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Baobabs : disparition des géants tutélaires de la savane

Par
Morondava à Madagascar. La route des baobabs au soleil couchant, avril 1995
Morondava à Madagascar. La route des baobabs au soleil couchant, avril 1995
- Larre

Les baobabs agonisent à cause du réchauffement climatique. La dernière décennie a vu mourir neuf spécimens, parmi les plus vieux d'Afrique. En archives, on revient sur le symbolisme et les vertus de cet arbre sacré, immense génie tutélaire des savanes.

Sur les treize plus vieux baobabs africains, neuf sont partiellement ou totalement morts. C'est une équipe de chercheurs du monde entier qui alerte, dans la revue Nature Plants du 11 juin, sur ce dépérissement qui s'est accéléré au cours de la dernière décennie. En cause, d'après eux : certainement le réchauffement climatique fatal à ces arbres-citernes, même s'ils estiment que "d'autres recherches seront nécessaires pour soutenir ou réfuter cette hypothèse".

A l'ombre du baobab, les palabres du village africain

Souvent appelés "arbres à palabres", le baobab est un lieu de rassemblement traditionnel dans les villages d'Afrique : on y traite les affaires du village. Dans une émission des "Nuits magnétiques" dédiée au Kenya, en 1989, l'écrivain Jean-Christophe Bailly, grand amoureux de ce pays, rendait ainsi hommage au baobab :

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Quelle petite justice que celle de Saint-Louis assis sous son chêne, quand on voit le baobab ! [...] Arbre utile, amical, à commencer par l’ombre, et qui semble avoir à lui seul le pouvoir de convoquer à son pied des villages dont il devient sans solennité, comme un banc, la divinité tutélaire, avec des vieillards et des enfants assis sous lui et donnant l’échelle. Cette échelle qui fait de lui dans le règne végétal, l’équivalent fraternel de l’éléphant. Avec le grand mammifère, il partage l’allure et la couleur, la placidité et le silence.

Le baobab, vu par l'écrivain Jean-Christophe Bailly_Nuits magnétiques, 12/07/1989

1 min

Symbole de la connaissance et de la féminité

Selon les cultures, le baobab est perçu un peu différemment dans l'imaginaire sacré. Mais de par ses dimensions et sa longévité - il peut atteindre trente mètres de haut pour un tronc de neuf mètres de diamètre, et peut vivre deux-mille-cinq-cents ans - cet arbre reste porteur d'une symbolique transcontinentale, voire universelle. 

Dans "Nuits magnétiques" toujours, en juillet 1989, Youssouf Cissé, chercheur au CNRS, d'origine malienne, racontait le culte du baobab dans son village du Mali :

On le considère comme la connaissance, qui est très étendue : il faut étendre les bras pour pouvoir le cercler. [...] Ce baobab qui possède beaucoup de vertus, est considéré par certains chez nous comme l’arbre femelle. Le mâle est identifié comme le kapokier, qui est aussi géant, même s’il est moins grand. L’analogie se fait vis-à-vis des fruits. Le baobab contient des fruits avec des graines et une pulpe qui se mange, tandis que le kapokier, qui a un fruit comparable à celui du baobab, contient du kapok, qui n’est pas comestible.

Youssouf Cisse, sur la dimension sacrée du baobab_Nuits magnétiques, 12/07/1989

5 min

Un géant qui soigne et nourrit

Et si son tronc creux peut servir de sépulture, le baobab est d'abord un arbre de vie ; un arbre nourrissant de par son fruit, d'abord, "dont la pulpe est une poudre blanchâtre, riche en protéines, en éléments minéraux", ses graines qui "contiennent une amande riche en lipides et en protéines" et ses feuilles, "très utilisées dans l’alimentation, riche en calcium et en protéines", explique encore Youssouf Cissé dans cette archive. 

Enfin, l'écorce du baobab est très utilisée en médecine traditionnelle. Réputée pour ses vertus anti-inflammatoires, elle soigne le paludisme, apaise la fièvre, et ses propriétés de régénération font qu'elle est aussi employée pour soigner plaies chroniques, ulcères... et même gingivites nécrotiques.

Les neuf grands géants tutélaires et millénaires qui ont dépéri ces dix dernières années appartiennent à une région dans laquelle "le réchauffement est le plus rapide en Afrique", selon Adrian Patrut de l'université Babeș-Bolyai en Roumanie, coauteur de l'étude de Nature Plants. Preuve de leur dimension sacrée, les victimes ont des noms :  il s'agit par exemple de Panke, du Zimbabwe, qui du haut de ses 2450 ans était le doyen du continent africain ; mais aussi du fameux Chapman, du Botswana, classé monument national et sur lequel Livingstone grava ses initiales ; ou encore du baobab Sunland, en Afrique du Sud, qui accueillait un bar dans son tronc et qui s'est effondré l'année dernière, après seulement mille ans sur la planète... plus si bleue.