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Brésil : du rayonnement international au repli autoritaire

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Une militante pro Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême droite qui décolle en tête dans les sondages pour la présidentielle de dimanche, crédité de plus de 30% des intentions de vote
Une militante pro Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême droite qui décolle en tête dans les sondages pour la présidentielle de dimanche, crédité de plus de 30% des intentions de vote
© AFP - Carl de Souza

Ce dimanche, plus de 147 millions de Brésiliens sont appelés à élire leur président mais aussi députés, gouverneurs et sénateurs. Le candidat d'extrême droite, l'ancien militaire Jair Bolsonaro, a creusé l'écart en tête, dans un pays meurtri par la crise économique et les scandales de corruption.

Le Brésil s'apprête à vivre un tournant politique très attendu. Avant le premier tour de l'élection présidentielle de dimanche, retour sur l'évolution du pays ces dernières années : de l'avènement de Lula à la percée d'un candidat d’extrême droite nostalgique de la dictature.

L'effet Lula

Lorsque Luiz Inácio Lula da Silva quitte la présidence en 2010, la voix du Brésil porte à travers la planète.

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L’ancien métallurgiste a réussi son pari : redonner à son peuple de l’estime de soi, la fierté de côtoyer les grandes puissances, de ne plus baisser les yeux.

2e Sommet des BRICS, à Brasilia, en 2010. Avec, de gche à dte, les dirigeants russe, brésilien, chinois et indien. Ils revendiquent une meilleure représentativité dans les instances internationales
2e Sommet des BRICS, à Brasilia, en 2010. Avec, de gche à dte, les dirigeants russe, brésilien, chinois et indien. Ils revendiquent une meilleure représentativité dans les instances internationales
© Getty - Sasha Mordovets

Le géant sudaméricain est en pleine croissance. Lula a su en profiter. Sa politique sociale a sorti 30 millions de Brésiliens de l’extrême pauvreté. L'ancien syndicaliste a su se servir aussi du talent de ses ambassadeurs, une diplomatie inventive, fer de lance des BRICS.

Le pays est impatient d’accueillir le monde entier pour la Coupe du Monde (2014) et les Jeux Olympiques (2016).

Une décennie d’état de grâce

Son héritière, Dilma Rousseff, était censée cueillir les fruits de cette politique ambitieuse, elle affronte les crises les unes après les autres. 

Dès son arrivée, son gouvernement est impliqué dans des scandales de corruption. Au total, une vingtaine de ses ministres sont contraints de démissionner. 

Le Brésil est touché de plein fouet par la crise économique mondiale. Son économie repose essentiellement sur l’exportation de matières premières, les prix s’effondrent et le pays va progressivement sombrer dans la récession. 

Réélue de justesse en 2014, cette fois, c’est le plus gros scandale de corruption de l’histoire du pays qui se dresse devant elle : celui du « Lava Jato », la mise au jour d’une corruption généralisée de la classe politique brésilienne. Tous les principaux partis sont impliqués mais c’est le sien, le PT (Parti des Travailleurs), qui sera le plus exposé. 

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Le choc frontal entre les 2 Brésil, progressiste et autoritaire

Fragilisée, isolée au sommet de l'Etat, Dilma Rousseff ne doit répondre d’aucune accusation mais une procédure d'impeachment est lancée contre elle. Un séisme sans précédent, trahisons, coups bas, les députés, les sénateurs offrent un spectacle affligeant à des Brésiliens définitivement écoeurés. La présidente est finalement destituée à la fin de l'été 2016.

© Visactu

Les auteurs de l'acte qui a conduit à la destitution de Dilma Rousseff connaissent des fortunes diverses :

- Eduardo Cunha, qui présidait l'Assemblée, est aujourd'hui en prison et purge une peine pour corruption.

- Michel Temer, vice-président de Dilma Rousseff, lui a succédé après avoir convaincu les sénateurs brésiliens de voter en faveur de l'impeachment. Trop impopulaire, touché à son tour par une accusation de corruption, il a dû renoncer à se porter candidat pour cette élection présidentielle.

- Janaina Paschoal, cette avocate juriste de Sao Paulo, très active durant la procédure, s'est ralliée cet été au PSL (Partido Social Libéral) de Jair Bolsonaro et soutient aujourd'hui le candidat d'extrême droite.

Entre faux espoirs...

Fin 2017 : la classe politique est dévastée, discréditée. Aucun leader ne s'impose dans le cœur des Brésiliens pour reprendre le pays en main.

Aucun... sauf Lula. L'ancien président se bat simultanément sur deux terrains pour répondre à l'appel de près de 40% d'électeurs qui réclament son retour.

Il entame un « Caravane Tour » à travers le pays pour embarquer ses fidèles dans une nouvelle aventure, les transcender par sa voix rauque et son parler populaire.

© Visactu

Il est lancé vers un troisième mandat largement à sa portée mais tente en même temps d'échapper à une justice qui ne le lâchera pas. Ou plutôt un homme : le juge Sergio Moro, le tout puissant magistrat anti-corruption, est parvenu à le faire condamner à 12 ans de prison pour des chefs d'accusation encore aujourd'hui contestés.

Malgré les multiples appels du Conseil des Droits de l'Homme des Nations unies de ne pas priver Lula de ses droits politiques, malgré la mobilisation de plusieurs anciens chefs d'état étrangers.

L'homme politique le plus populaire du Brésil, incarcéré entre temps, finira par lâcher prise.

Le 1er septembre, même si tous les recours judiciaires ne sont pas épuisés, la Cour Suprême lui interdit de se présenter. Depuis sa cellule de Curitiba, Lula est obligé de jeter l’éponge. Il passe le relais à son dauphin, Fernando Haddad, ancien maire de Sao Paulo.

et nostalgie de la dictature

Un homme va bénéficier de la fin du « feuilleton Lula », le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro.

Dans la course aux prétendants pour affronter Lula au deuxième tour, l'ancien militaire de 62 ans, député fédéral de Rio de Janeiro depuis 27 ans, s'est spécialisé dans les déclarations outrancières, homophobes et misogynes. Jair Bolsonaro est le mieux placé derrière Lula. Il a su profiter de l'interminable crise politique qu’a traversé le pays, pour endosser le costume du candidat intègre, de l'homme du renouveau politique.

Il est aujourd’hui en tête des intentions de vote. Son discours choc, ultra- conservateur, séduit une partie de la société brésilienne. Bolsonaro n’hésite pas non plus à remettre en cause le principe même de démocratie au Brésil et envisage de redonner une partie du pouvoir aux militaires, 33 ans après la fin de la dictature.

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