Avec Firewatch, promenez-vous dans les bois

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Avec Firewatch, promenez-vous dans les bois

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Votre tour de guet, dans "Firewatch".
Votre tour de guet, dans "Firewatch".
- Campo Santo

Culture Maison. Pierre Ropert, journaliste au web de France Culture, vous propose une balade en forêt avec le jeu vidéo "Firewatch". En parcourant les étendues sauvages du Wyoming, vous forgerez une amitié rare... et radiophonique. Et peut-être, au passage, résoudrez-vous également un mystère ou deux.

Pour commencer, puisque la bande originale d'un jeu vidéo aide souvent à s'imprégner de son atmosphère, n'hésitez pas à écouter les accords simples de la BO de Firewatch :

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Dans les denses forêts du Wyoming, découpées dans les tons pastel des couchers de soleil, des tours de guet se dressent entre les pointes des montagnes rocailleuses, phares érigés au milieu d’un océan de cimes d’arbres. Mais là où les veilleurs des phares guident les marins loin du danger, les guetteurs des tours, placées ça et là dans la forêt nationale de Shoshone, ne sont pas là pour orienter les randonneurs. De fait, ils ont même plutôt tendance à réprimander les impudents qui risquent, à force de négligence, de réduire en cendre les forêts… 

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Dans le jeu vidéo Firewatch, c'est d'ailleurs votre rôle : vous y incarnez Henry, fraîchement débarqué au milieu de cette gigantesque forêt pour passer les trois prochains mois isolé au sommet d'une tour, prêt à signaler tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un départ de feu. 

En été, la moindre étincelle peut embraser les 10 000 km² de la forêt nationale de Shoshone.
En été, la moindre étincelle peut embraser les 10 000 km² de la forêt nationale de Shoshone.
- Campo Santo

"Walking simulator"

Firewatch est un jeu d’autant plus rare qu’il appartient au genre très minoritaire des walking simulator, ou « simulateur de balade ». Ici, pas question de résoudre des énigmes insolubles ou de cribler de balles des adversaires, il s’agit avant tout de déambuler, d’admirer, et de s’imprégner d’une atmosphère unique… ce qui rend le jeu vidéo facilement accessible pour les néophytes. 

Entre deux escapades au milieu des sentiers de randonnée du Wyoming, muni de votre carte et de votre seule boussole, vous voilà donc à observer là un paysage, là un clair de lune filtrant dans les sous-bois, ou là encore un lever de soleil à travers la brume, quand ses rayons dépassent à peine les cimes des montagnes à l’horizon… Bien en a pris aux développeurs de Firewatch : ils n’ont pas cherché, dans ces dépictions de la nature, à confiner au réalisme, préférant jouer sur les palettes de couleurs tout en donnant à ces paysages un aspect discrètement cartoonesque. Ils évitent ainsi le triste écueil des joueurs se faisant la réflexion que, quitte à regarder un paysage, autant ne pas le faire sur un écran et passer une tête par la fenêtre.

On a tôt fait de se perdre dans les étendues sauvages du Wyoming.
On a tôt fait de se perdre dans les étendues sauvages du Wyoming.
- Campo Santo

Ode à la banalité 

Même si la durée de vie de Firewatch est très courte (comptez 5 heures de jeu, un peu plus si vous êtes mauvais en orientation avec une carte et une boussole), le jeu n’aurait pas grand intérêt s’il consistait uniquement à marcher dans les sous-bois en s’exclamant sur la qualité des décors.

Ça tombe bien, car si les développeurs des studios Campo Santo vous placent dans la peau d’Henry, ce n’est pas tant pour vous vous pâmiez devant la beauté des paysages que pour vous amener à vous poser des questions existentielles. Pourquoi donc Henry – c’est-à-dire vous – est-il parti s’isoler au milieu de nulle part, complètement seul, dans une démarche qui n’est pas sans rappeler un confinement auto-imposé ?

Pour le personnage que vous incarnez, il s’agit davantage d’une fuite en avant que d’une envie de se couper du monde. Firewatch débute ainsi par quelques lignes de texte qui condensent 20 ans de vie de ce personnage débonnaire, et qui vous permettront de faire quelques choix sans conséquences tout en vous impliquant dans la vie d'Henry. Vous vous retrouvez ainsi à séduire votre future femme, à choisir le nom de votre chien, à envisager des enfants, ou à râler pour des broutilles, avant de réaliser que si Henry vient chercher refuge sous les frondaisons des arbres, ce n’est pas dans une vaine tentative de retour à la nature, mais pour tenter d’oublier que l'amour de sa vie, Julia, que vous venez d’apprendre à connaître en l’espace de quelques paragraphes, est atteinte de démence précoce et qu'il est absolument incapable de gérer une situation qui, par essence, est ingérable. 

