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Avant Notre-Dame, 4 destructions par les flammes de chefs-d'oeuvre du patrimoine

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Incendie au château de Lunéville le 2 janvier 2003
Incendie au château de Lunéville le 2 janvier 2003
© AFP - Jean-Christophe Verhaegen

Ces vingt dernières années, plusieurs incendies ont ravagé d'autres monuments en France. Les circonstances sont souvent similaires et leur bilan permet de dessiner les contours de ce qui attend Notre-Dame de Paris.

Dans les Matins de France Culture de ce 16 avril 2019 et au lendemain du terrible incendie qui a touché Notre-Dame de Paris, Maryvonne de Saint-Pulgent, ancienne directrice du patrimoine au Ministère de la Culture et Alexandre Gady, historien spécialiste du patrimoine s'arrêtaient un temps sur les causes parfois communes lors d'incendies de bâtiments anciens.

Si le feu est monnaie courante dans l'histoire et si ces incidents sont toujours dramatiques pour les monuments historiques, la question de la sécurité des installations liées aux travaux de restauration pose question, comme l'expliquait Alexandre Gady :

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Lunéville, Versailles, la Bibliothèque Nationale... Depuis une dizaine d'années, il y a beaucoup de problèmes liés aux travaux. Malgré notre tristesse, il faut se poser la question de la sécurité des chantiers. Alexandre Gady

Le cas de Notre-Dame-de-Paris réveille donc le douloureux souvenir de plusieurs épisodes récents et tragiques ayant endommagé d’importants monuments du patrimoine français. L’occasion pour nous d’effectuer un retour sur des incidents pas si exceptionnels.

L'Invité(e) des Matins
45 min

1994 : incendie au Parlement de Bretagne à Rennes

Les dégâts de l'incendie au Parlement de Bretagne en 1994
Les dégâts de l'incendie au Parlement de Bretagne en 1994
© Getty - Alain Le Bot

Cet édifice d'architecture classique, qui date du XVIIe siècle est à l'origine le siège du Parlement de Bretagne, formé par les ducs de Bretagne sous l'Ancien Régime. Depuis 1804, il abrite la Cour d'appel de Rennes.

A l’occasion d’une manifestation de marins-pêcheurs qui dégénère le 4 février 1994 au soir, une fusée éclairante traverse la toiture du palais. L’incendie se propage rapidement et fait s’effondrer la toiture de l’édifice, abîmant lourdement les pièces se trouvant au-dessous. Des milliers de documents et notamment d’innombrables archives brûlent lors de l’incident.

Très vite, les autorités décident de la reconstruction à l’identique du bâtiment et les travaux débutent deux ans plus tard.  Les médias de l’époque insistent sur la dimension historique et symbolique que représente ce monument pour la région et sur la nécessaire reconstruction du palais. Les travaux dureront trois ans, pour un coût de 35 millions d’euros.

2003 : le château de Lunéville ravagé par les flammes

Les ravages de l'incendie au château de Lunéville en 2003
Les ravages de l'incendie au château de Lunéville en 2003
© AFP - Dominique Grandemange

Le château est à l'origine une possession des ducs de Lorraine depuis le XIIIe siècle. Le visage actuel du château, construit de 1703 à 1720, est en grande partie inspiré par le style du château de Versailles, référence de l'architecture classique de l'époque. Monument emblématique des environs de Nancy, le château a été un lieu politique et culturel important sous l'Ancien régime. Il est aujourd'hui propriété du Conseil Général de Meurthe-et-Moselle.

En 2003, un court-circuit déclenche un incendie dans la chapelle du Château. Les flammes, attisées par de fortes rafales de vent, ravagent bon nombre de pièces du château. De la même manière qu’au Parlement de Bretagne, des milliers de documents partent en fumée, notamment de précieuses correspondances de Napoléon Bonaparte, et des écrits de Voltaire.

La réaction des pouvoirs publics ne se fait pas attendre : le Conseil Général, le Ministère de la Culture, ainsi qu’une association baptisée "Château des Lumières", décident de s’engager afin de participer à la reconstruction du château. Ouvriers spécialisés, compagnons et architectes sont mis à contribution pour restaurer le château. Une campagne européenne de souscription est lancée par l’association et les fonds sont collectés par la Fondation du Patrimoine. C’est en 2005 que les travaux débutent officiellement : ceux-ci se finiront en 2023.

La Méthode scientifique
59 min

2013 :  incendie à l’Hôtel de Ville de La Rochelle

Incendie à l'Hôtel de Ville de La Rochelle en 2013
Incendie à l'Hôtel de Ville de La Rochelle en 2013
© AFP - Xavier Leoty

Siège de la Mairie de La Rochelle depuis 1298, ce bâtiment classé monument historique est le plus ancien hôtel de ville encore en fonction. A travers les siècles, l'édifice emblématique de la ville de La Rochelle a connu de nombreuses restaurations, reconstructions et modifications.

Encore une fois, c’est au niveau de la toiture du bâtiment que le feu se déclare et se propage très rapidement à l’ensemble du toit de la partie historique du monument. Ici aussi, des travaux de restauration étaient en cours. A cause de l’incendie, la charpente principale s’effondre sur le plafond de la grande salle, ce qui occasionne des dégâts importants dans plusieurs pièces du bâtiment. Ce dernier est largement endommagé à la fois par les flammes, mais aussi par l’eau utilisée par les pompiers pour éteindre le feu. La structure, très fragilisée par l’incendie, tient grâce aux échafaudages servant à sa restauration. Les travaux, d’une ampleur colossale, finiront d’ici 2020, pour un coût estimé d’une dizaine de millions d’euros.

2015 : la Basilique Saint Donatien à Nantes, précédent à Notre-Dame ?

Incendie à la Basilique Saint-Donatien à Nantes en 2015
Incendie à la Basilique Saint-Donatien à Nantes en 2015
© AFP - Georges Gobet

Cette basilique, dont le style est inspiré par Notre-Dame de Paris, fut construite entre 1873 et 1901. 

L'incident de 2015 frappe par sa ressemblance avec l’incendie qui a touché en ce mois d'avril 2019 la cathédrale parisienne. De manière similaire, un violent incendie détruisit une grande partie de la toiture de la Basilique qui date du XIXe siècle. Il a démarré à l’occasion du travail des ouvriers à la restauration du bâtiment. Ici aussi, différentes pièces de mobilier, mais également l’orgue, sont touchés par les flammes. Le chantier est titanesque, du fait que la toiture risque de l’effondrer sur les niveaux inférieurs. Les travaux de réparation, qui sont aussi l’occasion de réparer les effets néfastes du temps vont se poursuivre jusqu’en 2021 pour un coût estimé de 13 millions d’euros.

Ces incidents relativement récents annoncent la couleur de qui attend  Notre-Dame : les travaux seront assurément longs et compliqués, on l'a bien compris. Par ailleurs, les dimensions, la spécificité et la complexité de l'architecture de la cathédrale empêchent de chiffrer avec précision le coût des réparations.

On ne peut absolument pas chiffrer le coût de la réparation tant qu'on a pas fait l'inventaire des dégâts. [...] Pour Notre-Dame, vu la taille, c'est forcément des centaines de millions d'euros. Maryvonne de Saint-Pulgent