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BnF Richelieu : la fin du grand déménagement

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Le Salon d’honneur du quadrilatère Richelieu, “hub du déménagement du département de la Musique”, jusqu’à début juillet.
Le Salon d’honneur du quadrilatère Richelieu, “hub du déménagement du département de la Musique”, jusqu’à début juillet.
© Radio France - Benoît Grossin

Depuis le début de sa rénovation, le bâtiment historique de la Bibliothèque nationale de France est le théâtre d'un va-et-vient complexe des collections. Les transferts minutieux vont s'achever d'ici l'inauguration des nouveaux espaces, le 17 septembre, pour les Journées du patrimoine. Reportage.

C’est bientôt la fin du grand déménagement à la BnF Richelieu, après un va-et-vient continu des collections depuis le coup d’envoi en 2010 de sa rénovation. Il s'agit de la première rénovation globale depuis l’implantation il y a un peu plus de trois cents ans, en 1721, de la Bibliothèque nationale de France sur ce site historique, avec pour défi de ne jamais fermer ses portes aux chercheurs et aux étudiants, le temps des travaux.

La réouverture totale aura lieu le 17 septembre, à l'occasion des Journées du patrimoine. Et d’ici là, les ouvrages et autres pièces ou documents rares et précieux trouvent leur place définitive dans le célèbre bâtiment Richelieu en forme de quadrilatère, au coeur de Paris.

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“Un déménagement immense et des travaux gigantesques” : Marie de Laubier, directrice des collections de la BnF

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La cour d’honneur, sans cesse occupée par des camions, est le théâtre de chargements et de déchargements depuis octobre 2021, depuis l'achèvement des principales opérations du chantier dans la partie donnant sur la rue Vivienne. La première zone restaurée et déjà inaugurée en décembre 2016, du côté de la rue de Richelieu, a permis de maintenir une ouverture au public.

De la cour d'honneur aux multiples magasins, le reportage de Benoît Grossin

1 min

Dans cet ensemble de 60 000 m2, entièrement remis aux normes et repensé, le déménagement colossal jusqu’à début juillet concerne les collections, soit quelque vingt millions de pièces : ouvrages, estampes, cartes, photos, documents... mais aussi le nouveau musée, en cours d’installation, les services et personnels : tables, chaises et matériels des différents bureaux, transbahutés d’un endroit à l’autre sur place ou venant d’autres bâtiments à l’extérieur.

"Tout est d’une précision millimétrique !"

Pour le département de la Musique, deux autres sites sont mis à contribution : le site François-Mitterrand dans le 13e arrondissement de Paris et le site de conservation de Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne. Sur les 12 kilomètres linéaires de ses collections qui étaient installées depuis soixante ans dans le bâtiment Louvois, près de la moitié seulement va trouver sa place dans le quadrilatère Richelieu, situé à proximité.

Il n'y a pas eu de grand déplacement depuis le coup d’envoi des opérations au début du mois de mars. Il suffit pour les camions de traverser la rue, quelques mètres seulement, mais avec une priorité pour Benoît Cailmail, adjoint au directeur du département de la Musique de la BnF : “L’idée, c’est qu’entre le moment où les collections partent et le moment où elles arrivent, nous n'ayons perdu aucun document. Tout est d’une précision millimétrique ! Nous avons d’abord acheminé les documents les plus précieux et les plus rares, sur le site Richelieu.”

Le déchargement direct des armoires roulantes vers le Salon d’honneur, avant leur transport dans le magasin correspondant aux collections qu’elles contiennent.
Le déchargement direct des armoires roulantes vers le Salon d’honneur, avant leur transport dans le magasin correspondant aux collections qu’elles contiennent.
© Radio France - Benoît Grossin

Les opérations de transfert sur quatorze niveaux architecturaux se font très progressivement, avec des numérotations très précises des différents lots. Tout est préparé minutieusement en amont, pour déterminer les lieux exacts d'affectation à l'arrivée.

Le Salon d’honneur est devenu le "hub du déménagement" pour le département de la Musique, un endroit de transit où sont entreposées les caisses et armoires roulantes, avant la mise en rayon. Le rythme est soutenu, comme le souligne Benoît Cailmail : “Nous ne pouvons pas faire simplement traverser la rue à nos collections. Elles sont chargées dans les camions. Les camions traversent donc la rue, rentrent dans le quadrilatère Richelieu et déchargent directement dans ce salon d’honneur, à raison de soixante armoires par jour.”

