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"Baiser de Noël", "Lune de sang" ou "rivière noire" : vulgariser les phénomènes astronomiques

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Le "baiser de Noël" est visible dans ciel le 21 décembre 2020 : les planètes Jupiter et Saturne s'approchent, jusqu'à sembler se toucher, depuis la Terre (photo prise à L'Haÿ-les-Roses, dans le Val-de-Marne, le 17 décembre 2020)
Le "baiser de Noël" est visible dans ciel le 21 décembre 2020 : les planètes Jupiter et Saturne s'approchent, jusqu'à sembler se toucher, depuis la Terre (photo prise à L'Haÿ-les-Roses, dans le Val-de-Marne, le 17 décembre 2020)
- Eric Piednoël - DR

C'est un phénomène rare, surnommé le "baiser de Noël" par un astronome australien : ce lundi 21 décembre, Jupiter et Saturne vont se rapprocher et vont sembler se toucher, vu depuis la Terre. D'autres phénomènes astronomiques ont été vulgarisés à travers une appellation originale. Tour d'horizon.

La conjonction de Saturne et de Jupiter est un phénomène qui se produit tous les vingt ans. Vu de la Terre, les deux planètes, les plus grosses du système solaire, sont alignées et se rapprochent jusqu'à sembler se toucher. Ce rapprochement a été surnommé le "baiser de Noël" car il a lieu le 21 décembre cette année. Cette appellation n'a rien de scientifique mais elle permet de vulgariser un phénomène astronomique et de le faire connaître plus facilement au grand public. Ces surnoms sont plutôt répandus en astronomie mais ne sont pas toujours utilisés par les astrophysiciens eux-mêmes. "Baiser de Noël", "Lune de sang", "rivière noire" (ou sac à charbon) et "boules de feu d'Halloween" : tour d'horizon de phénomènes astronomiques vulgarisés sous des noms qui retiennent l'attention.

Le "baiser de Noël"

C'est une appellation qui n'était jusque-là pas connue : le "baiser de Noël" (Christmas kiss) a été imaginé par Brad Tucker, un astronome australien, pour décrire un phénomène astronomique qui va se produire pour la première fois un 21 décembre, donc à la période de Noël. Ce surnom, à destination du grand public, n'est pas utilisé par les scientifiques, qui utilisent, eux, le terme de "grande conjonction". Depuis un mois environ, Jupiter et Saturne se rapprochent en apparence dans le ciel, à tel point que le 21 décembre dans la soirée, vu depuis la Terre, elles vont sembler se toucher, presque s'embrasser dans un même alignement. 

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Saturne et Jupiter ne sont pas du tout sur la même orbite, donc il n'y a aucun risque que les deux planètes rentrent en collision.                                      
Mathilde Gaudel, chercheuse à l'Observatoire de Paris

"La conjonction entre Saturne et Jupiter, cela arrive tous les vingt ans. Sauf que là, on parle de grande conjonction parce que les deux planètes se rapprochent vraiment beaucoup. Par exemple, on estime qu'il y a un écart de moins de 0,1 degré dans le ciel. Elles vont vraiment très proches", précise Mathilde Gaudel, chercheuse à l'Observatoire de Paris. En 2000, le rapprochement entre les deux planètes avaient eu lieu de jour : le phénomène n'avait donc pas pu être observé dans le ciel. Il y a également des conjonctions "avec des séparations plus ou moins grandes" entre Saturne et Jupiter. Il faudra attendre 2080 pour "la prochaine grande conjonction__, c'est-à-dire où les deux planètes vont se toucher, comme cette année", affirme Mathilde Gaudel. "En 2040, il y aura une autre conjonction, mais de jour : on ne pourra donc pas l'observer à l'œil nu. Il y en aura une autre en 2060. Elle aura lieu de nuit, mais la séparation entre les deux planètes ne sera pas aussi petite. On estime que en 2040, en 2060, la différence entre les deux sera d'un degré, elles ne seront pas aussi rapprochées que cette année", ajoute la chercheuse à l'Observatoire de Paris. La dernière grande conjonction s'est produite en 1623 et encore avant, en 1226. 

Cet alignement de Saturne et de Jupiter est donc très rare, mais n'a rien d'exceptionnel d'un point de vue astrophysique, selon Hervé Dole, professeur à l'Université Paris-Saclay. "Il n'empêche que c'est très joli, très inspirant. Je me réjouis que ces noms ('baiser de Noël') existent parce que cela permet à la population de s'intéresser un peu à ce qui se passe dans le ciel d'un point de vue de l'émerveillement", affirme cet astrophysicien. "Dans la vraie vie, ces planètes sont extrêmement loin de nous, elles sont immenses. Et là, le fait de les voir aussi proches dans le ciel, c'est assez émouvant", confirme Léa Griton, chercheuse à l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie à Toulouse.

La grande conjonction, nom scientifique du "baiser de Noël"
La grande conjonction, nom scientifique du "baiser de Noël"
© AFP - Enric Bonet-Torra

Le "baiser de Noël" peut être observé de partout dans le monde. "Il faut regarder environ 45 à 60 minutes après le coucher de soleil en direction du sud ouest, dans la direction où le soleil s'est couché : je dirais environ une dizaine ou une quinzaine de degrés au-dessus de l'horizon", précise Robert Lamontagne, astrophysicien et coordonnateur du Centre de recherche en astrophysique du Québec.

