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BD : le top 10 de l'année 2019

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Voici un choix forcément difficile tant les bonnes publications ont été nombreuses
Voici un choix forcément difficile tant les bonnes publications ont été nombreuses
© Radio France - SL

Piraterie, ivresse, uchronie, spleen marseillais ou Marilyn Monroe... À l'occasion du 47e Festival d'Angoulême qui se déroule du Jeudi 30 janvier au Dimanche 2 février, Tewfik Hakem, producteur du Réveil Culturel, propose de vous faire découvrir ses 10 coups de cœur de l'année.

La 47e édition du Festival d'Angoulême débute le 30 janvier prochain. Il n'est donc pas trop tard pour vous faire découvrir les dix albums favoris de l'année 2019 pour Tewfik Hakem, le producteur du Réveil Culturel. Et de constater à travers son top 10 le grand retour des anti-héros. 

Au programme : un escroc impuissant, un pirate ivrogne, un aventurier mythomane et une poignée d’oisifs décomplexés… Marilyn qui revient le visage défigurée par la colère et Blueberry qui ressuscite plus que jamais démuni devant la situation politique du moment. Affreux, sales et brillants, les anti-héros de l’année reflètent-ils le cynisme de notre époque ?

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1-"Le Dernier atlas" : un thriller haletant sous forme d'uchronie, entre traumas du passé et peurs contemporaines

Le Dernier Atlas T.1 par Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard et Laurence Croix.  Ed. Dupuis
Le Dernier Atlas T.1 par Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard et Laurence Croix. Ed. Dupuis
  • De quoi ça parle ?

Thriller haletant qui entrecroise plusieurs intrigues dans une uchronie qui convoque au présent les traumas du passé qui ne passent toujours pas ( la guerre d’Algérie) et les peurs contemporaines liées aux urgences écologiques. Récit multi-temporel à rebondissements qui se déroule dans trois pays différents (la France, l’Algérie, et l’Inde) et met en scène un anti-héros marquant : Ismaël Tayed, petit escroc nantais chargé par son patron mafieux de retrouver le dernier des Atlas, ces robots nucléaires que la France aurait construit dans les années 60 et dont le dernier spécimen se trouve dans une décharge en Inde…  

  • Pourquoi ce choix ?

A la question lassante de savoir si la fiction télé française arrivera un jour à rivaliser avec les séries américaines, sur le papier la réponse est oui. Le Dernier Atlas est une bd française aussi efficace qu’une bonne série Netflix. Les auteurs nantais de cette BD d’envergure- Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval au scénario, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard au dessin- ne se contentent pas d’appliquer les recettes du cliffhanger des séries américaines contemporaines, ils questionnent les raisons et les origines de nos angoisses contemporaines et de nos malaises identitaires. Avec toute l'impertinence qu’il faut pour nous venger des discours simplistes dominants. Le prix Goscinny 2020 (destiné à récompenser des scénaristes de bande dessinée) a été décerné à Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann pour Le dernier Atlas. Prix mérité… mais pas suffisant. 

Par Fabien Vehlmann, Gwen De Bonneval, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard. Aux éditions Dupuis.

2-"La Rose la plus rouge s'épanouit" de Liv Strömquist : Pop-philo, glamour et critique sociale interrogent le sentiment amoureux 

La dessinatrice Liv Strömquist signe un essai aussi drôle qu’instructif sur l’engagement amoureux, le tout en mixant philosophie et culture pop. Editions Rackham
La dessinatrice Liv Strömquist signe un essai aussi drôle qu’instructif sur l’engagement amoureux, le tout en mixant philosophie et culture pop. Editions Rackham
  • De quoi ça parle ?

C’est un essai en forme de bande dessinée qui interroge le sentiment amoureux à l’heure des applications de rencontres. Est-ce qu’on s’aime aujourd’hui comme toujours ou est-ce que nos pratiques amoureuses changent suivant les époques, les systèmes économiques en place, les pensées philosophiques du moment ? Pour argumenter ses propos l’essayiste-bédéiste cite aussi bien Platon, Kierkegaard que d’autres philosophes, écrivains et poètes moins connus. Elle nous invite à étudier la culture du narcissisme à travers les cas de Beyoncé et de Léonard DiCaprio. Pop-philo, glamour et critique sociale. Exemple : pourquoi DiCaprio enchaîne-t-il les conquêtes sans tomber amoureux ?  Peut-on dire qu’il vit des amours libérées tels que les prônait dans l’entre deux guerres la poétesse américaine féministe Hilda Doolittle ? Le titre, La Rose la plus rouge s'épanouit, est une référence à un des poèmes de H.D.

