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Bernard Pivot quitte l'Académie Goncourt "pour retrouver un libre et plein usage de son temps"

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Bernard Pivot le 2 novembre 2011, au restaurant Drouant, dans l'attente de l'annonce du prix Goncourt
Bernard Pivot le 2 novembre 2011, au restaurant Drouant, dans l'attente de l'annonce du prix Goncourt
© Getty - Julien Hekimian / WireImage

Le fil culture. L'ancien animateur d'Apostrophes ne présidera plus l'Académie Goncourt dont il était membre depuis quinze ans et qu'il dirigeait depuis cinq ans. L'Académie l'a annoncé ce mardi dans un communiqué. Début novembre, à 84 ans, il avait remis le Goncourt 2019 à Jean-Paul Dubois.

"Pour retrouver un libre et plein usage de son temps, à 84 ans, Bernard Pivot a décidé de se retirer de l'Académie Goncourt à partir du 31 décembre. Il en était membre depuis 15 ans, le président depuis 5 ans. Il en devient membre d'honneur." Voilà le texte laconique du communiqué ce mardi 3 décembre 2019 de l'Académie dont le tout premier prix fut remis le 21 décembre 1903. 

Retrouver une certaine forme de liberté

C'est un choix personnel mûrement réfléchi, comme lorsqu'il avait arrêté ses émissions de télévision. Bernard Pivot avait donc prévenu l'Académie Goncourt six mois à l'avance qu'à presque 85 ans, il souhaitait lever le pied. "Il faut savoir à un moment passer le relais à des gens plus jeunes. Et puis, surtout, parce que, n'ayant plus beaucoup d'étés devant moi, je voudrais bien les occuper à avoir des relations plus suivies avec ma famille, avec mes amis. C'est un petit peu d'égoïsme sur le tard de ma vie pour avoir un peu plus de bon temps__.", a-t-il notamment confié à Adrien Toffolet, dans notre journal de 22h :

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Bernard Pivot : "Il faut savoir passer à un moment le relais à des gens plus jeunes"

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Présider le prix Goncourt représente en effet non seulement beaucoup de travail de lecture, mais aussi beaucoup de réunions, de voyages à l'étranger et c'est très, très fatigant. C'est d'ailleurs pour cette raison que Bernard Pivot a été le premier à imposer aux jurés de ce prix littéraire une limite d'âge non rétroactive à 80 ans. Une disposition saluée par plusieurs des neuf autres membres de l'Académie qui rendent aujourd'hui hommage à l'intégrité de leur président. 

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Il est le premier à avoir su imposer la transparence et surtout des règles de déontologie à l'Académie Goncourt. C'est ce qu'explique l'écrivain Pierre Assouline, membre du jury du Goncourt depuis 2012 et ami de trente ans de Bernard Pivot :

Bernard Pivot a énormément lutté contre la rumeur sur la corruption du jury par les maisons d'édition pour l'attribution du prix Goncourt. Il l'a reléguée au rang de légende. Il a oeuvré, il y a une dizaine d'années, pour modifier le règlement. Il est interdit à tout membre du jury d'avoir une activité au sein d'une maison d'édition. Être juge et partie est un conflit d'intérêts qui doit être condamné d'emblée. Et malheureusement, ce n'est pas le cas partout. Il a toujours incarné une indépendance totale par rapport aux maisons d'édition, et cela nous a protégés des pressions, des lobbies et de tout le reste. D'ailleurs, il a eu ce mot un jour, il a dit : 'jamais le jury Goncourt n'a été aussi indépendant qu'aujourd'hui'.  

Pierre Assouline ajoute que le passeur de littérature si apprécié par le grand public sera bien difficile à remplacer. Un nouveau président devrait être élu en janvier prochain. En attendant, Bernard Pivot compte bien profiter de son temps libre avec ses amis et ses petits-enfants.  

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"Je suis assez fier de certains livres que nous avons couronnés"

A la question de son bilan à la tête de cette institution, Bernard Pivot rejette le mot : "On ne peut pas faire de bilan. L'Académie Goncourt n'est quand même pas une entreprise comme une autre. Mais simplement, je pense que je suis, comme mes camarades, assez fier de certains livres que nous avons couronnés. La postériorité dira si nous nous sommes trompés ou si nous avons tapé dans le mille." Le premier "non écrivain" à la tête de ce cénacle - très fier d'avoir été élu en tant que journaliste - garde "des souvenirs très joyeux, émouvants, d'hommes et de femmes très différents dans leurs conceptions politiques, philosophiques, religieuses, de la vie et qui ont souvent des goûts littéraires très, très différents, mais qui se réunissent avec bonheur autour d'une table pour manger, boire, lire et parler des livres et de littérature". Il se réjouit d'avoir pu instituer le vote oral, car "autrefois, on pouvait se cacher derrière l'hypocrisie d'un vote écrit. Aujourd'hui, on ne peut plus cacher sa préférence".

Et de conclure par une pensée pour Proust. Si Dieu existe, par quel lauréat disparu du Goncourt souhaiteriez-vous être accueilli au paradis et qu'aimeriez-vous qu'il vous dise ? lui demande notre journaliste Adrien Toffolet. Réponse :

J'aimerais être accueilli par Proust, puisque c'est le centenaire de son prix Goncourt cette année. S'il est au paradis, d'abord, il doit être en pleine forme. Il ne tousse plus et n'a plus de crise d'asthme. Et je serais heureux de lui dire 'Mon cher Proust, faisons cette interview que j'ai toujours rêvé de faire avec vous. Malheureusement, je suis arrivé un peu trop tard dans votre vie. Et vous même êtes arrivé un peu trop tôt avant la télévision.

Avec la collaboration de Nathalie Lopes