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Bygmalion : des salariés de France Télévisions "dégoûtés"

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La situation s'est dégradée entre syndicats du groupe et direction, et au sein des syndicats, en désaccord sur la position à adopter face aux révélations de ces dernières semaines. Entre dénonciation et profil bas.

L'ambiance chez les salariés de France Télévisions est de plus en plus tendue. C'est l'une des conséquences de l'autre volet de l'affaire Bygmalion qui touche la télévision publique. La justice enquête sur des faits de favoritisme sur quelques 1,3 million d'euros de contrats passés par l'actuelle et l'ancienne présidence de France Télés avec les entreprises de Bastien Millot, fondateur de Bygmalion. Jeudi 12 juin, deux syndicats ont envoyé un courrier officiel au Président de la République, au Premier Ministre et à plusieurs parlementaires pour demander une enquête parlementaire et un audit des comptes de l'entreprise.

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Relisez : France Télévisions, l'autre affaire Bygmalion L'affaire Bastien Millot (Bygmalion) / France Télévisions a fait couler beaucoup d'encre dans la presse mais aussi au sein de France Télévisions. Les communiqués et les réponses aux communiqués se sont intensifiés à la fin du mois de mai avec un message aux salariés envoyé par la CFDT qui annonce qu'elle se constitue partie civile dans l'enquête pour favoritisme et prise illégale d'intérêts, et appelle "tous les salariés qui auraient pu avoir connaissance de faits délictueux à les confirmer ou les infirmer, à faire leur devoir."

Dans la foulée, ce tract est qualifié "d'appel à la délation" par Rémy Pflimlin, dans un message de deux pages envoyés aux salariés :

Je suis préoccupé (…) par les déclarations récentes d’une organisation syndicale dont la dérive me semble constituer un handicap pour la qualité du dialogue social au sein de notre groupe. (…) L'appel à la délation suggéré par ces déclarations est inacceptable, dans son principe mais aussi dans sa tentative de faire penser que nous travaillerions dans une entreprise malhonnête.

Cette réponse suscitera un autre communiqué de la CFDT, étonnée de se faire** "tirer les oreilles"** par le PDG :

Il faut croire que notre constitution de partie civile dans le dossier Bygmalion dérange. Il faut croire qu’inciter les salariés qui ont vu des choses, à ne pas avoir peur, ça fait mauvais genre. (…). Vos communiqués sont très instructifs M. Le Président, et nous attendons avec impatience le prochain, où, entre deux sermons, vous aurez sans doute la gentillesse de répondre aux simples questions que nous vous soumettons.

Ambiance.

"On a de grandes difficultés depuis plusieurs années, avec cette direction, à avoir des rapports sincères" , résume Thierry Vildary, délégué syndical central de la CFDT. Il revient sur la décision de son syndicat de se constituer partie civile :"Ce n'est pas dans la tradition de la CFDT de s'engager dans des plaintes contre son entreprise, (…) on a eu un débat en conseil syndical, et on a voté à l'unanimité pour s'engager dans cette plainte. (…) ** C'est la responsabilité des syndicats de montrer la voie, c'est ce que les gens attendent de nous."**

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Cette semaine, la CFDT est allée plus loin en demandant, avec le syndicat CGC à l'origine de la plainte, une enquête parlementaire et un audit des comptes de France Télévisions. Le courrier, adressé au Président de la République, au Premier ministre et à des parlementaires, a été rendu publique le 12 juin, et a fait réagir… la CGT France Télévisions qui a pointé une "démarche irresponsable" et conclut son communiqué en évoquant :

La dérive navrante d'une CFDT, ancien grand syndicat de France Télévisions, qui a manifestement perdu sa boussole revendicative et qui semble avoir confié depuis plusieurs mois la conduite de sa politique à une CGC ultra minoritaire et revancharde.

Mais Thierry Vildary, de la CFDT, assume et explique pourquoi son syndicat a demandé une enquête parlementaire :

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Avec la CGT, syndicat majoritaire chez France Télévisions, FO a également refusé de se constituer partie civile de peur que toutes ces révélations sur les pratiques de la direction ne finissent par retomber sur les salariés.

"Quand on attaque France Télévisions tous les jours, les salariés souffrent. (…) Chez Fo, on se dit : quel est l'intérêt de dégommer chaque fois dans la presse France Télévisions, si l'intérêt au final ce n'est pas de ringardiser France Télévisions afin de lui attribuer encore moins de budget" , se méfie Eric Vial, délégué Force Ouvrière au sein de la télévision publique.

Il y a réellement des taupes à France Télévisions, et on appelle à dératiser les taupes.

Eric Vial poursuit :"On croit sincèrement qu'il y a parmi nous des personnes qui veulent du mal à France Télévisions, qui veulent la peau de France Télévisions. (…) Il nous semble quasiment inimaginable de la part de Rémy Pflimlin, que l'on côtoie tous les jours, d'être un homme d'argent. C'est quelqu'un qui est relativement proche des salariés, qui est à l'écoute. Franchement, on l'imagine mal magouilleur. Et son équipe : pareil. Ce ne sont pas des magouilleurs. (…) A Force Ouvrière, nous ne serons pas les procureurs, ce n'est pas notre métier. Nous laisserons faire la justice."

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Parmi les syndicats qui "prennent la parole" pour dénoncer les pratiques de la direction, on retrouve la CGC, à l'origine de la plainte. Son président, Jean-Jacques Cordival, est en guerre ouverte contre la présidence de France Télévisions. "Il ne faut rien dire quand on découvre de nouvelles choses parce que ça pourrait être nuisible ?" et renvoie dos à dos ceux qui critiquent son syndicat : "ils sont avec la direction" :

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© Radio France - Abdelhak El Idrissi