Les collections sont rangées dans des armoires sécurisées, scellées jusqu’à leur magasin respectif, avant la mise en rayon.
Les collections sont rangées dans des armoires sécurisées, scellées jusqu’à leur magasin respectif, avant la mise en rayon.
© Radio France - Benoît Grossin
Ce carton de scellés témoigne du très grand nombre d’armoires nécessaires au déménagement des collections.
Ce carton de scellés témoigne du très grand nombre d’armoires nécessaires au déménagement des collections.
© Radio France - Benoît Grossin

Les collections prennent ensuite le chemin des nouveaux magasins, pour être rangées à leurs places définitives : des ouvrages sur la musique, autour de la musique, des fonds d’archives de compositeurs, d’interprètes, de musicologues et bien sûr aussi des partitions. “De la musique notée, à la fois imprimée et manuscrite”, précise Benoît Cailmail, avec des pièces “rares et précieuses, les tous premiers imprimés musicaux parus en France et de très grands manuscrits autographes de la plupart des grands compositeurs occidentaux : Beethoven, Mozart, Bach, en passant par Debussy, Berlioz, jusqu’au plus récents : Boulez, Messiaen... tous les grands !

Benoît Cailmail, adjoint au directeur du département de la Musique, avec un manuscrit d’Erik Satie, document unique qui a déjà trouvé sa place définitive.
Benoît Cailmail, adjoint au directeur du département de la Musique, avec un manuscrit d’Erik Satie, document unique qui a déjà trouvé sa place définitive.
© Radio France - Benoît Grossin

Une collection d’autographes d’Erik Satie fait partie des trésors que possède la BnF, et notamment Les trois morceaux en forme de poire, dans un des magasins de la réserve du département de la Musique que Benoît Cailmail prend entre ses mains : "Ce manuscrit a été relié par les ateliers de la BnF, monté sur onglet, pour sa meilleure conservation possible. C’est un document unique, de la main d'Erik Satie et particulièrement intéressant, puisqu’il ne s’agit pas de la version définitive qui était pour l’imprimeur. Comme vous pouvez le constater, il y a des ratures, des corrections. Cela nous renseigne donc sur la façon dont Erik Satie a composé cette œuvre, la façon dont il a travaillé pour nous livrer ce petit bijou de musique pour piano à quatre mains."

La rénovation a permis d’améliorer la préservation des documents. Le climat de tous les magasins est désormais parfaitement contrôlé, autant au niveau de l’hygrométrie que celui de la température, "relativement fraiche", souligne Benoît Cailmail. Mais ce qui est le plus important pour lui, "c’est la stabilité de cette température, exactement comme dans une cave à vin, il ne faut pas de variation dans le temps."

À réécouter : Bibliothèques idéales
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Dans la partie Est du quadrilatère Richelieu où les principaux travaux de rénovation ont pris fin en octobre 2021.
Dans la partie Est du quadrilatère Richelieu où les principaux travaux de rénovation ont pris fin en octobre 2021.
© Radio France - Benoît Grossin

"Un jeu de chaise musicale"

Avec 70 kilomètres linéaires de collections, tous départements confondus (Manuscrits, Cartes et plans, Estampes et photographie, Monnaies et médailles, Arts du spectacle et Musique), le site historique de la BnF est sur le point de rouvrir totalement, après plus de dix ans de travaux, sans jamais avoir vraiment fermé ses portes aux chercheurs et aux étudiants.

La première rénovation globale depuis trois cents ans s’est faite en deux grandes phases. Pour permettre toujours un accès au public, le chantier a été "divisé avec une paroi coupe-feu", précise un des cinq membres de l’équipe chargée du Projet Richelieu, Louis Jaubertie : "Lors du lancement des premiers travaux principaux, en 2010, le site a été coupé dans le sens de la longueur, en deux parties à peu près égales. La moitié Ouest, le long de la rue de Richelieu, a été restaurée entre 2010 et sa réouverture au public, le 15 décembre 2016. Pour la moitié Est, le long de la rue Vivienne, le chantier a commencé en 2017 et va s'achever par ces opérations de déménagement dans les prochaines semaines, pour une inauguration le 17 septembre."

Les nouveaux magasins dans les immenses espaces internes ne sont pas accessibles au public. Pour des raisons de sécurité, de protection des collections patrimoniales, ils sont sous vidéosurveillance et très contrôlés, précise-t-il : "Toute circulation se fait par badge et des détecteurs volumétriques permettent de vérifier que seules les personnes habilitées peuvent rentrer dans ces espaces."