  • Pourquoi ce choix ?

Parce que Liv Strömquist, c’est la Virginie Despentes de la Suède. Enfin, c’est ce qu’on dit pour retenir l’attention des amis découragés de ne pas être certain de retenir ce nom venu du froid ou de ne pas pouvoir le prononcer comme il faudrait. Célèbre dans son pays, Liv Strömquist est une militante féministe anti-capitaliste et évidement écolo qui dessine comme elle pense. A tout va. Idées claires et dessins brouillons dans un noir et blanc primaire. Son analyse folle du sentiment amoureux est très documentée, chargée de citations savantes, truffée d’exemples farfelus. Les albums érudits, engagés et drôles de l’auteure de « L’Origine du Monde », «Sentiments du prince Charles» et « I am every women » rappellent au passage que l’esprit punk n’est pas dead du tout. Liv Strömquist a par exemple suscité dans son pays une vive polémique avec une illustration représentant une patineuse artistique tachée de sang menstruel.

Aux éditions Rackham.

3- "Préférence système" d’Ugo Bienvenu : le portrait d'un futur proche où la technologie, la robotisation et le numérique désenchantent le monde

Dans un futur proche, alors que les datas se multiplient, la mémoire de l’humanité devient un extraordinaire enjeu. Denoël graphic
Dans un futur proche, alors que les datas se multiplient, la mémoire de l’humanité devient un extraordinaire enjeu. Denoël graphic
  • De quoi ça parle ?

Nous sommes en 2055, désormais les robots portent nos bébés et toute la mémoire de l’humanité est confiée aux machines. Sauf que le big data devient si volumineux qu’il va falloir faire le tri et supprimer des données. Le « Bureau des Essentiels » nommé par le très autoritaire gouvernement mondial est chargé de juger de ce qui doit être gardé ou détruit. Peut-on faire disparaître des poèmes d’Arthur Rimbaud, « Les Misérables » de Victor Hugo ou les films de Stanley Kubrick de notre mémoire collective pour laisser la place aux derniers épisodes des feuilletons à la mode ?  Poser la question c’est déjà entrer en résistance…  

  • Pourquoi ce choix ?

Tout le monde s’est retrouvé un jour à devoir faire le ménage dans son ordinateur et supprimer des fichiers quand la mémoire de la machine est saturée. Dans sa dernière bande-dessinée le jeune Ugo Bienvenu, imagine un futur saturé de données et se pose la question du devenir de nos archives, de notre passé, nos cultures et nos mémoires collectives. Récit très sombre tout en couleurs pop, cette BD s’est vu attribuer le grand prix de la critique par l’ACBD (l’Association des Critiques de BD). «Une fascinante réflexion sur un futur pas si lointain, à la fois effrayant et magnétique», a souligné le jury dans son communiqué. 

Aux éditions Denoël Graphic.

En savoir plus : Post apo : les BD qui imaginent le monde après le chaos

4- "Portrait d'un buveur" : les aventures d'un pirate voleur, lâche et vulgaire, loin des clichés hollywoodiens

Extrait de «Portrait d'un buveur» Schrauwen.Ruppert.Mulot. Editions Dupuis
Extrait de «Portrait d'un buveur» Schrauwen.Ruppert.Mulot. Editions Dupuis
  • De quoi ça parle ?
     

Menteur, voleur, lâche et vulgaire, mais pas seulement ! Guy le pirate est aussi un grand alcoolique, un chanteur calamiteux et un pervers minable, prêt à malmener les enfants et à tuer ses bienfaiteurs pour arriver à ses fins. Dans cette bande dessinée délirante, on suit les macabres péripéties d’un pirate qui fuit les combats pour mieux assassiner en traître. Même rongé par la culpabilité, Guy le pirate affronte les fantômes de ses victimes en continuant d’être abominable. Toujours bourré, jamais vaincu. Finira-t-il par gagner notre sympathie par usure ?

  • Pourquoi ce choix ?
     

Parce que loin des clichés des pirates fabriqués par Hollywood, Guy la fripouille ressemble comme deux gouttes de rhum aux flibustiers de l’île au Trésor. Rendre à Stevenson ce qui appartient à Stevenson, c’était le but de cette aventure bédéistique menée conjointement par le duo hype de la bande-dessinée française d’expérimentation Ruppert et Mulot et le tout aussi barré et talentueux Olivier Schrauwen, leur frère flamand. L’album découpé en plusieurs chapitres avec de belles ellipses nous invite parfois à nous mettre dans la tête du pirate. Chaque chapitre épousant le degré d'ivresse de son protagoniste, les traitements graphiques de cette aventure deviennent de plus en plus enivrants effectivement. Sans jamais nous soûler. 

