Balthus pédophile ? Derrière la toile "Thérèse rêvant"

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Balthus pédophile ? Derrière la toile "Thérèse rêvant"

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Une femme devant la toile "Thérèse rêvant" de Balthus
Une femme devant la toile "Thérèse rêvant" de Balthus
© Getty - Photo by Brill/ullstein bild

La toile "Thérèse rêvant" de Balthus est une des œuvres les plus polémiques de l'histoire. Une des plus troublantes, aussi. Après avoir fait scandale au Met en 2017, elle est aujourd'hui exposée à Madrid après Bâle cet hiver. Balthus est-il un peintre pédophile ?

En novembre 2017, la toile de Balthus "Thérèse rêvant" fait scandale à New York. Une pétition qui recueille près de 12 000 signatures dénonce le regard pédophile du peintre sur son modèle, Thérèse Blanchard, qu'il a peinte une dizaine de fois entre 1936 et 1939. Elle demande le décrochage de la peinture, ce que refusera le musée.

Aujourd'hui, cette toile est exposée à Madrid, après l'avoir été à Bâle en Suisse cet hiver. Nous revenons sur l'analyse de la toile, avec la commissaire de l'exposition à la Fondation Beyeler à Bâle, et une historienne de l'art spécialiste du peintre.

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L'Art est la matière
59 min

Michiko Kono, commissaire à la Fondation Beyeler (Bâle) :

C’est compréhensible qu’on soit choqué par la vue de cette posture qui est ambiguë et en même temps on voit aussi les grandes qualités de peintre de Balthus. Le soin qu’il apporte à la composition, le choix des couleurs, le soin qu’il apporte à la représentation du fond avec des draperies avec tout un ensemble d’éléments qui ne sont pas placés là par hasard. C’est compréhensible qu’on ressente un malaise à la vue de cette jeune fille les jambes ouvertes, la vue de ses dessous.

Camille Viéville, historienne de l'art :

Balthus lui, a toujours nié cette part d’érotisation. Il préférait y voir les projections perverses du spectateur. En 1938,  Balthus peint "Thérèse rêvant" qui montre la jeune fille assise sur une banquette, une jambe repliée,  les bras croisés derrière la tête, les yeux clos. On entrevoit sa culotte et à l’aplomb se trouve un chat en train de boire du lait. 

Michiko Kono, commissaire à la Fondation Beyeler (Bâle) :

Ce qui est intéressant à voir en particulier dans le cas de Balthus c’est que les discussions autour de Balthus sont très profondément liées au contexte historique. Ce n’est pas un hasard si cette pétition a été lancée un mois après la création de #MeToo. C’est véritablement ce contexte-là qui a permis  à cette pétition de naître. 

Un autre fait que l’on peut soulever c’est qu'un grand nombre des modèles avec qui a travaillé Balthus s’est exprimé par la suite sur les expériences qu’elles ont vécues et il n’y a jamais eu de reproches ou d’accusations qui ont été soulevées envers Balthus. Elles se souviennent toutes d’une complicité qui se créait avec l’artiste et toutes se sentaient, d’après ce qu’elles racontent, très à l’aise dans ce rôle de modèle. Balthus a toujours travaillé avec des dessins. Il a réalisé des dessins en premier lieu, il invitait ses modèles dans l’atelier dans lequel il dessinait avant de se retirer dans l’atelier dans lequel il peignait seul. Donc il y a déjà cette distance créée entre le moment où le modèle est présent et le moment où la toile est réalisée. 

Cette toile fait certainement partie des œuvres les plus importantes du XXe siècle parce que c’est un sujet qui est très présent dans l’histoire de l’art. La représentation de la jeune fille ce n’est pas Balthus qui l’a inventée mais la manière dont il a traité ce sujet est certainement unique à sa façon. 

Camille Viéville, historienne de l'art : 

C’est vraiment l’incarnation d’un moment singulier dans la vie, un moment suspendu, une espèce de basculement entre le monde de l’enfance et le monde de l’âge adulte et je pense que ce moment suspendu est quelque chose qui d’un point de vue métaphysique l’intéresse beaucoup.

Michiko Kono, commissaire à la Fondation Beyeler (Bâle) :

On a une sorte de mur de commentaires où les visiteurs du musée peuvent s’exprimer librement. On a également des médiateurs culturels qui sont dans les salles d’exposition auxquels on peut s’adresser avec des questions quand on a besoin de s’exprimer. C’est intéressant de constater que finalement le public s’intéresse aux possibilités de l’art et très souvent ne comprend pas très bien pourquoi cette œuvre soulève autant de rejet parmi certaines personnes.