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Bombe nucléaire, l'humanité est devenue tuable

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Hiroshima
Hiroshima
© Getty - Wikimedia Commons

L’avènement de la bombe atomique a poussé l’anthropologie à devoir penser à nouveaux frais, la question de l’humanité, de sa finitude et peut-être même de sa fin prochaine.

La question nucléaire à l'origine d'une nouvelle pensée : le catastrophisme

L’audacieux philosophe Günther Anders, qui ouvra la voie aux théories catastrophistes ultérieures (Jonas, Dupuy), avait compris l’enjeu de la  transformation de la condition humaine dès lors que celle-ci serait placée "à l’ombre de la menace". Ainsi, s’il l’on pouvait affirmer après la découverte des camps d’extermination que "l’humanité était devenue tuable" selon ses propres termes, elle était aussi devenue, et presque concomitamment "mortelle" à l’aube du 6 août 1945. Depuis lors, de nombreuses formes alors impensables et encore difficilement représentables (effondrement de la biodiversité et perspective d’une sixième grande extinction des espèces, changement climatique, posthumain…) viennent constituer l’éventail élargi des modalités de l’autodestruction de l’humanité. 

Nous ne sommes pas, en tant qu’êtres doués d’“imagination”, à la hauteur de ce que nous produisons et “entreprenons”. Günther Anders

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Face à cette nouvelle figure du destin, une pensée catastrophiste s’avère nécessaire pour penser ce que nous faisons, qui produirait de l’avenir une image suffisamment repoussante pour qu’elle nous pousse à agir, et surtout à sortir définitivement du modèle de gestion des risques et des logiques de précaution. 

La question nucléaire est plus problématique que jamais, alors que le caractère fictionnel de la notion "d’arme de paix" nous apparaît au grand jour. Comme tous les objets techniques, la bombe est faite pour servir. La mort récente du "héros" russe Stanislav Petrov qui, dans la nuit du 25 au 26 septembre 1983, évita dit-on la Troisième Guerre mondiale en refusant de croire le signal d'alarme des satellites de surveillance, qui lui annoncent l'attaque de cinq ou six missiles américains contre l'URSS, doit nous rappeler que la menace est plus présente que jamais.

Un entretien enregistré en novembre 2017 dans le cadre du colloque international " Agir en justice au nom des générations futures".

Frédérick Lemarchand, maître de conférences en sociologie à l’Université de Caen, il a dirigé le Laboratoire d’analyse sociologique et anthropologique des risques et membre du comité de rédaction des revues Vertigo et Ecologie et politique

55 min