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Avignon retrouve son festival et son public

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Cour d'honneur du Palais des Papes d'Avignon rempli de public (2015)
Cour d'honneur du Palais des Papes d'Avignon rempli de public (2015)
- © Christophe Raynaud de Lage - Festival d'Avignon

Entretiens croisés. Le Festival d'Avignon s'ouvre ce lundi soir pour trois semaines de spectacles, de lectures et de débats, auxquels s'ajouteront les quelque 1 000 rendez-vous au programme du OFF à partir de mercredi et jusqu'au 31 juillet. Après une année blanche, c'est une "renaissance" pour les organisateurs.

Le Festival d'Avignon a bien lieu cette année et peut accueillir tous les spectateurs qui le souhaitent. Les jauges sont à 100% des capacités, dans le respect des gestes barrière évidemment. De quoi enthousiasmer les organisateurs privés de l'événement l'an dernier en raison de la pandémie de Covid-19. 

Du côté du IN comme du OFF, cette édition 2021 est vécue comme celle de la "renaissance". Entretiens croisés avec Olivier Py, le directeur du Festival et Sébastien Benedetto, le président d'Avignon, festival et compagnies, l'association qui gère le OFF.

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Cette édition 2021 du festival, est-elle une renaissance pour vous ?

Olivier Py : Le mot de renaissance me va tout à fait. Avoir été privé de festival l'année dernière a laissé pour nous une grande blessure. Et je quand je dis nous, je parle bien sûr des artistes mais aussi de tous les salariés du festival, des intermittents et aussi de la ville d'Avignon elle-même qui a très mal vécu cette annulation.

Le théâtre, c'est notre vie. Quand le rideau ne se lève pas, on a l'impression qu'on ne vit pas. Moi, j'ai l'impression d'avoir vécu à demi cette année de Covid. C'est un immense soulagement et bien plus que cela. C'est le sens de notre vie qui redevient possible.

Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon
Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon
- © Christophe Raynaud de Lage - Festival d’Avignon

Sébastien Benedetto : C'est vraiment un réveil, une relance, une renaissance. On a même perdu les automatismes en un an pour préparer les festivals. On est tous un peu en retard et on court partout mais on a vraiment très envie. On a aussi beaucoup d'espoir car plus cela avance, plus cela s'éclaircit et j'ose espérer que nous pourrons faire un festival historique en termes de retrouvailles avec le public et en termes de fréquentation.

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Il n'y a pas de restrictions des capacités d'accueil, pas de jauge. Mais toutefois des contraintes sanitaires à respecter. Cela peut-il freiner le public ?

SB : L'organisation est particulière. Cela nous demande de nous organiser en amont pour les sens de circulation, pour les circuits des spectateurs et des artistes aussi dans les loges pour éviter que ne se croisent les compagnies. C'est compliqué c'est vrai, en amont. Mais cela va rouler pendant le festival. Et c'est nécessaire. Nous nous devons d'être sérieux et prudents pour accueillir le public et les artistes en sécurité.

Et pour l'instant cela ne freine pas du tout l'engouement. Les ventes de carte d'abonnement sont sur le même rythme qu'en 2019. Les ventes de tickets en ligne sont même supérieures à 2019 ! Cela indique que le public sera là.

Sébastien Benedetto, directeur du théâtre des Carmes, président d'Avignon, festival et compagnies
Sébastien Benedetto, directeur du théâtre des Carmes, président d'Avignon, festival et compagnies
- ©Thomas O'Brien

OP : Je ne crois pas que cela va freiner les spectateurs, au contraire cela va les rassurer et c'est bien le but. En tout cas, quand les guichets de la billetterie se sont ouverts, nous n'avons pas vu les spectateurs timides, au contraire. Nous avons eu un tsunami de public, comme jamais ! Je pense que les spectateurs doivent savoir que nous faisons tout pour que nous soyons dans les meilleures conditions sanitaires. 

Le pass sanitaire sera exigé pour accéder à la Cour d'honneur du Palais des Papes parce qu'elle peut accueillir plus de 1 000 spectateurs. On est donc tenu d'avoir ce pass sanitaire c'est-à-dire une justification soit de vaccination, soit d'immunité, soit un test négatif récent. Ailleurs, les salles font moins de 1 000 places donc ce ne sera pas nécessaire.

Ces contraintes sanitaires ne gâche-t-elle pas le plaisir des artistes et des spectateurs ?

OP : Il y a toujours des contraintes. Nous nous sommes adaptés aux contraintes sécuritaires, nous nous adaptons aux contraintes sanitaires. Nous avons fait un petit festival au mois d'octobre puisque c'était encore possible. Nous avons appris à faire beaucoup de choses. Nous avons appris un accueil du public différent. Nous avons appris à distribuer du gel. A l'époque, il fallait diminuer la jauge. Nous avons appris là aussi en termes de logistique. 

Qui sait ce qui arrivera demain ? Mais show must go on ! (le spectacle doit continuer, NDLR)

SB : Pour nous les contraintes ont eu pour conséquences de réduire le nombre de spectacles. D'abord en raison des règles elles-mêmes. Le fait de faire une aération et une désinfection assez longues entre les spectacles, de l'ordre de 40 à 45 minutes. Et puis, beaucoup de compagnies avaient l'appréhension des jauges, des restrictions de public. Finalement, ce n'est pas le cas. Mais il fallait s'engager dès le mois de mai et beaucoup ont préféré passer leur tour cette année. 

Il y en aura un tiers de spectacles en moins mais quand même 1 070 ! Il y en avait près de 1 600 en 2019. Mais je pense que cela pourrait suffire.

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Vous voulez dire que voudriez qu'à l'avenir le festival OFF soit plus réduit ?

SB : C'est une demande récurrente du public. Quand le public nous signale qu'il y a trop de spectacles, il faut vraiment se pencher sur la question. Pour moi, ce qui est important c'est de garder cette ouverture, cette diversité du OFF, c'est son ADN. Il n'y a pas de sélection artistique, je pense que c'est important. Mais nous devons faire un travail sur nous-mêmes et sur nos conditions d'accueil. Et je pense que cela passe par une réduction du nombre de spectacles. 

Nous devons travailler sur un festival plus raisonnable, plus ancré sur son territoire, remettre l'artiste au centre du travail et lui permettre d'être accueilli dans de meilleures conditions dans les théâtres.

Cette année réduite pourrait être un exemple pour le festival de demain. Mais il s'agit d'un travail sur le long terme à mener avec les compagnies, les théâtres, le ministère de la culture et les collectivités qui nous accompagnent.

Le Festival d'Avignon 2021, 75e édition (du 5 au 25 juillet) en quelques chiffres :

  • 47 spectacles, 2 expositions, 41 lectures, 72 débats et rencontres
  • 317 représentations
  • Plus de 131 500 entrées à la vente contre 112 000 en 2019

Le programme complet à retrouver sur le site du Festival d'Avignon.

Le OFF du Festival, 55e édition (du 7 au 31 juillet) en quelques chiffres :

  • 1 070 spectacles
  • 752 compagnies françaises, 66 compagnies étrangères
  • 116 lieux
  • 923 créations

Le programme complet est à retrouver sur le site du festival OFF.