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Cannes 2007, au jour le jour (1/2)

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Le festival au jour le jour (1ère partie)
Le festival au jour le jour (1ère partie)

**Producteur régulier de Tout arrive ! , Antoine Guillot devient chroniqueur pour le journal de 18h durant tout le festival. ** **Retrouvez ici son billet d'humeur quotidien : sorties de projections, critiques de films, ambiance cannoise, rumeurs sur le palmarès... en images et sons. ** © RF / Hubert Cailloux Le journal du festival, en deux parties :

la 1ère partie, du 16 au 23 mai --- la 2e partie ,** du 24 au 27 mai

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Persepolis, de Marjane Strapi & Vincent Paronnaud
Persepolis, de Marjane Strapi & Vincent Paronnaud

Pesepolis, de Marjane Strapi & Vincent Paronnaud © Diaphana Films

mercredi 23 mai : PERSEPOLIS, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud

Il fallait bien que la politique finisse par s'inviter dans la bulle cannoise, qui donne l'impression au festivalier que le monde s'arrête de tourner pendant 10 jours. C'est d'abord l'annonce surprise d'un film supplémentaire dans la sélection officielle, REBELLION, qui sera projeté samedi hors compétition. Il s'agit d'un documentaire sur l'affaire Litvinenko, un film à charge contre le régime russe signé par Andreï Nekrassov, un proche de l'ancien espion assassiné à Londres. Coïncidence ? On ne sait, mais le réalisateur russe Alexandre Sokourov, qui présente demain en compétition un film tourné en Tchétchénie, a annulé sa venue à Cannes, victime d'un malaise. On attendra donc samedi pour voir ce documentaire. Mais la politique, ça a commencé ce matin avec la présentation du nouveau film du réalisateur emblématique de ce qu'on appelle les "jeunes turcs" du cinéma allemand, Fatih Hakin. DE L'AUTRE COTE parle d'allers-retours entre Hambourg et Istanbul, avec, entre autres personnes qui se croisent, une jeune militante turque d'extrême gauche qui se fait refuser le droit d'asile en Allemagne et refouler dans son pays, où l'attend la prison, au nom de ce que les négociations d'entrée de la Turquie en Europe sont garantes de la libre expression dans le pays. Dommage que le film de Fatih Hakin, Ours d'Or à Berlin en 2003 avec HEAD ON, souffre de pesanteurs scénaristiques et d'une grande faiblesse de mise en scène. Beaucoup plus réussi, l'adaptation par Marjane Satrapi, avec le réalisateur Vincent Paronnaud, de sa bande dessinée autobiographique à succès PERSEPOLIS. Sans transiger sur les partis pris formels de la bande dessinée originale, un dessin minimaliste en noir et blanc, avec de grands aplats noirs tempérés par des décors impressionnistes avec toute une gamme de gris, le film raconte avec humour, insolence et émotion l'histoire d'une jeune iranienne de la veille de la révolution de 1979 à nos jours en passant par la guerre avec l'Irak. Dénonciation du régime islamiste et de ses hypocrisies, portrait inédit et truculent des femmes iraniennes, ça n'a pas raté, l'Iran a protesté officiellement contre la sélection du film, dénonçant "un acte politique ou même anticulturel de la part du festival."

Ecoutez la chronique du 23 mai

L'homme de Londres, de Bela Tarr
L'homme de Londres, de Bela Tarr

L'homme de Londres, de Bela Tarr © DR

mercredi 23 mai : L'HOMME DE LONDRES, de Bela Tarr

Beaucoup moins politique, quoique, L'HOMME DE LONDRES est l'adaptation d'un roman de Georges Simenon par le Hongrois Bela Tarr. Un film qu'on a failli ne jamais voir, puisque son tournage sur le port de Bastia avait été interrompu en février 2005 par la mort de son producteur Humbert Balsan. Très diversement accueilli en projection de presse, avec même quelques sifflets, ce film est absolument magnifique. Peut-être le plus accessible de ce réalisateur hongrois extrêmement radical. Une histoire très simple : comme dans le film des frères Coen, un homme trouve une valise pleine d'argent, il y a un truand, un inspecteur de police. Mais par la somptuosité de la mise en scène, par de très longs, très lents plans séquence d'un envoûtant noir et blanc, Bela Tarr nous embarque dans une réflexion profonde sur le sens de l'existence et sur la culpabilité. On en est sorti paradoxalement très détendu, c'est toujours bon à prendre à ce stade du festival...

Demain, malgré son absence, présentation donc du dernier film d'Alexandre Sokourov, ALEXANDRA, et de SECRET SUNSHINE, du Coréen et ancien ministre de la Culture Lee Chang-dong. Et hors compétition, OCEAN'S THIRTEEN, dernier volet en date de la série tellement chic de Steven Soderbergh.

MISTER LONELY de Harmony Korine
MISTER LONELY de Harmony Korine

©O'South Limited, Love Streams Agnès B. Productions, Metropolitan Film Productions Limited et Fuzzy Bunny Inc.

mardi 22 mai : MISTER LONELY de Harmony Korine

Une journée américaine aujourd'hui à Cannes, qui va du Mexique au Tennessee, avec des détours en France et en Ecosse. Dans la sélection UN CERTAIN REGARD, pour commencer, MISTER LONELY, une bonne déception comme il y en a souvent à Cannes quand on attend trop un film. Harmony Korine est une icône du cinéma indépendant américain. Il avait signé le scénario de KIDS et de KEN PARK pour Larry Clark, réalisé lui-même deux longs métrages, puis disparu dans la consommation de substances illégales. On attendait donc avec autant d'impatience que de circonspection son nouveau film, qui raconte la rencontre improbable entre Michael Jackson et une Marilyn Monroe encombrée d'un mari jaloux, Charlie Chaplin, et d'une fille charmante, Shirley Temple. Le film s'avère malheureusement, comme son sujet le laissait supposer, un fatras trop volontairement poétique, malgré quelques moments de grâce.

