Publicité

Ça filme en banlieue !

Par

Qu’en est-il de l’art, en dehors de sa stricte sphère? Quelle forme revêt-il lorsqu’il ne se prétend pas un « art pour l’art » exclusivement destiné à servir « le Beau » ? Qu’il s’assimile à une thérapie, courtise le monde de l’entreprise ou prenne sa source dans le bitume des cités, c’est un art toujours vertueux que nous vous invitons à découvrir à travers cette série de reportages.
Temps n°3 : Ça filme en banlieue !
Vigneux-sur-Seine, au sud de la capitale. Pas tout à fait la ville. Pas tout à fait la campagne non plus. De grands arbres émergent du béton et dressent leurs silhouettes tronquées et dépouillées parmi les immeubles, faisant valoir à l'urbanisation leur droit à la verticalité. Depuis maintenant dix ans, ce paysage est investi par les caméras de CitéArt , une association fondée par Jérôme Maldhé, qui initie les jeunes, de cité ou d'ailleurs, à toutes les ficelles cinématographiques, qu'il s'agisse du jeu, de l'écriture scénaritistique ou de la réalisation.

CitéArt_banlieue
CitéArt_banlieue
© Radio France

Les immeubles de Vigneux sur Seine © Radio France / H. Combis-Schlumberger

Publicité

En 1999, Jérôme Maldhé sort du Conservatoire National Supérieur d’Art dramatique de Paris, diplôme en poche mais relativement déçu par la manière dont les professionnels du théâtre et de la télévision appréhendent les choses. Dépositaire et gardien d’une autre culture - né en banlieue de parents ouvriers -, il fait le pari de « se prendre au sérieux », estimant que sa vision du monde, après tout, est légitime et qu’il a fourbi assez d’armes pour envisager de la concrétiser. Revenu dans son quartier, le fils prodigue du bitume décide, avec quelques amis fraîchement sortis de la FEMIS et du Conservatoire, d’initier des jeunes en leur donnant des cours de théâtre et, pourquoi pas, en « faisant un peu de vidéo. »…

CitéArt_affiche du festival
CitéArt_affiche du festival

Dès 2000, de premières pièces sont jouées, un court-métrage est récompensé par un prix et des chaînes comme Télécité et France 3 se montrent intéressées par le travail de l’association. Cette dernière a, par ailleurs, créé son propre festival, « Nos Cités », regroupant les meilleurs films de jeunes auteurs-réalisateurs venant de MJC, d’associations, de collectifs...

Jérôme Maldhé évoque ces premiers temps vieux de dix ans :


Un crû de la production audiovisuelle 2009 de CitéArt :

Jérôme Maldhé sur un tournage, entouré par Nabil (à gauche) et Maxim (à droite), deux jeunes de CitéArt
Jérôme Maldhé sur un tournage, entouré par Nabil (à gauche) et Maxim (à droite), deux jeunes de CitéArt
© Radio France

Jérôme Maldhé sur un tournage, entouré par Nabil (à gauche) et Maxime (à droite), deux jeunes de CitéArt © Radio France/ H. Combis-Schlumberger

Le fondateur de l’association est bien conscient de ce que cette dernière doit à la révolution numérique. Grâce à la mise à disposition du matériel audiovisuel pour tous, l’autonomie est reine depuis la phase d’écriture jusqu’à la diffusion, en passant par la préparation, le tournage et le montage.

Bien qu'inévitablement émaillés de petites erreurs techniques et artistiques, les films sortant des studios suburbains échappent ainsi à l'influence des commanditaires et autres producteurs.

Le travail de CitéArt , teinté de naïveté et d'autodérision, détonne. Dénonçant tous les racismes, toutes les violences, il a indéniablement du tempérament... mais aussi de la difficulté à s'imposer dans l’univers du Cinéma, et ce malgré les partenariats sociaux - Service Politique de la Ville - et culturels - Conseil général de l'Essonne - qui soutiennent financièrement l'association.

Serait-ce à cause d'une frivolité excessive, questionne Jérôme Maldhé, ou bien du cloisonnement monolithique du paysage cinématographique ?

Hamidiata et Victoria, dans le local de CitéArt
Hamidiata et Victoria, dans le local de CitéArt
© Radio France

Hamidiata et Victoria, deux membres de l'association, dans le local de CitéArt © Radio France/ H. Combis-Schlumberger

Hamidiata est membre de l’association depuis plusieurs années. Initialement coordinateur, aujourd’hui, réalisateur, il témoigne de son expérience au sein de CitéArt qui lui a permis d'entrer à la fondation TF1. Il évoque également sa vision du cinéma et soupèse - prudemment - ses perspectives dans le métier :


Quant à Victoria, son appartenance à CitéArt n'est pas étrangère au fait qu'elle étudie aujourd'hui le Cinéma à la Sorbonne. En quelques mots, elle évoque la bonne ambiance inhérente à l’équipe et propice à l’écriture de ses premiers scénarios :

Tournage d'une vignette de la série "French Dream" avec, de gauche à droite, Alan, Bouba et Jérôme Maldhé.
Tournage d'une vignette de la série "French Dream" avec, de gauche à droite, Alan, Bouba et Jérôme Maldhé.
© Radio France

Tournage d'une vignette de la série "French Dream" avec, de gauche à droite, Alan, Bouba et Jérôme Maldhé. ©Radio France / H. Combis-Schlumberger

Et, en attendant de savoir ce que l’avenir réserve à ces jeunes et à leur cinéma, que fusent les « Moteur ! » et place aux *travellings * ! Car aujourd’hui, CitéArt célèbre la nouvelle génération en tournant une série de "vignettes", *French Dream. * Ces micro-métrages mettent en scène "les p'tits", de tout jeunes prodiges du "verlan", dans le quotidien à la fois tendre et rude de leur cité.

Diaporama sonore d'un après-midi sur le tournage de French Dream :


Enfin, s'il est légitime de penser que les films de CitéArt mettent exagérément en exergue les clivages sociaux, reste à faire le rêve d'un cinéma de banlieue apaisé, qui n'éprouverait plus le besoin de s'appesantir sur de telles différences d'identité. Gageons que les nouveaux réalisateurs issus de l'association sauront trouver une ouverture !

Retour au dossier.

CitéArt