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Bygmalion / France Télévisions : les mauvais comptes de Rémy Pflimlin

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Le PDG du groupe et son directeur de la communication ont récemment déclaré que seuls deux contrats avaient été maintenus avec Bygmalion après leur arrivée aux manettes en septembre 2010. Mais le Canard enchaîné a retrouvé un troisième contrat, signé avec une autre entreprise de Bastien Millot.

Deux syndicats de France Télévisions en appellent à l'Elysée, au gouvernement et au parlement. **Mise à jour. 12 juin 2014. **

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Dans un courrier daté du 12 juin, la CFDT et le SNPCA-CGC demande un audit des comptes de France Télévisions. Les deux syndicats pointent dans leur lettre les "rapports troubles entre France Télévisions, les milieux d'affaires et les entourages politiques" . Il est également question, parmi les "opérations financières suspectes" , des** "contrats de consulting aux contours flous attribués sans appel d'offres ou mises en concurrence à des proches de hauts dirigeants de France Télévisions"** , des "rapports, étonnants entre certains fournisseurs et des cadres de l'entreprise" , le "coût de certaines émissions" .

Le courrier a été adressé au Président de la République, au Premier ministre, aux ministres de l'Economie, du Budget, aux présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, ainsi qu'à des parlementaires.

Le PDG Rémy Pflimlin a pris connaissance de ce courrier alors qu'il participait à un Comité Central d'Entreprise ce jeudi matin. C'est à l'occasion de ce CCE qu'il s'est engagé à transmettre aux organisations syndicales de l'entreprise toutes les pièces dont il dispose sur l'affaire Bastien Millot / France Télévisions et qui ont été transmises à la Justice

Les mots sont importants . Rémy Pflimlin l'a bien compris lorsqu'il déclare, dans une interview au journal Le Monde, à propos des contrats signés entre France Télévisions et des entreprises extérieures :

nous avons réduit certaines des nombreuses prestations, pas spécifiquement en rapport avec Bygmalion, comme celles des cabinets de conseil en organisation. Parmi les prestations de Bygmalion, deux sont identifiées pour être poursuivies, les autres étaient soit ponctuelles, soit n'avaient pas lieu d'être poursuivies.

Le lecteur peu attentif retiendra de cet extrait qu'à son arrivée à la tête de France Télévisions fin août 2010, Rémy Pflimlin a continué à faire appel à Bygmalion pour deux contrats seulement. Effectivement, certaines prestations onéreuses ont cessé avec Bygmalion en 2011, mais sont restées dans le giron de Bastien Millot. France Télévisions a simplement signé ce contrat avec une autre entreprise de M. Millot.

France Télévisions-OK
France Télévisions-OK
© Radio France - Eric Chaverou

De Bygmalion à BM Consulting **
Durant les trois dernières années de son mandat, Patrick de Carolis a eu recours aux services de Bygmalion pour des missions, entre autres, d'"accompagnement stratégique" . Cet "accompagnement" a démarré en novembre 2008 et a pris fin en avril 2010 pour un coût de 15 000 euros par mois.

Tous les montants exprimés ici sont Hors Taxes, mais c'est bien le montant TTC qui a été versé par France Télévisions, comme en attestent les nombreuses factures que France Culture a pu consulter

A partir d'octobre 2010, le nouveau PDG Rémy Pflimlin profite également de ce fameux "accompagnement stratégique", qui n'est plus assuré par Bygmalion, mais par BM Consulting ("BM", pour Bastien Millot ). Selon le Canard enchainé du 11 juin 2014 qui révèle l'existence du contrat de 14 pages, confirmée par des pièces que France Culture a pu consulter, le contrat prévoit la "fourniture d'éléments de langage spécifiques lorsque l'actualité le nécessite" , la "remise d'une note de synthèse concernant l'actualité institutionnelle et médiatique" , "l'organisation de rendez-vous pour le compte de France Télévisions" .

Ce contrat avec BM Consulting a été signé pour France Télévisions le 1er octobre 2010 par Martin Ajdari, qui était à l'époque directeur général délégué aux finances. Montant de la prestation : 180 000 sur l'année (15 000 euros par mois), soit le même montant que le contrat Bygmalion / Carolis.

C'est d'ailleurs Martin Ajdari qui a fourni au juge la nature et les montants des prestations effectuées par Bygmalion pour le compte de la télévision publique de 2008 à 2013.Dans un beau tableau, on constate que le contrat lié à l'accompagnement stratégique est passé à 0€ à partir de 2011, laissant penser que la prestation n'existe plus. Mais elle a seulement été déplacée.Aujourd'hui directeur de cabinet d'Aurélie Filippetti au ministère de la Culture, Martin Ajdari n'a pas répondu à nos sollicitations.

La direction de France Télévisions n'a également pas souhaité répondre à nos questions mais fait savoir, concernant le contrat BM Consulting, qu'il "n'a jamais été caché puisqu'il est dans le dossier remis par France Télévisions au juge".

Rémy Pflimlin, PDG de France Télévisions
Rémy Pflimlin, PDG de France Télévisions
© Sipa

40 000 euros de contrats "ponctuels"
Lorsque Rémy Pflimlin répond aux journalistes du Monde : "Parmi les prestations de Bygmalion, deux sont identifiées pour être poursuivies, les autres étaient soit ponctuelles, soit n'avaient pas lieu d'être poursuivies" , il ne précise pas quelles sont ces "prestations ponctuelles" . France Culture a pu prendre connaissance du détail des ces prestations assurées par Bygmalion en 2011 et 2012, sous la présidence Pflimlin. Il s'agit de l'accompagnement du comité permanent de la diversité de France Télévisions, et de la mise à jour du site internet, aujourd'hui inaccessible. Montant : 10 000 euros (20 000 euros en deux ans). Un nouveau site, developpé en interne a été mis en place à l'adresse : http://www.francetelevisions-diversite.com/

Capture du site diversité de France Télévisions
Capture du site diversité de France Télévisions
© Radio France

Il y a également 15 000 euros de contrat pour fournir une stratégie et un argumentaire à la direction de RFO pour une demande de fréquence au CSA. Et enfin, 5 000 euros pour "accompagner" France Ô.

Au total Bygmalion a reçu 40 000 euros pour ces prestations "ponctuelles". Une somme non négligeable lorsqu'il s'agit de l'argent des contribuables. Et surtout, en matière de favoritisme, faits visés par l'enquête, le délit peut être constitué "quel que soit leur montant".

Ces informations ont une incidence sur le montant réel des contrats passés entre France Télévisions et les entreprises de Bastien Millot. Il est question pour Bygmalion de 1,2 million d'euros, auxquels il faut ajouter les 180 000 euros de contrat de BM Consulting. Il est donc aujourd'hui question de 1,4 million d'euros de contrats, dont 40% ont été signés sous la présidence de Rémy Pflimlin.
Il semble peu probable que Rémy Pflimlin échappe à une audition chez le juge Renaud Van Ruymbeke, tant les ressemblances avec les pratiques de son prédécesseur semblent identiques. Pour rappel Patrick de Carolis a été mis en examen en avril dernier pour favoritisme, ainsi que Camille Pascal, ancien secrétaire général de France Télévisions. La stratégie de Rémy Pflimlin consistant à mettre de la distance avec cette affaire est aujourd'hui affaiblie.

Lors de la passation de pouvoir entre l'ancien et le nouveau PDG en août 2010, Patrick de Carolis disait à Rémy Pflimlin : "j'ai traversé des tempêtes. Je vous souhaite de rencontrer des eaux plus calmes". La dernière année de mandat de l'actuel PDG risque d'être plutôt mouvementée.