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"BoJo", superhéros du "Britain Power"

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 "Ce n’est pas le "Black Power" des athlètes noirs les poings levés aux Jeux olympiques de Mexico de 1968, mais la célébration du "Britain Power", dont Boris Johnson serait le superhéros."
"Ce n’est pas le "Black Power" des athlètes noirs les poings levés aux Jeux olympiques de Mexico de 1968, mais la célébration du "Britain Power", dont Boris Johnson serait le superhéros."
© AFP - Ben Stansall

Le monde dans le viseur. Au congrès de son parti, à Manchester, le conservateur Boris Johnson a promis au Royaume-Uni une économie florissante. Un slogan en forme d'invocation magique dans un pays en mal de ressources cruciales et de compétences fondamentales, du fait du Brexit.

Boris Johnson droit dans ses bottes ! Ou plutôt convaincu que la Grande-Bretagne a fait le bon choix en quittant l’Union européenne. Bref, pas de regret pour le Brexit, adieu l’Union européenne, et au diable les technocrates de Bruxelles !

À la tribune du congrès du Parti conservateur réuni à Manchester, le 6 octobre 2021, le Premier ministre britannique a voulu faire souffler un vent d’optimisme en promettant un avenir resplendissant à son pays. Cela ressemble fort à la méthode Coué… Mais qu’importe, Boris Johnson y croit dur comme fer.

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Couvrant le congrès des Tories, le photographe de l’AFP Ben Stansall est parvenu à saisir en une fraction de seconde toute l’énergie et la fougue de Boris Johnson. "C’est presque une photo en noir et blanc, mais il fallait qu’elle soit en couleur, car tout le monde peut reconnaître la crinière blonde de BoJo", explique la photographe Pascaline Noack.

Ce n'est pas le "black power" mais le "Britain power"

La force de la photo est que tout est caché, poursuit-elle, mais le message est suggéré dans une clarté incandescente.

"Ce n’est pas le "Black Power" des athlètes noirs les poings levés aux Jeux olympiques de Mexico de 1968, mais la célébration du "Britain Power", dont Boris Johnson serait le superhéros."

Qui sait, il est peut-être même un magicien qui détiendrait une force surnaturelle ou un pouvoir secret, "une sorte de Harry Potter politique dont le poing, où se concentre la lumière, est le centre de l’image, poursuit la photographe. La diagonale imprime la dynamique du cliché et tire le regard vers le haut." "The sky is the limit" (le ciel est la limite), semble nous dire le Premier ministre britannique.

À réécouter : Covid, Brexit : Boris Johnson est-il sorti de la zone de turbulences ?

Chez Boris Johnson, le doute n’est pas permis et il n’y a pas de limites : "Global Britain" va rayonner dans le monde entier et faire le bonheur des sujets de sa gracieuse Majesté. Lors de cette grand-messe des conservateurs, le Premier ministre s’est même vanté d’avoir pris en main "les problèmes auxquels aucun gouvernement n’a eu les tripes de s’attaquer auparavant" !

Un "vieux système cassé"

Raillant au passage le "bon vieux" Michel Barnier, le négociateur pour l’Union européenne du Brexit et candidat à la présidentielle 2022 en France, BoJo s’est dit fier de tourner le dos "à un vieux système cassé" reposant sur "de bas salaires, une faible croissance, de faibles qualifications, le tout rendu possible et facilité par une immigration incontrôlée".

Son optimisme est-il pour autant partagé par tout le monde en Grande-Bretagne ? Dans les milieux d’affaires britanniques, c’est plutôt la soupe à la grimace. Le pays est confronté à un cruel manque de main d’œuvre pour faire tourner l’économie, des employés aux camionneurs. Selon l'Association du transport routier (RHA), il manquerait 100 000 chauffeurs dans le pays. Dans l’urgence, le gouvernement a délivré 5 000 visas de travail à des conducteurs étrangers de poids lourds et forme en accéléré les locaux.

La soupe à la grimace dans les milieux d'affaires

Les images d’automobilistes faisant la queue aux stations d’essence ou de rayons vides dans les supermarchés du pays ne sont pas passées inaperçues. Résultat : les prix flambent. Le think tank libéral Adam Smith Institute a lui-même sanctionné le discours de Boris Johnson à Manchester :

La rhétorique de Boris était grandiloquente mais vide de sens et ignorante d’un point de vue économique.

La fédération britannique des PME-PMI est elle aussi très critique et n’apprécie guère les envolées lyriques du Premier ministre : "Nous demandons au gouvernement moins de paroles et plus d’actes", a réagi sa vice-présidente Tina McKenzie.

Mais pour Boris Johnson, l’essentiel est ailleurs : faire croire qu’en quittant l’Union européenne son pays était de nouveau libre de son destin, malgré les difficultés actuelles. Comme si BoJo était le prophète zélé d’une nouvelle Angleterre. L’important étant d’y croire…

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