Béla Tarr, icône radicale du cinéma #CulturePrime

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Béla Tarr, icône radicale du cinéma

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Martin Scorsese le considère comme l'artiste le plus audacieux du cinéma. Voici l'histoire de Béla Tarr, alors que son film de 7h30, "Le Tango de Satan" ressort en salles dans une magnifique version restaurée.

Réalisateur intransigeant, esthète radical, cinéaste confidentiel, Béla Tarr est adulé par plusieurs grands noms du cinéma. Parmi eux, Gus Van Sant qui s’en réclame, ou László Nemes. Selon Martin Scorsese, Béla Tarr est “l’un des artistes les plus audacieux du cinéma”. 

Béla Tarr naît en 1955 à Pécs, en Hongrie communiste, dans une famille pauvre. Il commence à réaliser des films très jeune en autodidacte. Un jour, l’un de ses tournages est interrompu par la police. Arrêté, il ne pourra pas entrer à l’université à cause de cet incident. À 22 ans, il tourne son premier long-métrage Le Nid familial, en seulement 5 jours, avec des acteurs non-professionnels.

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Ses premières œuvres évoquent le style “réalisme socialiste”, le courant dominant à l’Est qui filme la condition ouvrière de manière documentaire. Il intègre ensuite l’école de cinéma et de théâtre de Budapest.

Son 2e film, L’Outsider, suit le parcours d’un jeune violoniste, marginal et inadapté au monde. Il y revendique une totale liberté d’auteur et assume ses choix esthétiques avant-gardistes.

J’aime faire des scènes d’ouvertures longues, c’est l’occasion de présenter le style, et le spectateur choisit s’il reste ou s'il part. C’est comme un pacte entre vous et moi. Béla Tarr

Sa patte est déjà affirmée : des plans qui s’étirent, un pessimisme ambiant, des personnages marginaux et le noir et blanc. Il expérimente aussi le plan-séquence et en fait sa marque de fabrique.

Le plan-séquence nous parle du temps, c’est une histoire de rythme qui développe une tension particulière. Lorsqu’on tourne un plan-séquence, tout le monde doit travailler ensemble, les acteurs doivent être impliqués dans la scène. Béla Tarr

Un cinéma métaphysique

Progressivement, il se détache de l’aspect documentaire du réalisme socialiste et bascule dans un cinéma plus métaphysique. Ses films se font plus sombres et apocalyptiques à mesure que le bloc de l’Est se délite.

Disons que mon cinéma était sociologique. Il est devenu ontologique, puis cosmique. Béla Tarr

Sa rencontre avec le romancier László Krasznahorkai sera déterminante. Il adaptera en tout quatre de ses livres au cinéma, des dystopies à l’univers nihiliste.

La littérature est un langage, le cinéma en est un autre. Il s’agit de transformer, pas simplement de transposer. Béla Tarr

Radical dans la forme et toujours plus noir, il tourne le Tango de Satan en 1994, un film de 7h30. Une sorte de huis clos métaphysique avec un minimalisme assumé dans le décor et l’intrigue. Peu distribué en Europe, il faut atteindre la fin des années 1990 pour que ses films sortent de l’ombre. Il réalise en 2011 son dernier film, Le Cheval de Turin.

Certains critiques évoquent “une expérience limite pour les nerfs du spectateur”. Le film, d’un aspect austère, montre le quotidien de paysans pauvres dans une ferme. Il comporte de longues scènes sans dialogues.

Le film reçoit l’Ours d’argent au festival de Berlin. Il met fin à sa carrière de réalisateur après ce film-testament. Il ouvre une école de cinéma à Sarajevo mais l’école ferme au bout de quelques années, faute de moyens.

Si je continue, je suis condamné à me plagier, à faire des copies de mon style. Et cela je ne le veux pas. Béla Tarr

À lire : "Satantango", la fresque sombre et labyrinthique du cinéaste Bela Tarr