Par Ruppert & Mulot avec Olivier Schrauwen. Aux éditions Dupuis.

En savoir plus : Bande dessinée : Portrait d’un buveur : "du Stevenson revisité par Bukowski"

5- "Même si c'est la nuit" de Kamel Khelif : le spleen des âmes errantes entre plusieurs cultures

98 planches, textes et dessins de Kamel Khélif. Un homme traverse de nuit sa ville - déambulation dans les rues d'une ville jamais nommée et pourtant, reconnaissable - Marseille. Crédits: Kamel Khélif
98 planches, textes et dessins de Kamel Khélif. Un homme traverse de nuit sa ville - déambulation dans les rues d'une ville jamais nommée et pourtant, reconnaissable - Marseille. Crédits: Kamel Khélif
  • De quoi ça parle ?
     

De la tombée de la nuit aux premières lueurs de l'aube, un dessinateur se promène seul dans une ville balayée par le froid. Entre réminiscences et rêves, il rencontre d’autres solitudes dans la ville portuaire. Marseille n’est jamais nommée mais on reconnait les quartiers délabrés de la cité phocéenne, le cours Belsunce et ses hôtels de misère, le boulevard d’Athènes et ses bars arabes enfumés, la rue d’Aubagne et ses immeubles sinistrés… Cette déambulation du dessinateur-narrateur interroge la condition humaine des immigrés, des laissés pour compte et des artistes solitaires. Poétique et poignant.

  • Pourquoi ce choix ?

Parce que ce récit introspectif et poétique marque, dix ans après « La Jeune femme et la mort », le retour de Kamel Khelif à la bande-dessinée. Royalement ignoré par le monde du 9ème art, l’artiste autodidacte marseillais est depuis quelques années courtisé par le monde de l’art avec un grand A, exposant ses dessins et peintures dans les galeries de Paris, de Londres et d’outre-Atlantique . Les cases de cette bande dessinée au style sombre sont travaillées comme de petits tableaux. Avec ses mines de plomb, ses crayons gras, son encre de Chine, ses feutres et ses fusains, Kamel Khelif réussi à restituer le spleen des âmes errantes entre plusieurs cultures. Une douce mélancolique s'élève au fil des pages de cette bande dessinée grand format. Comme dans un vieux fado, ou un morceau chaâbi d’Amar  Ezzahi : même si on ne comprend pas toujours les paroles, on capte l’essentiel.

Aux éditions Otium.

En savoir plus : Kamel Khélif : "J'avais envie de faire un livre un peu comme une lettre qu'on envoie à des amis"

6-  "Amertume Apache" ( Une nouvelle aventure de Blueberry) : un exercice "d'histoire de l’art" réussi

Joann Sfar et Christophe Blain ont relevé le défi. Signer à deux mains un épisode inédit du célébrissime Lieutenant Bluberry. Editions Dargaud
Joann Sfar et Christophe Blain ont relevé le défi. Signer à deux mains un épisode inédit du célébrissime Lieutenant Bluberry. Editions Dargaud
  • De quoi ça parle ?

Alors qu’il patrouille aux abords d’une réserve indienne, l’ex-lieutenant Blueberry assiste au meurtre de deux femmes apaches par trois jeunes Blancs. Un embrasement de la région semble inévitable. Parallèlement, Ruth, la femme du commandant du Fort, semble prête à tout quitter pour se jeter dans les bras de l’ombrageux Mike Steve Blueberry…  Dans ce premier tome d’un dytique annoncé, le héros culte de la bande dessinée western des années 60-70 doit faire face à des problématiques très actuelles (la place des femmes, le post-colonial, la concurrence des machines dans le marché du travail)…   

À lire : Blueberry, Corto Maltese, Spirou... la fièvre des reprises

  • Pourquoi ce choix ?  

Créé en 1963 dans Pilote par le duo mythique de la bande dessinée Jean-Michel Charlier (scénario) et Jean Giraud ( dessins), Blueberry n’a pas attendu cette reprise pour changer de mains au fil de sa longue carrière. Si cet album de Joann Sfar et Christophe Blain était très attendu, c’est d’abord pour sa dimension symbolique. Comment deux grands auteurs de la bande dessinée contemporaine allaient-ils rendre hommage aux deux grandes figures emblématiques de la génération précédente que sont Giraud et Charlier ? Bonne surprise, l’hommage aux maîtres se fait ici d’une manière subtile.« Si la bande-dessinée est un art, la reprise est un exercice d'histoire de l’art. » résume Joann Star. Exercice réussi. En parents adoptifs aimants et responsables, Blain et Sfar offrent à Blueberry la possibilité d’une nouvelle vie.

