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Calendrier chinois, romain, grégorien... Aux origines de la mesure du temps

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Calendrier médiéval des travaux agricoles correspondant aux douze mois de l'année.
Calendrier médiéval des travaux agricoles correspondant aux douze mois de l'année.
© Getty - Musée Condé. Leemage / Corbis

Entretien. La communauté chinoise célèbre le nouvel an 4717 en ce 25 janvier, année du rat de métal. Le calendrier chinois est l'un de ceux qui continuent d'exister malgré la prééminence du calendrier grégorien, devenu universel. Jacques Gispert, auteur d'un livre sur le sujet, nous éclaire sur leurs origines.

Le calendrier que nous utilisons quotidiennement est le fruit de siècles de réflexion et d'évolution. Entre les premières tentatives de mesurer le temps et aujourd'hui, les humains ont imaginé de nombreuses façons de bâtir un calendrier : basé sur le rythme des saisons, de la Lune, du Soleil... Utilitaire pour repérer les fêtes religieuses ou les cycles de l'agriculture. Entretien avec Jacques Gispert, enseignant retraité de l'université d'Aix-Marseille, membre de l'association Andromède à l'Observatoire de Marseille, où il présente un cours d'initiation à l'astronomie et auteur du livre Le calendrier et ses mystères, publié en 2019 aux Presses universitaires de Provence.

De quand date notre calendrier ?

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Nous utilisons aujourd'hui le calendrier dit grégorien, qui est entré en vigueur à une date précise : le 15 octobre 1582. Il a été créé par le pape Grégoire XIII pour corriger le précédent, le calendrier julien, lui-même mis en place en 45 avant Jésus-Christ par Jules César. Ce calendrier réformé dérivait du calendrier romain, dont l'origine est située en 753 avant Jésus-Christ, la fondation de Rome.

Pourquoi fallait-il corriger le calendrier julien ?

La durée de l'année des saisons choisie par Jules César était de 365,25 jours exactement. Or, la durée de l'année des saisons réelle est de 365,2422 jours, donc une durée plus courte. À cause de cette inexactitude, la dérive du calendrier avait atteint 10 jours en 1582 et les fêtes se produisaient de plus en plus tôt dans la saison. Pour corriger cela, le pape a décidé de supprimer dix jours d'un coup : du jeudi 4 octobre 1582 dans le calendrier julien, nous sommes passés directement au vendredi 15 octobre 1582 dans le calendrier grégorien. 

L'erreur d'origine de Jules César était imperceptible sur une année mais elle avait donné un décalage de dix jours sur quinze siècles. Pour éviter que cette dérive ne se produise à nouveau, Grégoire XIII a conservé les années bissextiles (un jour de plus tous les quatre ans) mais il a décidé que les années séculaires ne le seraient plus, sauf si elles sont divisibles par 400 [ainsi, 1700, 1800, 1900 ne sont pas bissextiles mais les années 1600 et 2000 l'ont été, comme le sera l'an 2400].

En savoir plus : Calendrier et calcul du temps en Mésopotamie

Nous sommes aujourd'hui en l'an 2020 : qui a décidé de l'an 0 et quand ?

Il faut d'abord rappeler qu'il n'y a pas d'an 0 dans notre calendrier : nous passons directement de l'an 1 avant Jésus-Christ à l'an 1 après Jésus-Christ. C'est pour cela que le troisième millénaire n'a commencé qu'en 2001 [et que la troisième décennie du XXIe siècle ne débutera qu'en 2021]. L'origine de notre calendrier a été fixée par le moine scythe (Roumanie et Bulgarie actuelles) Denys le Petit, qui a vécu au Ve et VIe siècle de notre ère. Ce dernier a fixé la naissance du Christ de manière assez arbitraire au 25 décembre 753 AUC (Ab Urbe Condita, "à partir de la fondation de la ville" de Rome). À partir de là, il pensait être 535 ans après cette date mais il a choisi 532 à la place car ce chiffre était le produit de trois cycles très important dans le calendrier (4 pour les années bissextiles, 7 pour la semaine et 19 pour suivre la Lune afin de fixer la date de Pâques (cycle de Méton qui ramène les mêmes phases au bout de 19 ans)). Tout cela est très compliqué mais c'est ainsi que l'ère chrétienne a été fixée : 532 ans avant les travaux de Denys le Petit, et correspondant à la date supposée de la naissance du Christ. 

Lorsque Jules César établit un calendrier basé sur le mouvement du Soleil, cela signifie que de grands progrès ont été faits en astronomie ?

Les grands progrès datent de bien plus loin, de 2 000 ans avant Jésus-Christ même. Il faut se mettre à la place des gens de la Préhistoire et des débuts de l'Histoire : ils vivaient dehors essentiellement et ils regardaient les mouvements du soleil, de la Lune, des étoiles... Ils étaient attentifs à tout cela. Nous avons totalement perdu cette attention dans le monde artificiel où nous vivons. Avec ces observations simples mais répétées, ils avaient depuis longtemps compris, à peu près, le fonctionnement du Soleil. 

Pythéas, en 400 avant J.-C. à Marseille, avait très bien saisi le mouvement du Soleil et avait mesuré la latitude de Marseille. Nous disposons de tablettes d'argile qui datent de 5 000 ans où l'on trouve la définition du zodiaque, la division du cercle en 360 degrés... Donc déjà beaucoup de choses. L'astronomie était déjà bien connue, les cycles du Soleil et de la Lune à peu près bien compris. 

