Publicité

''Beaucoup de certitudes seront balayées'' : point nodal du discours d'E.Macron face au Covid19

Par
Le confinement va-t-il nous conduire à nous poser les bonnes questions ?
Le confinement va-t-il nous conduire à nous poser les bonnes questions ?
© Getty - Nora Carol

Le président de la République a pris une nouvelle fois la parole face à la propagation inquiétante du coronavirus. Sa décision : confiner l’ensemble des Français. Le confinement, une secousse intérieure, qui aura forcément des effets sur notre façon d'envisager le monde.

Je ne sais pas à quoi je m’attendais en acceptant, au début de l’été dernier, le principe de cette chronique sur la transition écologique, mais assurément, je ne m’attendais pas à ça, pas à cette transition-là.

La confrontation avec l’abondante littérature sur le sujet aurait pourtant dû m’y préparer : j’ai dans ma bibliothèque, au bureau, un rayon tout entier consacré à l’effondrement prochain (certains disent même en cours) de nos sociétés. J’en ai lu quelques-uns. Mais je n’y ai pas cru et pour tout dire, je n’y crois toujours pas.

Publicité
41 min

Il va certes être tentant de faire de la crise actuelle une répétition générale de celle à venir : les deux phénomènes n’ont pourtant pas grand-chose en commun. Les collapsologues ont beau être des individus souvent sympathiques, ils n’ont pas su me convaincre. Leur théorie se heurte à une malédiction : il faudrait pour qu’elle se réalise que les ressources fossiles soient au bord de l’épuisement, malheureusement, ce n’est pas le cas. On peut, pourquoi pas, souhaiter l’effondrement, espérer qu’une société se développe sur de toutes nouvelles bases. Mais il ne viendra pas de là.

Le défi de rester solidaires tout en renonçant, provisoirement, à deux des fondements de notre pacte républicain : la liberté de se déplacer, la fraternité des réunions entre amis

Je n’imagine pas non plus qu’il puisse venir de cette épidémie de coronavirus. La secousse est sévère, elle promet d’être longue, mais c’est parce que notre modèle est encore assez solide qu’elle ne durera pas. Je ne parle pas ici de notre modèle de développement, mais de notre modèle social. On oublie trop souvent, lorsqu’on parle de transition écologique, que celle-ci ne se fera que si elle est solidaire. Or c’est bien à cette solidarité que nous confronte la crise actuelle. Il va falloir le rester, solidaires, tout en renonçant, provisoirement, à deux des fondements de notre pacte républicain : la liberté de se déplacer, la fraternité des réunions entre amis. C’est contre-intuitif, mais c’est comme ça.

4 min

Les mesures de confinement (partielles ? totales ? tout ça n’était pas encore très clair hier soir) annoncées par le Président de la République n’en sont pas moins une expérience de l’effondrement. Tous nos repères vacillent. ‘’J’ai l’impression de vivre dans un film’’ me disait avant-hier une de mes collègues.

J’ai vu passer ces jours-ci, sur le réseau Twitter devenu ma deuxième maison, des appels en faveur des librairies, demandant à ce qu’elles restent ouvertes car assimilées à des zones de première nécessité. Comme les commerces d’alimentation et comme les pharmacies. ‘’Elles sont indispensables à la santé intellectuelle, morale et récréative du pays’’ nous dit Bernard Pivot.

Le réel vient de rattraper l’imagination

J’aime trop les livres pour lui donner tort, mais l’expérience que nous sommes en train de vivre m’empêche de lui donner tout à fait raison. J’exagère à dessein en disant que, pour ma part, je pourrais presque m’en passer pendant quelque temps. Car le réel vient de rattraper l’imagination. Nous ne sommes plus de simples lecteurs : quel vertige, nous sommes devenus des personnages de fiction, les acteurs d’un roman d’anticipation !

Cette forte secousse intérieure aura des conséquences. Comme l’a dit Emmanuel Macron dans son allocution hier soir : ‘’beaucoup de certitudes, de convictions, seront balayées, seront remises en cause’’. Point nodal de son discours. Il faudra s'en souvenir.

J’évoquais vendredi dernier, après sa précédente intervention, la nécessité d’engager les mêmes propos et le même combat face au danger du changement climatique que face à celui du coronavirus. C’était un regret mais c’est aussi un espoir. Si cette crise est une guerre, il faudra bien en tirer les leçons. Cette épreuve va nous  conduire à repenser en profondeur nos modes de vie et notre système de relations, lorsqu’il sera mis un terme au confinement.

Appelons ça de l’optimisme !

(Pendant une durée indéterminée, les Matins de France Culture sont suspendus, remplacés par la matinale de France Inter. Je vous donne rendez-vous chaque matin pour une chronique en version écrite. Il y sera question de confinement mais –promis- pas seulement ! A bientôt sur l'antenne pour La Transition)