Par Christophe Blain et Joann Sfar. Aux éditions Dargaud.

En savoir plus : Blueberry et ses nouveaux parents adoptifs : Christophe Blain et Joann Sfar

7- "Les entrailles de New York" de Julia Wertz : un des plus beaux livres consacrés à cette ville-monde

"Si vous vous attendiez à un guide des restaurants et des villes, c’est franchement pas de bol", annonce Julia Wertz dans l’avant-propos. Aux éditions L’Agrume
"Si vous vous attendiez à un guide des restaurants et des villes, c’est franchement pas de bol", annonce Julia Wertz dans l’avant-propos. Aux éditions L’Agrume
  • De quoi ça parle ?

Un gros pavé pour une petite histoire de New York conçue comme un anti-guide touristique. Déambulations dans les quartiers et dans l’histoire de la grande métropole, en compagnie de l’auteure qui y a habité 10 ans. Etats des lieux subjectifs et anecdotes insolites. NY City, ses buildings, ses librairies indépendantes, ses cinémas de Staten Island, ses mythiques boîtes de nuit de Harlem, ses rues et ses avenues les plus atypiques. New-York passé-présent raconté à travers les petites histoires de quelques personnalités méconnues ou oubliées comme l’avorteuse légendaire de la cinquième Avenue, Madame Restell, la tueuse en série, Miss Lizzie Halliday, la journaliste d’investigation, Nellie Bly…  Planches en noir et blanc qui fourmillent de détails, New York disséqué par une amoureuse de la ville… Avant de quitter la grosse pomme pour cause de loyers de plus en plus délirants, Julia Wertz réalise un des plus beaux livres consacrés à cette ville-monde, vitrine de l’histoire du capitalisme.   

  • Pourquoi ce choix ?

Parce que tout ce que fait Julia Wertz est absolument recommandable. Après l’autobiographie trash qui lui permit dans ses précédents livres de raconter son addiction à l’alcool, son enfance californienne et son rapport au sexe, l’auteure pose un regard lucide et nostalgique sur New York. Elle restitue d’un trait élégant et précis tous les beaux paradoxes de la grande métropole occidentale. New-York et ses lieux insolites, ses quartiers atypiques, ses bars et magasins sans cesse reconvertis, sa mortelle gentrification. En bonne narratrice graphique l'auteure nous entraîne dans son impressionnante virée nostalgique à différentes époques de New York, avec des histoires tout aussi passionnantes que pittoresques les unes que les autres. Un régal !

Aux éditons L’Agrume.

8- "L’oisiveraie" de David Prudhomme : entre brèves de comptoir et carnet de croquis, une ode à la lenteur

L’Oisiveraie avance comme ses retraités, au ralenti. Aux éditions L'association
L’Oisiveraie avance comme ses retraités, au ralenti. Aux éditions L'association
  • De quoi ça parle ?

Au Tartifume, troquet à l’ancienne d’une petite ville campagnarde, il y a toujours de la place pour ceux qui n’en ont plus dans la société productiviste. Retraités ou chômeurs, les habitués du bar s’appellent Gus, Raoul, Jean-Louis, René, Roland… Ils aiment boire, manger des omelettes, discuter de tout et surtout de rien, faire la sieste partout ou c’est possible et laisser la routine heureuse rythmer le cour de leur paisible vie. Entre brèves de comptoir et carnet de croquis, cette bande dessinée est une ode à la lenteur.

  • Pourquoi ce choix ?

Parce que c’est un manifeste hédoniste qui tombe à pic à l’heure où l’on est prié de travailler plus longtemps pour gagner moins d’argent. Publié initialement au début des années 2000 aux éditions Charrette, L’oisiveraie a été redessiné et recomposé par son auteur pour les éditions L’Association. Cet album au format carré de 132 pages en noir et blanc témoigne aussi de la virtuosité graphique de David Prudhomme soucieux d’affiner son travail en permanence. L’auteur bordelais a par ailleurs publié cette année un grand et beau livre consacré aux lutteurs de Sumo ( « Summographie »/ Noctambule).   

Aux éditions L'association.