Le point culmine le 21 décembre en soirée, mais sera également visible le 22 décembre. Après le baiser de Noël, où les deux planètes semblent se toucher dans le ciel, elles vont se séparer à nouveau jusqu'à la prochaine conjonction dans vingt ans. "Ce phénomène ne se produit pas nécessairement à la période des Fêtes. Et donc, peut-être qu'on aura un baiser estival ou un baiser de la Saint-Valentin", souligne l'astrophysicien canadien.

En astronomie, on mélange vraiment des noms vernaculaires, populaires, scientifiques, des noms historiques ou religieux.                                          
Olivier Las Vergnas, président de l'Association française d'astronomie 

La "Lune de sang"

L'éclipse lunaire est également connue sous le nom de "Lune de sang". "La Terre va passer devant le Soleil et va empêcher la lumière du Soleil d'aller directement éclairer la Lune__. Les rayons du Soleil vont réussir à éclairer indirectement la Lune en passant par l'atmosphère de la Terre. Les molécules d'air et d'eau dans l'atmosphère ont tendance à absorber la couleur bleu. Les rayons du soleil traversent une énorme couche d'atmosphère, tous les pigments bleus vont être absorbés de la lumière blanche du Soleil et donc il n'y a plus que le rayonnement rouge qui va rester", explique Mathilde Gaudel, chercheuse à l'Observatoire de Paris. La Lune est visible avec un mélange de couleurs orange, cuivre et rouge, ce qui lui vaut le surnom de "Lune de sang".

La Terre s'interpose entre la Lune et le Soleil : la Lune devient toute rouge et on parle de 'Lune de sang'.                                    
Olivier Las Vergnas, président de l'Association française d'astronomie

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La Lune fait souvent l'objet de surnoms différents en fonction des pays mais aussi en fonction des périodes de l'année : "La Lune rose est plutôt associée à la pleine Lune qui survient en mars ou avril, au moment où les premières fleurs commencent à s'ouvrir. Dans le cas de la Lune des moissons, cela est très clairement associé avec le début de l'automne et les récoltes", précise Robert Lamontagne, astrophysicien et coordonnateur du Centre de recherche en astrophysique du Québec.

Les pluies d'étoiles filantes sont parfois surnommés "boules de feu d'Halloween" quand elle survienne entre octobre et novembre.
Les pluies d'étoiles filantes sont parfois surnommés "boules de feu d'Halloween" quand elle survienne entre octobre et novembre.
© Getty - Andrzej Wojcicki

Les "boules de feu d'Halloween"

Le surnom de "boules de feu d'Halloween" est lié à une pluie d'étoiles filantes, qui a lieu dans la constellation du Taureau, entre octobre et novembre, au moment de la période d'Halloween donc. "Une pluie d'étoiles filantes est une comète qui vient des tréfonds du système solaire, au-delà de Neptune. Comme il fait très froid, ce sont des objets qui sont composés de poussières de glace. En fait, en se rapprochant du soleil, la glace va se sublimer et cela va faire des queues, une sorte de chevelure de gaz. La comète tourne autour du Soleil et en se rapprochant, la surface de glace et de poussière va chauffer : elle va laisser une traînée derrière elle. La Terre, en tournant autour du soleil, va traverser ces lieux où il y a ces petits essaims de poussières. La poussière va traverser l'atmosphère de la Terre et cela va faire ce qu'on appelle des étoiles filantes", décrypte Mathilde Gaudel, chercheuse à l'Observatoire de Paris.

Les 'boules de feu d’Halloween' font référence à une pluie d'étoiles filantes, qui survient tous les mois d'octobre et que l'on appelle la pluie d'étoiles filantes des Taurides.                                  
Robert Lamontagne, astrophysicien canadien

Le "sac à charbon"

La "rivière noire" est un surnom qui correspond à un "endroit très dense plein de poussière et de gaz". "C'est tellement dense que le rayonnement des étoiles qui sont derrière et qui vont vouloir éclairer la Terre, va être absorbé par toutes ces poussières, tout ce gaz. On ne va donc pas voir les étoiles qu’il y a derrière et cela va apparaître comme une zone noire, comme s'il n'y avait pas d'étoiles dans cet endroit, ou derrière", décrit Mathilde Gaudel. Quand on observe le ciel sans étoile et que l'on voit une rivière noire, "des sillons tout noirs", il s'agit donc d'une "fausse impression".

En fonction de la forme observée, le phénomène astronomique peut aussi être qualifié de "sac à charbon". "Il n'est visible que depuis l'hémisphère sud, à côté de la Croix du Sud. Il s'agit d'une zone de poussière dans la Voie lactée qui fait qu’il y a un endroit où on ne voit pas d'étoiles", explique Hervé Dole, astrophysicien et professeur à l'Université Paris-Saclay. "C'est un peu la forme d'un sac de poche et donc de façon très imagée, on appelle cela le sac de charbon, la nébuleuse du sac de charbon", ajoute Robert Lamontagne, astrophysicien canadien.

Le sac à charbon, c'est une nébuleuse obscure visible dans la voie lactée, depuis l'hémisphère sud.                                          
Olivier Las Vergnas, président de l'Association française d'astronomie

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