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Cahuzac / Mediapart : la confrontation

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Edwy Plenel annonce qu'il a écrit au procureur de Paris, François Molins, pour lui demander l'ouverture d'une information judiciaire. La seule solution, selon le directeur de Mediapart, pour que toute la lumière soit faite. Synthèse de l'affaire.

Le site d'information maintient que le ministre délégué au Budget a détenu pendant vingt ans un compte non-déclaré à l'UBS de Genève.

Chronologie de l'affaire :

Jérôme Cahuzac
Jérôme Cahuzac
© Reuters - Charles Platiau

4 décembre : la révélation

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Fabrice Arfi publie un premier article sur Mediapart dans lequel il affirme que Jérôme Cahuzac a détenu un compte non déclaré à l'Union des banques suisses (UBS) de Genève pendant vingt ans. Le ministre du Budget déclare à Mediapart : "Je n’ai pas de compte en Suisse et n’en ai jamais eu. Il est clair que si vous publiez ça, j’attaquerai."

Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart
Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart
© Radio France - Nathalie Lopes

5 décembre : l'enregistrement

Mediapart rend public un enregistrement qu'il dit daté de 2000. Une voix présentée comme celle de Jérôme Cahuzac s'inquiète du devenir d'un compte à l'UBS : "Moi, ce qui m'embête, c'est que j'ai toujours un compte ouvert à l'UBS, mais il n'y plus rien là-bas, non ? La seule façon de le fermer, c'est d'y aller ?"

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25 sec

6 et 20 décembre : les plaintes

Le ministre délégué au Budget dépose d'abord une plainte en diffamation simple, puis une plainte en diffamation avec constitution de partie civile.

21 décembre : la source

Pour anticiper une éventuelle fuite, Mediapart révèle l'identité du détenteur de l'enregistrement sonore : Michel Gonelle, ancien rival politique de Jérôme Cahuzac. Maire RPR de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), il est battu par Jérôme Cahuzac aux législatives de 2001.

Les personnages de l'affaire :

Rémy Garnier
Rémy Garnier
© Maxppp

Rémy Garnier, "Columbo"

Cet ancien agent du fisc doit son surnom à son zèle pour dénoncer les fraudes fiscales. Mediapart s'appuie sur un mémoire qu'il a rédigé en 2008. En violation du règlement interne du fisc, Rémy Garnier a mené sa propre enquête sur Jérome Cahuzac en consultant le serveur "Adonis" qui contient les dossiers des contribuables. Il a été licencié de l'administration fiscale.

Michel Gonelle
Michel Gonelle
© Maxppp

Michel Gonelle, le "corbeau"

Rivalité politique et peut-être différend financier avec Jérôme Cahuzac . Le JDD croit savoir que le blocage, par l'actuel ministre délégué au Budget, d'une opération immobilière au centre-ville de Villeneuve-sur-Lot aurait coûté de l'argent àl'ancien élu RPR. Michel Gonelle est aussi l'avocat de Rémy Garnier .

Jean-Louis Bruguière
Jean-Louis Bruguière

Jean-Louis Bruguière, "l'Amiral"

En 2007, l'ex-juge anti-terroriste a été candidat UMP (malheureux) aux législatives dans le Lot-et-Garonne. Il cotoie alors Michel Gonelle qui lui remet la bande sonore. Jean-Louis Bruguière affirme l'avoir détruite, Michel Gonelle soutient au contraire que c'est l'ancien magistrat qui l'a remise à Mediapart .

Mediapart face aux soutiens de Jérôme Cahuzac

Edwy Plenel
Edwy Plenel

Le site d'information affronte d'abord la contradiction des soutiens politiques du ministre délégué au Budget. Pour la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem , "Jérôme Cahuzac a fourni des éléments suffisamment objectifs pour faire tomber les allégations de Mediapart ". Le Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, a attaqué la "méthode Mediapart" : "Si on commence à lancer des accusations, il faut des preuves sinon il ne faut pas les lancer". "Des preuves et pas simplement des allégations" , a-t-il ajouté.

Mediapart fait surtout face à deux plaintes pour diffamation déposées par Jérôme Cahuzac. La deuxième n'a d'ailleurs toujours pas été notifiée à Edwy Plenel, le directeur du site. Il a demandé, hier par écrit, au procureur de Paris l'ouverture d'une information judiciaire. La seule solution, selon lui, pour qu'il y ait une enquête sur le fond :

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Écoutez aussi Fabrice Arfi, le journaliste de Mediapart, revenir sur son enquête et ses informations dans l'émission de Jean-Marc Four "le Secret des sources" intitulé "Affaires Cahuzac / La Frondeuse : qui va trop loin ? Les journalistes ou les politiques ?"

Fabrice Arfi raconte son enquête dans "Le Secret des sources"

49 min

L'étrange défense du ministre

Depuis les révélations/accusations de Mediapart, Jérôme Cahuzac a choisi une stratégie de défense pour le moins étonnante. Deux interviews au tout début de l'affaire, avant la diffusion de l'enregistrement audio, puis silence radio. Le ministre a reconnu au micro de RTL un voyage en Suisse en janvier 2010, voyage qu'il avait pourtant refusé de confirmer à Mediapart la veille de la publication du premier article.