Au début du jeu, quelques paragraphes vous permettent de mieux cibler Henry, que vous incarnez.
Au début du jeu, quelques paragraphes vous permettent de mieux cibler Henry, que vous incarnez.
- Campo Santo

En quelques lignes de texte savamment orchestrées, vous voilà donc pris d'une soudaine empathie pour ce personnage bourru, à l’humour léger, qui a fui sa propre vie par lâcheté autant que pour se préserver, dans une démarche finalement bien banale. 

A l'autre bout du talkie-walkie : Delilah

Tout le tour de force de Firewatch réside en réalité dans sa capacité à vous isoler sans jamais vous laisser seul, et ce grâce au talkie-walkie qu’en tant que « guetteur » vous conservez toujours avec vous. Ce dernier vous permet de communiquer avec Delilah, votre superviseuse, elle-même juchée en haut d’une tour de guet, que vous entrapercevez régulièrement à l’horizon.

Très rapidement, c’est cette voix qui deviendra le fil rouge de l'aventure. Dans un rapport qui ne sera sans doute pas sans rappeler aux amoureux de la radio la relation qu’ils peuvent entretenir avec leur producteur d’émission favori, l'on se retrouve à attendre avec impatience les occasions de saisir son talkie-walkie pour discuter avec notre comparse. Que ce soit pour nommer une tortue trouvée sur un rocher ou pour traquer deux adolescentes revêches qui ont eu l’absurde idée de tirer des feux d’artifice en pleine forêt, en plein été, ou même pour commenter un arbre à la forme étrange, chaque micro-évènement devient l’occasion d’entrer en lien avec Delilah, dernier vestige de la civilisation.

Des conversations épisodiques avec Delilah rythment vos balades.
Des conversations épisodiques avec Delilah rythment vos balades.
- Campo Santo

Peu à peu, sa voix grave, ses répliques ironiques et son humour caustique forgent la relation qu’elle et vous entretenez. On se prend alors au jeu de se confier, de se jauger, mettant Henry face à son passé et ses propres incertitudes. La finesse des dialogues, le jeu d’acteur, permettent ici à Firewatch d’imposer le style particulier qui a fait son succès inattendu.

Depuis la tour de guet.
Depuis la tour de guet.
- Campo Santo

Firewatch, ou le rasoir d’Ockam

Evidemment, Firewatch ne se prive pas d’offrir au joueur, en plus de cette fantastique narration dialoguée, un scénario qui vous poussera à continuer l’aventure. Au premier jour de son nouveau job, Henry rentrant vers sa tour de guet, se rend compte qu'il est observé par une étrange silhouette munie d’une torche, et saisit immédiatement son talkie-walkie pour en avertir Delilah, qui lui confie alors : 

- Henry. Il y a quelque chose que je dois te dire à propos de ce parc...   
- Hein ! Quoi ?   
-  ...C'est un lieu public. Tout le parc ! Et les gens s'y promènent librement ! C'est... c'est complètement dingue.

Une étrange silhouette vous observe à la lampe torche.
Une étrange silhouette vous observe à la lampe torche.
- Campo Santo

En croisant un promeneur solitaire, votre inexpérience de guetteur (à moins que ce ne soit à l'inverse votre expérience des mécanismes du jeu vidéo), vous pousse ainsi à envisager le pire. Cet échange est très représentatif des montées en tension qu’offre le jeu, qu'il casse juste après à l'aide d'explications d'une abrupte banalité. Quelques centaines de mètres plus loin, en rejoignant sa tour de guet, Henry réalise pourtant que cette dernière a été mise à sac. Est-ce la mystérieuse silhouette ? Quelqu’un d’autre ? Firewatch confirmera quasi-systématiquement la théorie du rasoir d’Ockham, qui veut que l’hypothèse la plus simple soit souvent la bonne. Ce qui n’empêchera pas les mystères d’aller en s’épaississant, amenant Henry et Delilah à sérieusement disserter sur la possibilité de s'être retrouvés malgré eux au centre d’un vaste complot gouvernemental. 

Tout au long de ce court périple, les développeurs de Firewatch se font, de fait, un malin plaisir de prendre le contre-pied des attentes des joueurs de jeux vidéo, trop habitués à se voir offrir une récompense dès lors qu’une mission est réussie. Certains en ressentiront certainement une frustration, les autres y liront la marque d’un jeu à la narration parfaitement maîtrisée, qui s’offre le luxe de prouver que les relations humaines les plus banales, quand elles sont parfaitement racontées, peuvent être passionnantes.  

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  • Firewatch est disponible sur PlayStation 4, Xbox One, Nintendo Switch, Windows, Mac OS et Linux pour un prix avoisinant les 20 €.

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