Un couloir menant aux multiples magasins : “Des détecteurs permettent de vérifier que seules les personnes habilitées peuvent rentrer dans ces espaces."
Un couloir menant aux multiples magasins : “Des détecteurs permettent de vérifier que seules les personnes habilitées peuvent rentrer dans ces espaces."
© Radio France - Benoît Grossin

Depuis le début des travaux de rénovation, le transfert des très nombreuses pièces de la BnF est un vrai casse-tête, "un jeu de chaise musicale" pour Louis Jaubertie : "Les magasins ont accueilli temporairement des collections avant qu’elles trouvent leur place définitive. Le site Richelieu a en effet servi aussi au déménagement, comme les autres sites de la Bibliothèque. La moitié des documents est restée dans le quadrilatère et l’autre moitié est partie à l'extérieur, sur le site François Mitterrand et sur le site de Bussy Saint-Georges, en banlieue parisienne, jusqu’à l’actuel réemménagement."

Il y a eu une opération spéciale pour les collections nationales de monnaies et de médailles. Plus de 450 000 monnaies et 150 000 médailles ont été abritées, pendant les travaux, dans un lieu tenu secret jusqu’à leur retour dans le site Richelieu : la Banque de France.

Impossible pour Louis Jaubertie de donner une quelconque indication sur l’endroit où cette très précieuse collection "à l’énorme valeur métallique" est aujourd’hui entreposée : "C’est une chambre forte, avec des conditions de sécurité optimales, pour la conservation de ces tonnes d’or et d’argent. La collection comprend des médailles de Louis XIV, des monnaies remontant à l’époque antique grecque et une des plus grosses pièces d’or antique au monde."

Les plus belles de ces monnaies et médailles seront exposées dans le nouveau musée dont la composition est, elle aussi, tenue secrète, avant son inauguration. D’une superficie de 1 200 m2, il présentera près de 900 œuvres représentatives de l’encyclopédisme des fonds de la BnF. Le trône en bronze du roi Dagobert fait partie des trésors déjà en place. Les délicates opérations entamées au mois d’avril sont loin d’être terminées, souligne Louis Jaubertie : "L'installation dans les vitrines se poursuivra jusqu'aux derniers instants, en septembre. Des pièces fragiles, sensibles à la lumière, ne seront mises dans le musée qu'au dernier moment, avant l'ouverture au public."

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Louis Jaubertie, adjoint au chef du Projet Richelieu dans la galerie Mansart, galerie d’exposition utilisée pour stocker tout le matériel de déménagement.
Louis Jaubertie, adjoint au chef du Projet Richelieu dans la galerie Mansart, galerie d’exposition utilisée pour stocker tout le matériel de déménagement.
© Radio France - Benoît Grossin

"L’ambition de donner à voir"

Ouvrir le site à un très large public est un des principaux objectifs de la rénovation de la BnF Richelieu. Le projet architectural qui concerne l’intégralité des espaces ne vise donc pas à accueillir davantage de collections, mais au contraire "à dédensifier les lieux" selon Louis Jaubertie, en les modernisant : "Jusque dans les années 1980, on a cherché à conquérir tout le quadrilatère et à rajouter des étages de magasins en sous-sol, en surélévation, à entre-soler des étages existants pour accueillir toujours plus de collections. Cette fois-ci, en mettant aux normes le bâtiment, les magasins bénéficient pour la première fois de la climatisation. Cela implique la création d’espaces techniques. On a donc supprimé des étagères pour créer aussi des espaces de bureaux modernes pour les agents et ouvrir plus d'espaces au public, à l’image de la salle Ovale, une salle de plus de 1 000 m2 avec 20 000 ouvrages dont une moitié de bandes dessinées et dont l’accès pour tous sera libre et gratuit.

"La salle Ovale est aussi un lieu de visite, avec des explications sur les collections et l'histoire de la bibliothèque" : Louis Jaubertie, adjoint au chef du Projet Richelieu

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L’immense salle Ovale sera ouverte gratuitement à tous les publics, pour la lecture de quelque 20 000 ouvrages dont une moitié de bandes dessinées.
L’immense salle Ovale sera ouverte gratuitement à tous les publics, pour la lecture de quelque 20 000 ouvrages dont une moitié de bandes dessinées.
© Radio France - Benoît Grossin

Il y aura donc moins de collections qu’auparavant sur le site Richelieu, dans le cadre d’une nouvelle répartition au sein de la BnF, sur le site François-Mitterrand, à Bussy-Saint-Georges et dans le futur centre de conservation d’Amiens qui accueillera également un conservatoire national de la presse.

Et si les magasins restent inaccessibles pour le public, plusieurs d’entre eux et donc une partie de leurs collections peuvent désormais être entraperçus au travers de parois vitrées. C’est le cas depuis 2016 dans la rotonde, une partie du musée qui offre une perspective sur un magasin du XIXe siècle abritant la collection Auguste Rondel, fondatrice du département des Arts du spectacle. Comme le souligne Louis Jaubertie, "l’ambition est de donner à voir les espaces internes et les espaces restreints à des chercheurs, comme des salles de lecture, la salle Manuscrits-Musique et celle des Arts du spectacle, visibles, grâce à des sas vitrés.