Les Égyptiens savaient que l'année durait environ 365,25 jours il y a 4 000 ans. La clef du succès était la durée d'observation ; ils avaient le temps, ils le prenaient. Avec un cadran solaire, on savait que l'ombre créée par le Soleil revenait au même endroit au bout d'un an mais ça n'était pas très précis.

Scènes peintes de couleurs vives et inscriptions hiéroglyphiques relatives à l'astronomie, l'astrologie, la cosmologie et le zodiaque sur un plafond du temple d'Hathor, à Dendérah, en Egypte. Epoque gréco romaine.
Scènes peintes de couleurs vives et inscriptions hiéroglyphiques relatives à l'astronomie, l'astrologie, la cosmologie et le zodiaque sur un plafond du temple d'Hathor, à Dendérah, en Egypte. Epoque gréco romaine.
© Getty - Werner Forman / Universal Images Group

Le cycle de la Lune était plus simple à mesurer et a été utilisé pour les premiers calendriers ?

Effectivement, car le cycle de la Lune est évident. On voit très bien à quel moment la Lune est pleine, à peu de choses près. Par contre, ce cycle est variable : deux lunaisons successives n'ont pas la même durée. Tout ceci a mené à tous les errements des calendriers lunaires qui, par ailleurs, sont inutilisables pour l'agriculture. La religion pouvait fonctionner dans le cadre d'un calendrier lunaire mais pas l'agriculture, basée sur l'évolution des saisons, qui est liée au Soleil. 

Dans un premier temps, on a essayé de recaler l'année en ajoutant un treizième mois mais le résultat n'était pas très probant. En comptant douze lunaisons, on arrivait à une année d'environ 354 jours, soit 11 de moins par rapport à une année réelle. Au bout de trois années lunaires, on pouvait donc ajouter un mois supplémentaire pour combler à peu près... Mais l'ajout de ce 13e mois se faisait quand le besoin s'en faisant sentir, de façon non prédictible. Or, on n'a rarement la trace de ces ajouts et donc on ne peut pas utiliser les chronologies anciennes de ces civilisations.

Connait-on la date du premier calendrier ?

Tout dépend de ce qu'on appelle calendrier. S'il s'agit d'un objet qui prévoit la durée de l'année avant qu'elle ne se produise, stable et prévisible, alors on pense au calendrier julien. En revanche, si la notion est plus vague, vous trouvez dans l'abri Blanchard en Dordogne un os gravé avec des points et des petits croissants qu'on interprète comme un calendrier lunaire. Cet objet date de 35 000 ans. Dans la Préhistoire, les Hommes faisaient déjà des recherches sur le mouvement de la Lune... On a trouvé beaucoup d'autres traces un peu partout, mais qui ne sont pas toujours faciles à interpréter.

Y'a t-il des pays qui vivent sous d'autres calendriers ?

Le calendrier grégorien, pour sa composante solaire, a été adopté par tous les pays pour des raisons pratiques, car on se rend partout en avion désormais et qu'il faut un système universel. Cela n'empêche pas certains peuples de conserver leur calendrier traditionnel : c'est le cas des Juifs avec leur calendrier lunaire, des Orthodoxes avec le calendrier julien, des Chinois ou encore des musulmans avec là aussi un calendrier lunaire. Pourtant, il y a eu des tentatives de situer le calendrier musulman par rapport aux saisons mais Mahomet a décidé qu'il serait purement lunaire ; c'est pour cela que le mois du Ramadan se décale d'environ 11 jours chaque année.

Comment fixe-t-on le nouvel an ? Le 1er janvier pour nous mais le 25 janvier chez les Chinois cette année (il tombait le 5 février en 2019 et tombera le 12 février en 2021)...

C'est tout à fait arbitraire car le cycle de l'année n'a pas de début : est-ce le printemps, l'été, l'automne ou l'hiver ? Après la Révolution française, les Républicains l'avaient situé à l'automne, le jour de l'équinoxe (lorsque la durée du jour et de la nuit est égal). 

En fonction des époques et des civilisations, cette date a beaucoup changé. 

En Chine, le calendrier débute à la nouvelle Lune et on ajoute un 13e mois quand il le faut pour rattraper le Soleil, ce qui explique cette mobilité du nouvel an.

Enfin, la structure de l'année est également intéressante : d'où proviennent les noms des mois ?

Ils remontent à la fondation de Rome. À l'origine, ils étaient numérotés 1, 2, 3, 4, 5, etc. Le cinquième mois s'appelait Quintilis, le sixième Sextilis puis September, October, November et December. Et December était le dixième mois de l'année, qui ne comptait que dix mois. Mais comme cette année était beaucoup trop courte, on a été obligé d'ajouter deux mois : Januarius et Februarius. Ces deux mois ont été placés au début de l'année et ont donc décalé la série. Ce qui fait que December, dont l'étymologie signifie "dixième", a été décalé en douzième position maintenant. 

Mais par la suite, afin d'honorer Jules César pour la création du calendrier, l'Empereur Auguste a décidé de remplacer Quintilis en Julius, qui a donné juillet. Puis quelques années plus tard, le Sénat a voulu honorer Auguste pour avoir rétabli les années bissextiles tous les quatre ans, au lieu de trois. Les sénateurs ont remplacé Sextilis par Augustus, qui a donné août. Quant à janvier, février, mars, avril, mai et juin, on n'a pas de consensus parfait sur cette question car on manque de documents, mais il s'agit de mois dédiés à des divinités. 

En savoir plus : Histoire du calendrier 1/4