Jean Gabin dans "Touchez pas au grisbi" en 1953
Jean Gabin dans "Touchez pas au grisbi" en 1953

Bertrand Tavernier : les films de sa vie

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Bertrand Tavernier : pourquoi il est "vital" de voir du cinéma de patrimoine

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Passeur d'images, cinéaste cinéphile, Bertrand Tavernier a toute sa vie transmis sa “passion absolue” pour le 7e art. En vidéo pour France Culture, il faisait en 2018 l'éloge du cinéma de patrimoine.

En 2018, le réalisateur Bertrand Tavernier voulait transmettre aux jeunes la nécessité "vitale" de voir et revoir du cinéma de patrimoine, celui en particulier d'un âge d'or du cinéma français en noir et blanc, celui de Gabin et Darrieux, de Renoir, Grémillon et Becker.

1h 59

Le passé n'est pas mort 

Bertrand Tavernier, 2018 : "Moi je pense qu’il est vital que vous voyiez ces films qu’on dit anciens et qui sont très neufs, comme il est vital de voir autre chose que des blockbusters américains. Ce sont des fenêtres qui s’ouvrent sur le monde. Et c’est bien d’ouvrir des fenêtres, parce que ça permet d’aérer, souvent. Le cinéma de patrimoine, c’est-à-dire les films qui ont nourri ma vie. Pas seulement ma jeunesse, pas seulement mon adolescence, qui continuent à me nourrir. Parce que ces films qu’on dit 'passés', pour moi ne sont pas passés. C’est la phrase de Faulkner qui disait : 'Le passé n’est pas mort, il n’est même pas encore passé.' 

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Ces films dont je parle, ces films avec Gabin, avec Darrieux, de réalisateurs comme Grémillon, Renoir, Becker, mais aussi des cinéastes qui ont été avant d’être redécouverts, oubliés : Raymond Bernard, Anatole Litvak, ce sont des films que je trouve incroyablement vivants. Ce ne sont pas seulement de beaux films avec des personnages magnifiques. Là par exemple je revoyais Gueule d’amour de Grémillon, Gabin dedans, c’est bouleversant la manière dont il joue. Ce thème, qui est éternel, de l’homme amoureux, je crois qu’il a rarement été aussi bien traité que dans ce film. Et on découvre, quand on sait regarder ces films, quand on oublie cette espèce d’oukase ridicule : 'Ah c’est en noir et blanc, je ne peux pas voir ça…' Ce sont des films très modernes, qui parlent des violences policières, qui parlent du problème des paysans, qui parlent du traitement des femmes, de la manière dont on exploitait les femmes. Ce sont des films qui, pratiquement, parlent de notre société, à notre époque. C’est en cela que je trouve que ce cinéma est un cinéma incroyablement vivant. Et une fois qu’on s’y plonge et qu’on est épatés par les acteurs, par la qualité souvent des dialogues, par la drôlerie... Parce que là j’ai l’air de ne parler que d’éléments dramatiques, mais il y a des comédies formidables. Les films de Guitry, de Pagnol… qui sont extraordinairement drôles !"

Une question d'accompagnement 

Bertrand Tavernier, 2018 : "Donc de découvrir ces films,  je trouve, à chaque fois, moi, ça me donne envie d’en créer. Ça me nourrit, ça me donne envie d’en créer. Et je dirais même plus, ce sont vraiment ces films-là qui m’ont fait aimer mon pays, qui m’ont fait aimer la France. Je pense que beaucoup de ces films devraient être montrés dans les écoles, en étant présentés pour atténuer les hurlements qui vont certainement exister quand on va dire : 'On va vous montrer un film en noir et blanc.' Et puis généralement, 5 minutes après que le film a commencé, les gens se taisent. Il y aurait un effort à faire pour diffuser ces films. Il y aurait un effort. Et on s’aperçoit que quand on y met une passion, on arrive à atteindre ce public."