Selon Jérôme Cahuzac, il s'agissait de rencontrer sur place des informateurs en sa qualité, à l'époque, de président de la commission des Finances. Il déclare à Jean-Michel Apathie :

Il est probable, mais je suis en train de vérifier ce qu'il en fut précisément pour la date, mais il est exact que je recevais des informations, d'ailleurs de nature fiscale, de la part d'informateurs qui me paraissaient plus ou moins sérieux. Et qu'il est probable que j'ai effectué un déplacement à cette occasion, là ou ailleurs, pour voir ce qu'il en était de ces accusations qui pouvaient être formées par certains qui, peut-être, ne souhaitaient rentrer sur le territoire français.

A ce jour, le ministre n'a fourni aucune précision sur le lieu, la date et les interlocuteurs rencontrés lors de ce déplacement en Suisse. Mediapart évoque un "déplacement discret", Jérôme Cahuzac réplique qu'il a pris un billet via le service des transports de l'Assemblée nationale et ironise au micro de RTL sur "le niveau de clandestinité" de ce voyage.

Sur son blog, il écrit le 19 décembre : "Je souhaite souligner avec force qu’il ne m’appartient pas d’apporter la preuve qu’une allégation, que je conteste de la manière la plus ferme et constante qui soit, est fausse" ... mais publie pourtant la réponse d'UBS à la demande de son avocat de certifier que Jérôme Cahuzac ne détient pas de compte dans l'établissement. La banque répond :

Réponse
Réponse
© Radio France

Or pour le député UDC et avocat fiscaliste genèvois, Yves Niedegger, pour qu'UBS certifie l'absence de compte au nom de Jérôme Cahuzac, il suffirait à celui-ci de revoir sa demande :

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Malgré son silence, Jérome Cahuzac se défend aussi sur le terrain médiatique. Mercredi 26 décembre, une dépêche surprenante tombe sur le fil de l'Agence France Presse, intitulée "Cahuzac a priori solidement installé au gouvernement, selon des experts" .

Elle est immédiatement reprise in extenso sur de nombreux sites d'informations, comme celui de Libération.

L'article cite notamment un politologue de l'IFOP, Jérôme Fourquet, pour qui "le dossier " (de Mediapart) n'est "pas béton et l'image personnelle de (Jérôme) Cahuzac n'est pas si mauvaise que ça à droite (sic). Le dossier en lui-même n'est pas très convaincant, il n'y a pas de preuve complètementétablie de l'existence de ce compte" . Problème, Jérôme Cahuzac et Jérôme Fourquet ont co-écrit un livre il y un an et demi. Le directeur de Mediapart , Edwy Plenel, va encore plus loin dans l'analyse de ce qu'il considère comme une "opération de communication" :

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Le même avocat que Liliane Bettencourt

Qui est Edmond Tavernier ? Celui que Jérôme Cahuzac a choisi pour obtenir de l'UBS la preuve que cette histoire est une invention pure et simple. Edmond Tavernier est "plus connu à Genève pour ses compétences très pointues d'avocat d'affaires que par ses talents d'orateurs dans les prétoires" confie un avocat fiscaliste de la ville.

C'est un spécialiste des placements off-shore, un avocat qui n'est autre que celui de Liliane Bettencourt. Edmond Tavernier a été entendu à deux reprises par des magistrats français pour le montage financier de l'île d'Arros, une ex-propriété de la famille Bettencourt non déclarée au fisc. Emmanuel Leclère en dresse le portrait :

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Dernière faiblesse potentielle de la défense de Jérôme Cahuzac : il n'a, pour l'instant, pas porté plainte pour "faux et usage de faux" contre Mediapart. Le directeur de la publication du site d'information, François Bonnet, tient cela pour une preuve en creux de l'authenticité de la bande audio qu'ila diffusée. Devant quelques journalistes, hors micro, la semaine dernière, le ministre du Budget s'est contenté de formules relativement vagues dont celle-ci : "Mes proches ont écouté la bande sonore, ils ne m'ont pas reconnu."

Jérôme Cahuzac fragilisé politiquement ?

Il y a d'abord eu des rumeurs de remaniement. D'autres bruits encore sur une démission et un remplacement au ministère du Budget par Pierre-Alain Muet, député de la 2e circonscription du Rhône, rumeur démentie par Matignon. Ceci dans un contexte, où les marques de soutien politique à Jérôme Cahuzac se font de plus en plus rares. Écoutez l'analyse de Frédéric Says :

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On note une inflexion des (rares) prises de position socialistes sur l'affaire Cahuzac. Celle d'Olivier Faure, député de la onzième circonscription de Seine et Marne, est significative de la prudence de son camp. L'ancien conseiller politique de Jean-Marc Ayrault ne voit "à ce stade" que des "allégations" mais déclare à propos des informations de Mediapart : "Est-ce que quelqu’un peut apporter la preuve inverse ? Pour l’instant non. Si c’était le cas, il serait bien entendu en difficulté et le gouvernement aussi et il serait certainement amené à quitter ses fonctions."

Et aussi en ligne :

Emmanuel Leclère, Frédéric Says, Erwan Pastol Affaire Cahuzac : pour ceux qui ne veulent pas voir

Synthèse des révélations de Mediapart

Blog de Jérôme Cahuzac

La voix sur la bande audio de Mediapart est-elle celle de Jérôme Cahuzac ?

Reportage France Inter

Si vous n'avez rien suivi de l'affaire Cahuzac

Le Monde

Cahuzac a priori solidement installé au gouvernement, selon des experts

Dépêche AFP

Cahuzac : AFP ou agence TASS ?

Billet de blog de François Bonnet, directeur de la publication de Mediapart

Rémy Garnier, le "columbo" qui accuse Jérôme Cahuzac

Francetv