, vous n’avez donc pas trouvé d’origine certaine au poisson d'avril ?

Effectivement, cela peut-être de fausses étrennes, mais la nouvelle année avait lieu surtout le 25 mars ou à Pâques, dont le jour est mouvant mais tombe rarement un 1er avril. L’Église connaissait aussi ce qu'on appelait un "rire libérateur" au moment de Pâques et de la Pentecôte, où le prêtre pouvait faire quelques plaisanteries en chaire, c’était une journée de soulagement, mais basée sur les jeux de mots, pas sur le rire gras. L’origine est donc très énigmatique.

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