Bobby Fischer.
Bobby Fischer.

Bobby Fischer, le génie fou des échecs

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Bobby Fischer, le génie fou des échecs

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Génie des échecs, celui qui est l'une des inspirations de la série "Le Jeu de la dame" était aussi un homme caractériel et paranoïaque. Portrait de Bobby Fischer, figure de proue d’une Amérique victorieuse sur fond de guerre froide.

C'est lui qui a inspiré le personnage de la série Queen’s Gambit. Bobby Fischer est un génie des échecs. Champion américain à 14 ans, il gagne le “match du siècle” en pleine guerre froide face aux Russes, invaincus depuis 24 ans, avant de sombrer dans la folie. 

Bobby Fischer passe son enfance dans le Brooklyn de l’après-guerre avec sa mère et sa grande sœur. Il découvre les échecs à 6 ans grâce à cette dernière. Les années passent et Bobby mange, pense et dort échecs. "Si je lui retire les pièces, il continue de jouer dans sa tête", racontait sa mère.

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Dévotion pour les échecs

À 8 ans, Bobby s’inscrit au club de Brooklyn.
À 10 ans, il dispute des tournois pour adultes.
À 12 ans, il bat tous ses adversaires et cherche des matchs dans tout l’Etat. 

Bobby Fischer jeune.
Bobby Fischer jeune.
© Getty

“Ce qui est étonnant c’est que ça se passe dans un pays qui a une tradition échiquéenne, qui existe mais qui est toute relative aux États-Unis par comparaison à l’URSS de l’époque où c’est quasiment une discipline d’Etat, quasiment un enjeu politique majeur. Lui [Bobby Fischer], il ne baigne pas dans cet environnement-là, il est un solitaire. Il vit dans un pays où il n’y a rien. Il y a des amateurs d’échecs organisés dans des clubs, des entraîneurs mais il n’y a pas cette espèce de tissu et de soutien au plus haut niveau donc il évolue vraiment seul contre tous", résume Laurent Verat, ancien directeur de la Fédération française d'échecs. 

Puis tout s’accélère. Il remporte le championnat national américain à seulement 14 ans, du jamais vu pour l’époque. Un an plus tard, il obtient le titre de grand maître international.

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L’adolescent au QI de 181 quitte l’école et se concentre à 100% sur les échecs. Il apprend le russe pour percer les secrets du jeu soviétique dont il est admiratif.

“Tous les jours il va dévorer la littérature russe d’échecs et il va accumuler un nombre de connaissances absolument phénoménales et un dévouement pour le jeu d’échecs qui est vraiment de l'ordre de la dévotion. Tout ça l’a mené, peut être, à dépasser certaines limites sur le plan psychologiques", pour Laurent Verat.

Un jeu agressif et inventif

En 1960, Bobby a 17 ans et sa place sur la scène internationale est acquise. Son jeu agressif, sa technicité et sa prévision surprennent ses adversaires. Bobby est aussi un aventurier qui tente sans cesse de nouvelles combinaisons. 

Il brille par son inventivité mais pas par son comportement. Il est exigeant, colérique, moqueur. Ses crises de “diva” se multiplient et il réclame plus d’argent, boycotte des tournois. Fischer est la bête noire des arbitres. Il devient paranoïaque et accuse les Russes de complot en tournois...  

“Quand il est déjà très très fort, dans les meilleurs joueurs du monde, il a déjà l’impression, qui est sans doute un peu vraie, que l’Union soviétique fait bloc contre lui. Parce que c’est vrai que l’Union soviétique a identifié ce joueur comme étant la plus forte menace pour la couronne mondiale. Il est identifié comme tel et il y a effectivement des plans anti-Fischer. Donc il développe une forme de paranoïa, il a l’impression que dans les tournois où il y a plusieurs Soviétiques et lui, qu’ils jouent entre eux pour ne pas se fatiguer et pour garder l’énergie pour jouer contre lui. C’est plus ou moins vrai certainement", analyse Laurent Verat.

En 1970, Bobby se lance dans la course au championnat du monde. Il rafle tout sur son passage, enchaînant une série de 20 victoires, un exploit.

Le "match du siècle"

Il a 27 ans et atteint l’apogée de sa carrière en devenant finaliste contre Boris Spassky, l’éminent joueur russe.  En pleine guerre froide, l’affrontement doit se jouer en terrain neutre : en Islande. Les échecs sont alors le symbole du combat entre intelligences stratégiques, cette finale est mise en scène et tient en haleine le monde entier.

“C’est la première fois qu’un champion américain se retrouve à disputer le titre de champion du monde. D’autre part il va affronter un Soviétique donc on projette sur cet affrontement entre deux joueurs, la symbolique de l’affrontement Est-Ouest dans son ensemble et chacun se retrouve à incarner son propre système", rapporte Emilia Robin, historienne (extrait émission France Culture août 2019).

À réécouter : Le match
29 min

Bobby Fischer rêve de ce titre mais sa folie le ronge. Il arrive en retard, exige de jouer à huis clos car les caméras le gênent, veut raboter les pieds de la table, baisser les lumières... Henry Kissinger, secrétaire d’Etat américain, l’appelle pour le motiver : “Ici le pire joueur d’échecs du monde, j’appelle le meilleur joueur d’échecs du monde.”

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Bobby prend l’ascendant psychologique et technique de partie en partie. Il gagne au bout de 53 jours et 24 parties. En battant la Russie sur son terrain de prédilection, les Etats-Unis prennent mentalement l’avantage. 

Puis Bobby arrête les matchs. Il tient des propos antisémites, se lie avec une secte et refuse de défendre son titre de champion du monde en 1975.  Il disparaît et est aperçu aux Philippines, en Hongrie, en Serbie. Il est arrêté au Japon en 2004, la justice américaine le poursuivait pour fraude fiscale. Il se réfugie à Reykjavik, la ville de son sacre, et y meurt 4 ans plus tard. 

Le livre de ses 60 meilleures parties est toujours l’un des ouvrages d’échecs les plus vendus au monde et ses meilleurs coups sont encore étudiés aujourd’hui.