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Bientôt des scooters à partager à Paris ?

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Alors que Vélib’ a récemment soufflé ses 8 bougies et qu’Autolib’ bat son plein, Paris pourrait accueillir non pas Scootlib', mais Cityscoot. Une quinzaine de scooters électriques en libre service sont en phase de test depuis 3 semaines. L’entreprise espère rendre ce service accessible à tous d’ici un an. Les sceptiques posent cependant le problème de la sécurité et du partage de la route, déjà très compliqué dans la capitale entre automobilistes et conducteurs de deux-roues.

Cityscoot dans une rue de Paris en juillet 2015
Cityscoot dans une rue de Paris en juillet 2015
© Radio France - Clémence Gourdon

« Je n’ai pas d’utilité d’avoir un vélo, une voiture ou un scooter. C’est cher à l’achat, il y a les frais de parking, d’entretien, etc. En revanche, pour des utilisations ponctuelles, je trouve que Cityscoot est un bon compromis entre Vélib' et Autolib', en fonction de la distance à parcourir et du temps qu’il fait ».

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Antony, jeune cadre parisien de 31 ans est un « bêta-testeur » totalement séduit par la simplicité et la liberté d’utilisation de ce libre service :

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Un service smartphone en main pour des 50 cm3 limités à 45km/h
Il ne faudra rien d’autre qu’un identifiant pour réserver son scooter via l’application mobile. Une fois le code de déblocage fournit, il ne restera plus à l’utilisateur qu’à enfiler le casque réglable fournit sous la selle pour se promener dans les rues de Paris. A 45 km/h maximum, puisque ces scooters électriques sont des 50 cm3.

Au moment de le rendre, presque aucun souci de place puisque les scooters peuvent être déposés sur n’importe quel emplacement deux-roues.

Gare tout de même aux trottoirs puisque la société parisienne se décharge de toute responsabilité et donc de toute amende !

Les consciencieux qui décideront de mettre en charge leur scooter sur une borne Autolib’ devraient bénéficier d’une réduction sur leur dernier quart d’heure. **Le prix envisagé étant de 3 euros par quart d'heure d'utilisation. **

Une révolution copernicienne de la mobilité en ville
Avant même cette nouvelle offre, le conseiller de Paris Jean-Louis Missika estimait que nous vivions « une révolution copernicienne de la mobilité en ville. Parallèlement au développement des transports en commun, le véhicule individuel va être de plus en plus appréhendé comme un service et de moins en moins comme une propriété ». Il répondait au Journal du dimanche en mars 2014, en tant que codirecteur de campagne d'Anne Hidalgo, qui évoquait à l'époque la mise en place d'un Scootlib' (voir encadré).

La dernière Enquête globale transport de l’Omnil (Observatoire de la mobilité en Ile-de-France) pointe d’ailleurs une diminution du nombre de ménages parisiens possédant un véhicule.

Quant aux déplacements en deux-roues motorisés, « ils ont augmenté de 34% depuis 2001 » selon ce même rapport de l’Omnil. Plus de la moitié de ces déplacements est lié au travail.

Les deux motorisés en Ile-de-France
Les deux motorisés en Ile-de-France

L’offre de Cityscoot pourrait permettre d’allier les problématiques de ces deux études : diminuer les coûts liés à la possession d’un véhicule et répondre à la demande de plus en plus importante de deux-roues motorisés dans la capitale.

Mais le service est pour le moment en phase de test. A l’issue de ces 3 semaines, il pointe quelques failles et les bêta-testeurs comme Antony déplorent un trop petit nombre de scooters et de zones dans lesquelles les déposer . Ces zones dites de « free floating », traduit en français « marge libre », ne nécessitent pas l’installation de bornes comme il en existe pour Autolib’ ou Vélib’.

Il existe pour le moment 11 zones pour une quinzaine de scooters et l’application mobile est encore « artisanale » selon Antony. Mais le PDG, Bertrand Fleurose , est satisfait de « tous les enseignements tirés de ces trois premières semaines ». Les tests ont donc été stoppés pour les vacances d’été et reprendront au mois de septembre avec, déjà, quelques améliorations.

