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Bertrand Blier : "Le montage, c'est l'école n°1 du cinéma. On comprend tout."

 Bertrand Blier le 5 Décembre 2013 à Paris.
Bertrand Blier le 5 Décembre 2013 à Paris.
© AFP - François Guillot

2010. Bertrand Blier est l'invité de l'émission "Radio Libre". Dans ce long entretien, le cinéaste parle de son père Bernard Blier, de ses premiers films et de son don pour repérer les grands acteurs. Il convie les figures de Louis Jouvet, Gérard Depardieu, Jean Dujardin ou encore Carole Bouquet.

Arnaud Laporte reçoit le réalisateur et auteur de théâtre Bertrand Blier, en 2010, à l'occasion de la sortie de son film "Le bruit des glaçons" et pour sa pièce "Désolé pour la moquette". Agé de 71 ans à l'époque, il disserte sur son âge et pense avoir rajeuni grâce à la liberté qu'il a trouvé en vieillissant.

On est toujours le même homme, mais on est plus libre, c'est un privilège de l'âge. On a moins peur, on s'en fout un peu de ce que vont penser les autres et on fait des choses qu'on n'aurait pas faites avant. Il y a les grandes audaces de la jeunesse et puis après il y a des creux, des coups de mou, des ralentissements, des craintes et puis ça s'en va avec le temps et on redevient un peu le fou furieux qu'on était à trente ans.

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Bertrand Blier est l'invité de l'émission "Radio Libre", le 30/10/2010.

1h 29

"Les attaques [de mes œuvres] sont réputées pour être assez sévères, presque toujours", admet-il. Il pense qu'il n'y a "aucune raison d'expliquer", "a_ucune raison de dresser un tableau_", il aime attaquer ses films par une réplique et seulement après il prend le temps de poser l'histoire.

Ses premiers souvenirs de cinéma sont ceux des films américains et cela l'a inspiré pour certaines scènes de lieux "de désolation" des "Valseuses".  De son rapport avec les grands acteurs, il dit : "Je suis né au milieu des grands acteurs. Je les ai fréquentés... Mon père en était un, déjà ! Il fallait se le taper tous les jours !" En tant que cinéaste, il pense quand même avoir un "don" pour repérer des futurs grands acteurs, lui qui a révélé au grand public Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Anouk Grinberg, Carole Bouquet. C'est une question de "nez" et de "regard". Il s'amuse à dire qu'il pense forcément à Gérard Depardieu quand il écrit un rôle, "à chaque fois que j'écris quelque chose, je pense à Gérard, même si je raconte Croc-Blanc, je pense à lui !" : "On a une culture commune, on est fait pour travailler ensemble. Moi, je suis fait pour écrire pour lui et lui pour jouer mes films."

Après "Les Valseuses", j'étais tellement assommé par le succès, que  j'ai fait deux mois de puzzle, des 5000 morceaux pour me détendre et toute la journée j'écoutais de la musique.

"J'aime les personnages perdus, j'aime les loosers . D'ailleurs est-ce qu'on peut aimer d'autres types de personnages ?", se demande-t-il. Si la création ne "console pas" devant l'angoisse de la mort, "le chemin parcouru", la trace qu'on laisse peut-être une sorte de consolation.  

Quand on a fait des succès et qu'on sent qu'on n'a pas changé, on sait qu'on est capable de recommencer la même chose. Je suis convaincu que je peux encore faire un très gros coup comme "Les Valseuses" ou "Tenue de soirée" demain. Ce n'est pas un truc qu'on peut décider, mais j'ai ça dans les tuyaux. Moi, je n'ai pas changé, j'ai toujours la même violence, le même goût de l'absurde, l'attaque que j'avais à trente ans, je l'ai toujours.