En savoir plus : David Prudhomme au pays du sumo

9-"Hollywood menteur" de Luz : un vrai-faux reportage pour une totale réussite

  • De quoi ça parle ?

C'est l’histoire du tournage du film The Misfits (en français Les désaxés), réalisé dans des conditions difficiles par John Huston en 1961 sur un scénario d’Arthur Miller. Un film crépusculaire qui pour beaucoup signe la fin de l’âge d’or d’Hollywood. Dans une scène du film, Marilyn Monroe hurle sa colère dans le désert contre Eli Wallach, Montgomery Clift et Clark Gable. Mais pour une fois qu’on pouvait voir Marilyn en colère, le réalisateur décide d’éloigner sa caméra. Cette bande-dessinée restitue l’image manquante de Marilyn. «Je voulais montrer cette image de rage et de colère, un visage symbole de courage en adéquation avec ses fractures, sa réalité» résume Luz. Le fantôme de Marylin faisant écho au mouvement #MeToo de libération de la parole des femmes.

En savoir plus : Marilyn Monroe, fragments d'images

  • Pourquoi ce choix ?

Parce que Luz manie avec une rageuse virtuosité le pinceau et la plume pour raconter les colères trop longtemps ignorées ou volontairement étouffées. Celles des femmes dans l’industrie cinématographique américaine en général et particulièrement la colère de Marilyn Monroe condamnée à ne jamais afficher publiquement une quelconque défiance vis à vis de l’ordre établi par la puissante machine à rêves.  Conçu en flashbacks, dans un noir et blanc éclatant toutes les cases habituelles, Hollywood menteur se présente comme un making-of du film de John Huston, avec comme fil conducteur, le délire d’un de ses protagonistes, Montgomery Clift, qui revit au seuil de sa mort les moments les éprouvants de ce tournage. Un vrai-faux reportage pour une totale réussite. Cette BD est également un beau manifeste féministe. Avec une belle préface de Virginie Despentes. Who else ? 

Aux éditions Futuropolis.

En savoir plus : Luz : "On n'a jamais vu Marilyn Monroe en colère, comme si Hollywood l’avait cryogénisée, mise dans une boule de Noël"

10-"Les Indes fourbes" de Juanjo Guarnido et Alain Ayroles : baroque et épique, le blockbuster de l’année !

Un roman picaresque transposé en BD par deux grands noms du neuvième art, Ayroles et Guarnido. Ayroles et Guarnido/Editions Delcourt.
Un roman picaresque transposé en BD par deux grands noms du neuvième art, Ayroles et Guarnido. Ayroles et Guarnido/Editions Delcourt.
  • De quoi ça parle ?

Cette bande dessinée riche de 162 pages se propose de raconter la suite d’un classique de la littérature espagnole, «  El Buscón », l’unique livre paru en 1626 d’un certain  don Francisco Gomez de Quevedo, un contemporain de Cervantez tout aussi connu en Espagne que l'auteur de Don Quichotte. « Une seconde partie de l'Histoire de la vie de l'aventurier nommé don Pablos de Ségovie, vagabond exemplaire et miroir des filous ; inspiré de la première, telle qu'en son temps la narra don Francisco Gómez de Quevedo y Villegas, chevalier de l'ordre de Saint Jacques et seigneur de Juan Abad » nous prévient-on en couverture. Mais comme le personnage est une sacrée fripouille et un grand mythomane, on ne sait pas ce qui est vrai et faux dans le récit qu’il nous fait de ses aventures picaresques dans l’Espagne du siècle d’or et dans cette Amérique qu’on appelait encore les Indes…  

  • Pourquoi ce choix ?

C’est le bon Blockbuster de l’année ! Baroque et épique, avec une belle affiche : la rencontre au sommet du grand dessinateur espagnol de la série « Blacksad -Juanjo Guarnido-  avec le célèbre scénariste français de « De cape et de crocs »- Alain Ayroles_._ Deux poids lourds de la bande dessinée mainstream rendent hommage à la littérature picaresque. Tout y est : la forme autobiographique, l’enchaînement des mésaventures rocambolesques, l’humour noir, le récit à tiroirs qui multiplie chausse-trapes et faux-semblants, des héros amoraux et des paysages somptueux. Cette bluffante bande dessinée tout à l’aquarelle aurait, dit-on, nécessité près d’une décennie de recherches et de travail. Il fallait au moins ça pour rendre le dernier des fourbes sympathique.
Aux éditions Delcourt.

En savoir plus : Guarnido et Ayroles chez les Picaros