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Julie Garel-Grislin du département des Cartes et plans, derrière la baie vitrée à travers laquelle les visiteurs pourront découvrir une partie des collections.
Julie Garel-Grislin du département des Cartes et plans, derrière la baie vitrée à travers laquelle les visiteurs pourront découvrir une partie des collections.
© Radio France - Benoît Grossin

"Une aventure qui s’achève dans le foisonnement"

Dans la partie Est du quadrilatère, cet objectif de transparence concerne deux magasins de plus, celui de la réserve des estampes et un magasin du département des Cartes et plans, le plus spectaculaire pour les visiteurs, dès leur entrée au rez-de-chaussée de la BnF.

Après avoir traversé le jardin rue Vivienne et en tournant la tête vers la gauche, le public pourra voir des cartes suspendues à des grilles, comme le décrit Julie Garel-Grislin, chef du service de la conservation : “Il ne pourra pas entrer, mais il pourra voir ce nouveau magasin et de grands documents accrochés, grâce à cette longue baie vitrée, comme par exemple en ce moment une magnifique mappemonde hollandaise du XVIIe siècle.”

Quelque 1 000 rouleaux ont été entreposés dans ce magasin flambant neuf, créé spécifiquement pour des pièces protéiformes. Si le transfert des collections du département - plus d’un million d’éléments - est terminé, leur installation dans les nouveaux locaux va se poursuivre pendant plusieurs semaines.

Le tout nouveau magasin du département des Cartes et plans, pour les documents de très grand format dont un millier de rouleaux gigantesques.
Le tout nouveau magasin du département des Cartes et plans, pour les documents de très grand format dont un millier de rouleaux gigantesques.
© Radio France - Benoît Grossin

Ce déménagement pour Julie Garel-Grislin “est une aventure que nous préparons depuis des années et qui trouve enfin son achèvement, dans le foisonnement. Peu à peu, nous prenons nos marques, nous installons chacune de nos cartes, chacun de nos volumes, sur les rayonnages. Nous avons des globes, des cartes immenses, des objets et des volumes qui réclament énormément de place, de minutie, de précaution."

Autant de contraintes qui rendent selon elle "les opérations un peu plus compliquées que celles plus classiques qu’on a l’habitude de voir en bibliothèque. Mais nous avons aujourd’hui l’avantage de pouvoir bénéficier de conditions optimales, pour le plus grand fonds de portulans au monde, par exemple. Nos cinq cents cartes marines sur parchemin, du Moyen Âge au XVIIIe siècle, sont maintenant dans des meubles à tiroirs, qui permettent la meilleure consultation et la meilleure conservation possibles.

Trésor du département des Cartes et plans, le “Globe vert”, premier globe sur lequel figure l’Amérique, dans un des nouveaux magasins de la BnF.
Trésor du département des Cartes et plans, le “Globe vert”, premier globe sur lequel figure l’Amérique, dans un des nouveaux magasins de la BnF.
© Radio France - Benoît Grossin

Parmi d’autres pièces remarquables, le "Globe vert" datant du début du XVIe siècle est précautionneusement stocké dans un des rayons du magasin des documents de très grand format. Il devrait être exposé dans le tout nouveau musée de la BnF. Ce globe de bois manuscrit et peint est à la fois "rare, fragile et précieux" pour Julie Garel-Grisel : "C’est en effet le premier globe sur lequel figure l’Amérique et comme vous pouvez le constater, c’est une Amérique atrophiée parce que le tracé des côtes à l’époque n’était pas connu. Le continent n'était pas découvert complètement. On voit une grande Amérique du Sud et une Amérique du Nord toute ratatinée. Avec sa table d'horizon en bois et ses coloris dorés, c'est un véritable objet d'art, une pièce inestimable, un des joyaux du département des Cartes et plans."

C’est par ce nouveau jardin en cours d’aménagement que le public sera invité à découvrir les nouveaux espaces du site Richelieu, à partir du 17 septembre 2022.
C’est par ce nouveau jardin en cours d’aménagement que le public sera invité à découvrir les nouveaux espaces du site Richelieu, à partir du 17 septembre 2022.
© Radio France - Benoît Grossin
L’entrée principale restera une entrée privilégiée pour les étudiants et chercheurs, lors de la réouverture totale du quadrilatère.
L’entrée principale restera une entrée privilégiée pour les étudiants et chercheurs, lors de la réouverture totale du quadrilatère.
© Radio France - Benoît Grossin