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Bac de philosophie 2022 : les sujets commentés par Géraldine Mosna-Savoye

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Des élèves du lycée Sainte-Marie Les Maristes à Lyon débutent l'épreuve de philosophie du baccalauréat, ce mercredi 15 juin 2022.
Des élèves du lycée Sainte-Marie Les Maristes à Lyon débutent l'épreuve de philosophie du baccalauréat, ce mercredi 15 juin 2022.
© AFP - OLIVIER CHASSIGNOLE

Ce mercredi 15 juin, plus de 520 000 lycéens ont philosophé ! La matière est désormais la seule épreuve commune du baccalauréat pour tous les élèves de terminale. Art, politique, liberté… Géraldine Mosna-Savoye commente quelques sujets.

Ce mercredi 15 juin, à 8 heures, 524 000 élèves de lycées généraux et technologiques ont découvert les sujets de philosophie du baccalauréat 2022, des épreuves écrites importantes pour la note finale de l'examen. Depuis sa dernière réforme, la note finale du bac est déterminée à 40 % par le contrôle continu, et à 60 % par les épreuves finales, à savoir l'écrit et l'oral de français (passés en classe de première), les épreuves de spécialité, le grand oral et… la philosophie.

Redouté ou stimulant, l'écrit de philo est désormais l'unique épreuve sur laquelle planchent en même temps les élèves de terminale des filières générale et technologique. De quoi maintenir son statut d'épreuve phare du baccalauréat.

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Vous avez quatre heures...

C'est dans la chaleur que les élèves de terminale de la filière générale ont cette année planché sur trois sujets au choix, une dissertation ou un commentaire de texte :

  • Les pratiques artistiques transforment-elles le monde ?
  • Revient-il à l'État de décider de ce qui est juste ?
  • Un commentaire d'un extrait de l'Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique d'Antoine-Augustin Cournot.

En voie technologique, les lycéens avaient quant à eux le choix entre :

  • La liberté consiste-t-elle à n’obéir à personne ?
  • Est-il juste de défendre ses droits par tous les moyens ?
  • Un commentaire d'un extrait de l’Encyclopédie de Denis Diderot.
À lire aussi : SOS Bac philo 2021

Ces sujets vous inspirent-ils ? Géraldine Mosna-Savoye, productrice de l'émission Carnet de philo et des Chemins de la philosophie sur France Culture, en commente avec nous quelques-uns.

"Les pratiques artistiques transforment-elles le monde ?"

"Pauvres lycéens !", s'est dit Géraldine Mosna-Savoye à la lecture de ce sujet, car les problèmes d'esthétique sont assez "piégeux". Le sujet reste selon elle très intéressant, en particulier parce que ce n'est pas l'art en général qu'on interroge, mais bien "les pratiques artistiques" :

"Cela signifie que le candidat est poussé à interroger son rapport à l'art et peut-être sur sa propre pratique artistique. Cela peut être le jeu vidéo, la danse… J'imagine qu'on a voulu tout de suite inclure les candidats dans le sujet et non pas parler de l'art de manière abstraite, mais les pousser à faire part de leur expérience. C'est aussi ce qu'on demande avec un sujet de philo. Ce ne sont pas que des sujets éthérés, grandiloquents, un peu écrasants, ce sont aussi des sujets qui invitent à réfléchir sur sa propre expérience."

La deuxième partie du sujet, "transforment-elles le monde", nous invite à réfléchir aux effets de notre expérience des pratiques artistiques. Peut-être n'a-t-on pas le sentiment de transformer le monde quand on joue aux jeux vidéo, mais "l'impression que [notre] vision du monde va être transformée", souligne Géraldine Mosna-Savoye. Pourquoi transformer le monde et pas la vision du monde ? :

"On pourra citer Hannah Arendt qui, dans sa Condition de l'homme moderne (1958), parle justement de l'œuvre d'art et de la manière dont l'œuvre a transformé notre rapport au monde, même dans notre manière de bouger, de toucher le monde, etc." Et si l'on n'a pas lu Hannah Arendt ? "On peut s'en sortir aussi" !

"Revient-il à l'État de définir ce qui est juste ?" et "La liberté consiste-t-elle à n’obéir à personne ?"

Les sujets de philosophie politique de cette année ont davantage séduit Géraldine Mosna-Savoye, notamment parce qu'ils résonnent avec l'actualité : "Certains des élèves ont eu 18 ans, donc ils ont peut-être voté à l'élection présidentielle et sont peut-être en train de voter pour les législatives". À noter aussi : ce sont des sujets classiques ! Il est alors possible de convoquer les grands noms de la philosophie : Rousseau, Hobbes… Mais évidemment, "il ne suffit pas juste de jeter son cours sur le papier", rappelle Géraldine Mosna-Savoye :

"Prenons le sujet 'la liberté consiste-t-elle à n'obéir à personne ?'. A priori, on va se dire : 'oui, la liberté consiste à n'obéir à personne, mais peut-être que le correcteur va s'attendre à ce que je lui dise que, si, il faut quand même obéir et que c'est en obéissant et avec des contraintes que je vais être libre…'. Mais le candidat peut se sentir libre, au contraire, de dire 'non, mon intime conviction, c'est que la liberté, effectivement, consiste à n'obéir à personne'. Il peut tout à fait défendre cette position."

C'est ce que permet la dissertation de philosophie, car il n'y pas de corrigé-type :

"On peut partir d'une idée naïve, en disant que la liberté, cela consiste à obéir parce qu'on a des contraintes et que l'on peut justement être libre en s'adaptant à ces contraintes. Puis, dépasser cette première idée pour soutenir que la liberté, c'est obéir à personne. On peut alors faire référence à des textes de philosophie anarchiste, on peut aussi penser aux libertariens, aux libéraux… Il y a moyen quand même de s'amuser avec ce genre de sujets, tout en partant de ses propres réflexions sur la manière dont on veut envisager sa propre expérience, de manière libre ou pas."

Après la philo, les lycéens passeront l'épreuve du grand oral, entre le 20 juin et le 1er juillet. Il leur faudra attendre le 5 juillet pour découvrir leurs résultats.