Boris Johnson, alors maire de Londres, dans l'usine de poisson de New England Seafood, en mars 2015.
Boris Johnson, alors maire de Londres, dans l'usine de poisson de New England Seafood, en mars 2015.

Brexit : la pêche, argument de négociation des Britanniques

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Brexit : la pêche, argument de négociation des Britanniques

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Le regard de l'autre | Les pêcheurs européens sont beaucoup plus dépendants des eaux britanniques que les pêcheurs britanniques ne le sont des eaux européennes. Il est donc logique que Londres utilise la pêche comme un moyen de pression dans les négociations à nouveau mal embarquées du Brexit. Explications en 5 points.

Les accords sur le Brexit viennent d'être remis en cause par Boris Johnson. Le Premier ministre britannique brandit l'"Internal Market Bill" (en français, le "projet de loi sur le marché intérieur"). Un texte controversé qui surgit alors que le Royaume-Uni a officiellement quitté l'Union européenne fin janvier sans accord sur les contours de leur relation post-divorce.

Parmi les points d'achoppement entre Britanniques et Européens, la pêche est un sujet central. Elle génère des tensions depuis des années, des bancs des Assemblées à la haute mer.

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Comme désormais chaque semaine, " Le regard de l'autre" vous explique en quelques points clés le point de vue de la partie la moins évoquée ou considérée comme adverse. Ainsi, la pêche, selon les Britanniques passe par :

La géographie

Le Royaume-Uni compte 15 000 km de côtes, 2 fois plus que la France. Or, plusieurs de ces zones sont très poissonneuses, et l’appartenance britannique à l’Union Européenne permettait jusqu’à présent aux pêcheurs du continent de venir travailler dans ces secteurs. Aujourd’hui, le Royaume-Uni dit simplement : ces eaux sont à nous.

Le droit

Du point de vue du droit maritime international, le Royaume-Uni fait ce qu’il veut sur ce que l’on appelle sa ZEE, sa zone économique exclusive. S’il choisit de ne pas y autoriser des bâtiments étrangers, c’est son choix. Londres est donc en position de force. Le fait que les pêcheurs européens se rendent de longue date dans ces zones ne relève que de l’usage. Pas du droit.

L'Histoire

Impossible de comprendre la position britannique sur une question relative à la mer sans avoir à l’esprit que la puissance maritime a fait la grandeur du Royaume-Uni. Au XIXe siècle en particulier, après la bataille de Trafalgar, la marine britannique est le maître des Océans. Et plus récemment, il y a eu des accrochages à répétition entre pêcheurs français et britanniques, qui ont souvent tourné vinaigre. Donc Londres se méfie des marins pêcheurs français. Ils n’ont pas bonne presse outre-Manche.

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L'économie

Cest le levier principal. Les pêcheurs européens sont plus dépendants des eaux britanniques que les pêcheurs britanniques ne le sont des eaux européennes. 30% des prises des pêcheurs français s’effectuent dans les eaux britanniques, en particulier dans ces fameuses eaux poissonneuses du Nord de l’Ecosse. Pour certains pêcheurs français, en particulier dans les ports de Boulogne ou de Lorient, la proportion s’élève même à 90%. Et près de 100 espèces de poisson sont concernées.
Londres adopte donc une position logique, n’importe qui ferait de même : si vous Européens vous voulez continuer à venir pêcher chez nous, donnez-nous quelque chose en échange. C’est du marchandage économique tout ce qu’il y a de plus classique. Du bargain.

La psychologie et la sociologie

Il y a d’abord la psychologie de l’adversaire, autrement dit les Européens. Ce sujet est, en France en tous cas, à forte portée symbolique. Un totem. Comme tout ce qui touche à la nourriture. Paris court un risque majeur à se mettre à dos les marins pêcheurs, comme les agriculteurs. Comme le dit un diplomate européen, " la pêche ce n’est qu’un petit sujet économique, mais c’est un gros sujet politique ". Londres le sait, donc joue sur du velours, pour faire pression.
Ensuite, il y a la psychologie des Britanniques. S’ils ont voté le Brexit, ce n’est pas pour des prunes. C’est bien parce qu’ils veulent sortir de l’Europe. C’est une lapalissade, mais ça va mieux en le disant. Ce n’est donc pas pour laisser les Européens faire ce qu’ils veulent dans les eaux Britanniques. Ce n’est tout bonnement pas acceptable pour l’opinion publique.

Avec la collaboration d'Éric Chaverou

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