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La question la plus problématique pour les sceptiques reste tout de même celle de la sécurité. Les équipes de l’entreprise parisienne ont donc mis en place un certain nombre de mesures, comme la possibilité pour les novices de bénéficier d’une initiation à la conduite ou encore le choix des constructeurs d’installer des roues larges, pour une meilleure stabilité. Et Bertrand Fleurose souligne que "le 50 cc, oui, chute. Mais en tout cas, il est le responsable du moins de morts de tous les moyens de transport à Paris". :

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Le dernier rapport de la Direction régionale et interdépartementale de l’équipement et de l’aménagement d’Ile-de-France (DRIEA) affirme lui que « le deux-roues motorisé est le mode de transport qui engendre le plus de victimes (tués et blessés) et est impliqué dans près d’un accident sur deux ».

Au lancement, l'accent n'est pas tellement mis sur la sécurité.

Photo d'accueil du site Cityscoot. Cette image a été critiquée pour l'absence de gants et de chaussures protégeant les chevilles
Photo d'accueil du site Cityscoot. Cette image a été critiquée pour l'absence de gants et de chaussures protégeant les chevilles

Le chargé de mission sur les questions de sécurité routière à la Fédération française des motards en colère (FFMC), Marc Bertrand, est partagé face à ce service.

Il apprécie que « les pouvoirs publics admettent enfin que le deux-roues motorisé est un bon moyen de se déplacer en ville ». De plus, l’ouverture de l’utilisation des scooters à une population plus large pourrait permettre une meilleure prise de conscience des autres usagers de la route, souvent peu méfiants à l’égard des usagers vulnérables : « C’est ce que les cyclistes appellent le système de la masse critique, où plus il y a un type d’usagers dans la circulation, plus on y fait attention. »

En revanche, le manque de mise en avant, dans les campagnes de communication de l’entreprise, des équipements indispensables à la protection de ces usagers vulnérables dérange ce spécialiste de la sécurité routière à la FFMC. Marc Bertrand :

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Avec 490.000 deux-roues motorisés en Ile-de-France pour une moyenne de 570.000 déplacements par jour, le marché qui s’offre à l’entreprise est vaste. Mais il faudra attendre un an pour rouler ainsi, à raison donc de 3 euros par quart d’heure. La durée moyenne d’un trajet en deux-roues motorisé en Ile-de-France est de 22 minutes. C’est un des rares points négatifs qu’a noté Antony, bêta-testeur, qui espère que l’entreprise propose une facturation identique à celle d’Autolib’ : « Je pense que ce serait bien qu’il y ait une tarification, un peu comme celle d’Autolib’ : indivisible les 15 premières minutes, puis une tarification à la minute. Si vous utilisez 16 minutes et que vous en payez 30, ce n’est pas très positif d’un point de vue perception client. »

**Les origines du projet **

Le scooter rouge développé à San Francisco
Le scooter rouge développé à San Francisco

Ce système est né à San Francisco en 2011, avec des scooters électriques rouges allant jusqu’à 50km/h. Mais le modèle est un peu différent : les utilisateurs doivent avoir plus de 21ans et la location fonctionne sur abonnement : 10 dollars d’inscription, puis le choix entre un pass au mois, à la journée ou à l’heure. L’offre sans abonnement est beaucoup plus onéreuse : 10$ de l’heure !

Barcelone s’est lancée en 2013 avec une offre à 5 euros de l’heure ou au kilomètre parcouru à partir de 40cts/km. Les scooters espagnols peuvent rouler jusqu’à 65km/h et ne sont accessibles qu’aux personnes de plus de 21ans, titulaires du permis adéquat.

En France, l’idée de créer des « Scootlib’ » a d’abord été évoquée par les Radicaux de gauche (PRG) en 2008 .

Face au succès qu’ont rencontré Vélib’ et Autolib’ (respectivement lancés en 2006 et 2011), le parti de gauche a de nouveau présenté ce projet, approuvé au conseil municipal en 2013. L’année suivante, la candidate socialiste à la mairie de Paris, Anne Hidalgo, l'a ajouté à son programme (le PS et le PRG ont fait liste commune pour les municipales de 2014). Aux questions de sécurité déjà posées à l’époque, les candidats de gauche proposaient, par exemple, la nécessité d’un permis B pour être utilisateur, l’intégration d’arceaux de sécurité sur les véhicules ou encore l’installation de moteurs bridés.

Mais c’est finalement la société privée Cityscoot qui s’est lancée ! Un démarrage rendu possible grâce à un partenariat financier avec la région Ile-de-France et la BPI France (Banque publique d’investissement). La jeune société parisienne a obtenu une « aide à l’expérimentation » de 170.000 euros.

Voiture à partager

"Pixel", reportage multimédia interactif, de janvier dernier.