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Bac de philosophie 2021 : les sujets commentés par Adèle Van Reeth

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Lycée Montesquieu à Herblay 8 heure ce matin passage de l'épreuve de philosophie du Baccalaureat sous Covid au Lycée Montesquieu à Herblay dans le Val d'Oise.
Lycée Montesquieu à Herblay 8 heure ce matin passage de l'épreuve de philosophie du Baccalaureat sous Covid au Lycée Montesquieu à Herblay dans le Val d'Oise.
© Maxppp - Ph Lavieille

La traditionnelle épreuve de philosophie a ouvert ce jeudi les épreuves du baccalauréat en filières générales et technologiques. Cette année, l'écrit de philosophie est la seule épreuve maintenue avec le grand oral. Justice, inconscient, technique... Adèle Van Reeth commente quelques sujets.

A 8 heures, ce jeudi 17 juin, 525 760 élèves de lycées généraux et technologiques ont découvert les sujets de l'épreuve écrite de Philosophie. Les épreuves du baccalauréat professionnel ont débuté la veille, avec les écrits de Français.

En raison de l'épidémie du Covid-19, les examens ont été aménagés. Seules deux épreuves ont été maintenues : l'écrit de philosophie et le grand oral.  Seule la meilleure note obtenue entre la copie du bac et le contrôle continu (largement renforcé cette année, puisqu'il représente 82% de la note finale) sera conservée - à condition toutefois d’avoir rendu sa copie ! Celles et ceux qui ont déjà une bonne moyenne étaient donc plus détendus que leurs aînés devant les sujets de philo… Nombreux sont ceux qui ont d'ailleurs quitté la salle au bout de deux heures sur les quatre de l'épreuve.

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Pour l’Association des professeurs de philosophie de l’enseignement public (Appep), la possibilité de choisir la meilleure des deux notes entre celle de l’épreuve et la moyenne de l’année est une "décision absurde ". Les professeurs dénoncent un "simulacre d’épreuve". Autre aménagement cette année, quatre sujets ont été proposés aux élèves au lieu des trois habituels, afin d'offrir plus de choix après une année perturbée par les confinements et cours à distance.

Les résultats du bac seront dévoilés le 6 juillet. Les rattrapages commenceront dès le lendemain, et se tiendront jusqu’au 9 juillet.

Les grands axes de la réforme du baccalauréat validée par le ministre de l'Education.
Les grands axes de la réforme du baccalauréat validée par le ministre de l'Education.
© AFP - PAUL DEFOSSEUX, IRIS DE VERICOURT
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Connaissance, violence, inconscient, technique... les sujets du bac de philo 2021

En filières générales, voici les trois sujets, indique le ministère de l'Education nationale : 

- "Discuter est-ce renoncer à la violence ?"

- "L'inconscient échappe-t-il à toute forme de connaissance" 

- "Sommes-nous responsables de l'avenir ?"

Quant à ceux qui ont préféré le commentaire de texte à la dissertation, il s'agissait d'un texte d'Emile Durkheim : De la Division du travail social (1893).

Les lycéens technologiques se sont quant à eux vu proposer :

- "Est-il toujours injuste de désobéir aux lois ?"

- "Savoir, est-ce ne rien croire ?"

- "La technique nous libère-t-elle de la nature ?" 

L'explication de texte était issu d'un ouvrage de Sigmund Freud, Le Poète et l'activité de fantaisie (1907).

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Adèle Van Reeth, productrice des Chemins de la philosophie sur France Culture, commente quelques-uns de ces sujets. 

Discuter, est-ce renoncer à la violence ?

Ce sujet me plaît beaucoup, déjà parce que ce n'est pas un sujet scolaire. Ce n'est pas un sujet où l'on se dit : tiens, j'ai fait un cours sur la discussion, donc je vais recracher mon cours et puis j'ai déjà un plan en tête. On est obligé de le prendre au sérieux et de se poser vraiment la question. 

Une des premières choses qui me vient à l'esprit, et ça peut être le cas pour l'étudiant et ce n'est pas une mauvaise chose, c'est des références à l'actualité. Discuter, est-ce renoncer à la violence ? J'entends ça, je pense à la gifle qu'a reçu Emmanuel Macron il n'y a pas si longtemps, qui était un acte de violence dont on a questionné la légitimité, dont on questionne les conséquences et on pourrait se demander : est-ce qu'une discussion avec en l'occurrence le président de la République, aurait épargné et aurait permis de ne pas avoir recours à cette forme de violence qu'est la gifle ? 

Et finalement, on est déjà au cœur du sujet : est-ce qu'il faut opposer la discussion à la violence ? Pas forcément. La discussion peut être très violente et la violence n'est pas forcément illégitime. Déjà, à partir de cet exemple, on peut retourner la réponse première qui serait dire que oui, quand on discute, on n'est pas forcément violent, et voir que c'est plus compliqué que ça. 

Sommes-nous responsables de notre avenir ?

C'est un très beau sujet et effectivement, je pense que ceux qui ont concocté ce sujet savaient très bien à qui ils s'adressaient, à savoir des étudiants en Terminale, qui sont forcément très inquiets pour leur avenir en ce moment et même l'avenir en général. C'est compliqué comme mot "l'avenir", parce que ce n'est pas le futur. Vous savez, quand on a un sujet, on essaie de déterminer les concepts, les distinguer, etc. L'avenir, on l'oppose au passé, mais on n'a pas grand-chose à en dire. 

En revanche, la question de la responsabilité, ça, c'est sûr qu'on l'a étudiée pendant l'année, c'est une dimension plus morale. Mais sommes-nous responsables de l'avenir, c'est une manière de se poser la question, de savoir quels moyens d'action avons-nous sur le présent qui pourraient influencer l'avenir ? 

Et là, ce n'est pas l'actualité que je penserais, mais à une référence littéraire et cinématographique, c'est le roman de Stephen King qui s'appelle "Dead Zone", qui a été adapté à l'écran par Cronenberg, où un personnage se réveille après cinq ans de coma, en ayant un don, le fait de pouvoir voir ce qui va se passer, de pouvoir intervenir pour changer l'avenir. 

Voilà, on peut avoir des références qui ne sont pas philosophiques et qui nous aident à formuler, à prendre au sérieux la question. Encore une fois, si l'élève l'a fait en justifiant, en argumentant, c'est une très bonne chose. 

Adèle Van Reeth : "Le sujet 'Discuter, est-ce renoncer à la violence ?' me plaît beaucoup, parce que ce n'est pas un sujet scolaire"

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Cette année, les élèves de Terminale étaient aussi les premiers à passer l'épreuve de philosophie dans le cadre de la réforme du baccalauréat menée par Jean-Michel Blanquer. Dans les changements côté philosophie, la liste des philosophes du programme de philosophie est passée de 57 à 83 noms. Parmi ces nouveaux entrants, plus de femmes, mais aussi des auteurs non occidentaux. Si les notions au programme doivent être traitées au cours de l'année, cette liste n'était cependant pas contraignante ; dans les faits, les professeurs sont libres d'aborder les œuvres qu'ils souhaitent, afin de préparer au mieux les élèves à l'épreuve.

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