Avignon 2015: le spectacle le plus à l'étroit

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Avignon 2015: le spectacle le plus à l'étroit

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Avez-vous déjà vu... deux comédiens sur une scène d'un mètre carré ? Notre reportage avignonnais du jour est au spectacle qui a la plus petite scène : "L'ascenseur", de Jean-Pierre Roos.

L'ascenseur, de Jean-Pierre Roos
L'ascenseur, de Jean-Pierre Roos

L'Alibi théâtre, rue des Teinturiers. Visiblement, le spectacle a un bon bouche à oreille, car une fois le public entré, il n'y a plus un siège vacant. Premier sentiment en apercevant cette micro scène encore inoccupée, un amusement teinté de scepticisme.PETITE VOIX INTERIEURE : Allons... Deux comédiens vont véritablement rester là-dessus durant une heure et quinze minutes ?

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Eh bien oui. La lumière s'éteint, se rallume, et ils sont là. Elle, incarnée par Héloïse Baron, brune, bouclée, agitée, pétulante, expressive, s'affaire avec un briquet à tenter d'appeler du secours en s'acharnant sur le clavier de l'ascenseur. Car celui-ci, bien sûr, vient de tomber en panne. Lui, auquel Jean-Pierre Roos prête ses traits, gris, un peu ventripotent, un peu maussade, caustique, beaucoup, la regarde s'agiter. Les premiers échanges sont tendus.

LUI J'ai la perspective d'un dimanche sans agneau ni flageolets, sans Drucker ni assoupissement digestif. Je n'ai donc aucune raison de me révolter. Et puis je suis bien ici : l'endroit est douillet, l'atmosphère tempérée. Le revêtement mural manque peut-être un peu de relief, mais bon, pour une première fois, ne nous plaignons pas. ELLE Vous êtes grave, vous.LUI Vous n'êtes pas mal non plus.[...]ELLE Ce mec est fou, complètement fou. Je suis enfermée avec un dingo satisfait.
Et puis, au fur et à mesure l'irritation redescend (contrairement à l'ascenseur), la relation s'apaise, commence en fait, entre cette étudiante en paléonthologie, jeune mère célibataire qui finance ses études en faisant des ménages, et cet assureur qu'on hésite à qualifier d'aigri, tant il est virtuose de l'autodérision.

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Prisonniers de ce mètre carré, les deux protagonistes passent de l'immobilisme à l'agitation soudaine, de la verticalité à l'horizontalité, et comblent leur attente en se confiant mutuellement leurs souffrances existentielles, ou en improvisant de savoureuses saynètes, retransformant l'ascenseur en scène (jolis moments de théâtre dans le théâtre). Mais si l'enjeu d'un espace si petit a ses atouts, il a aussi ses contraintes :

Jean-Pierre Roos sur son spectacle, "L'ascenseur"

1 min

Si les portes s'ouvrent ils ne se jettent pas le moindre coup d'oeil. Mais les portes restent fermées, donc ils sont obligés de se parler, de se frôler... C'est pour ça que j'ai choisi de mettre trente années d'écart entre les deux, pour que leur relation soit très vite, indirectement, une relation père-fille, et fille-père.

Jean-Pierre Roos, auteur de L'ascenseur, et comédien

Comment ça se passe du côté de l'éclairage, quand la scène est si petite ? Très bien, à en croire le régisseur Romain Sanchez, dont la tâche est si simple qu'il peut profiter du spectacle, à l'instar du public.

Du coup, pas beaucoup de travail pour le régisseur, qui se sent presque spectateur ! #TweetPrécédent #Avignon2015 pic.twitter.com/LhItPATsHE
— France Culture (@franceculture)

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Jean-Pierre Roos dit avoir "tout de suite eu l'image de ce tout petit ascenseur " lorsqu'il a écrit le texte. "La vie, ce n'est pas un long fleuve tranquille, et on passe très vite d'un état à un autre ", affirme-t-il. Et c'est la restriction de l'espace qui lui permet de rebondir d'une émotion à l'autre aussi rapidement : dans un mètre carré, les regards se trouvent sans se chercher, et les sentiments s'entrechoquent. On est surtout souvent hilare, grâce au jeu très juste de l'auteur du texte, qui n'est pas sans faire penser à l'acteur Bill Muray dans ses nombreux rôles de misanthropes qui s'amendent.

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