La chronique du journal de 18h de ce mardi

BOULEVARD DE LA MORT de Quentin Tarantino
BOULEVARD DE LA MORT de Quentin Tarantino

© TFM Distribution

mardi 22 mai : BOULEVARD DE LA MORT de Quentin Tarantino

Même déception, mêlée cette fois d'énervement, pour le nouveau Tarantino, BOULEVARD DE LA MORT, hommage aux films de tueurs psychopathes des années 70, ces films d'exploitation où de superbes jeunes femmes se faisaient sauvagement assassiner par un monstre incarnant la morale conservatrice. Ce n'est pas un couteau, mais une voiture qu'utilise le tueur, mais si les scènes de poursuite sont filmées avec beaucoup de talent, ce nouveau Tarantino ennuie énormément, avec des scènes de bavardage interminables et répétitives, les passages obligés de discussion cinéphilique, et surtout il énerve avec ce procédé manipulatoire, qu'on croyait réservé au plus mauvais cinéma, qui consiste à construire un monstre tellement horrible que le spectateur jouit littéralement, c'est en tout cas ce qui s'est entendu hier en projection de presse, quand les héroïnes finissent par le massacrer. Au contraire des frères Coen et de David Fincher, Tarantino ne doute pas qu'on puisse encore arrêter le mal en utilisant ses armes...

LUMIERE SILENCIEUSE de Carlos Reygadas
LUMIERE SILENCIEUSE de Carlos Reygadas

© Bac Films

mardi 22 mai : LUMIERE SILENCIEUSE de Carlos Reygadas

Heureusement, ce Cannes 2007 maintient son excellent niveau des derniers jours. D'abord avec le troisième film du Mexicain Carlos Reygadas, qui avait présenté BATAILLE DANS LE CIEL en compétition à Cannes en 2005. A nouveau en compétition cette année, son nouveau film, LUMIERE SILENCIEUSE, nous a autant surpris que séduit. Il se passe dans une communauté religieuse du Nord du Mexique, les Mennonites, qui ont choisi de vivre comme au XVIème siècle, pour les plus conservateurs, et qui parlent un dialecte proche du néerlandais médiéval. Reygadas a abandonné ses flamboyantes figures de style baroques pour un cadre extrêmement rigoureux, avec Dreyer et Bresson en ligne de mire, et une belle histoire d'adultère baignée dans une lumière divine.

2 LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON de Julian Schnabel
2 LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON de Julian Schnabel

© Pathé Distribution

mardi 22 mai : LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON de Julian Schnabel

Et pour finir, une très heureuse surprise, l'adaptation par l'Américain Julian Schnabel, avec des acteurs français, du livre de Jean-Dominique Bauby, LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON. Le film qu'a priori on n'avait pas envie de voir, tant il risquait de tomber dans le sentimentalisme tire-larmes et la rédemption du héros par la souffrance, surtout quand on avait appris qu'il était produit par Kathleen Kennedy, la productrice de Steven Spielberg. Mais Julian Schnabel s'en tire avec brio, tant par son talent de mise en scène que par le choix, qui doit beaucoup à l'acteur Matthieu Amalric, de conserver au personnage toute sa complexité, y compris ses côtés peu glorieux. Une question de dignité et d'humanité, tout bêtement...

Demain, encore une journée chargée, beaucoup plus européenne, puisqu'on y découvrira les films du Turco-Allemand Fatih Akin, DE L'AUTRE COTE, du Hongrois Bela Tarr qui a tourné L'HOMME DE LONDRES à Bastia, et de la Franco-Iranienne Marjane Satrapi avec son très attendu PERSEPOLIS.

PARANOID PARK de Gus Van Sant
PARANOID PARK de Gus Van Sant

© RF / A. Guillot

lundi 21 mai : PARANOID PARK de Gus Van Sant

Maintenant que la célébration des 60 ans du Festival est passée, on peut commencer à se pencher sur la qualité de ce Cannes 2007, alors que nous sommes aujourd'hui très exactement à la moitié de ce marathon cinématographique. Eh bien il faut dire qu'elle s'annonce comme excellente ! Il y a eu bien sûr quelques déceptions, le Wong Kar Wai en ouverture notamment, un désastre, ou dans une moindre mesure le film de Gus Van Sant présenté ce matin, qu'on attendait avec impatience, et qui nous laisse un peu sur notre faim. Sans doute qu'on attendait trop de ce film qui revient sur le motif habituel du cinéaste palmé en 2003 avec ELEPHANT, l'adolescence, mais s'avère finalement un peu mineur dans son oeuvre. Mais à côté de ça, que de grands, de très grands films on a pu voir ici depuis mercredi dernier, alors que débarquent dans les prochains jours des poids lourds tels que Tarantino, Sokourov, Kusturica ou Bela Tarr ! Que ce soit avec les frères Coen ou David Fincher, pour les cinéastes confirmés qu'on attendait au tournant, ou avec le Roumain Cristian Mungiu, la première grande découverte de cette compétition, on a vraiment le sentiment que le festival a su réunir des oeuvres aussi exigeantes que susceptibles de toucher le grand public. Déjà trois films susceptibles de remporter la Palme d'Or à ce stade de la compétition, on n'avait pas vu ça depuis longtemps. Après le succès unanimement salué de la dernière édition de la Mostra de Venise, à tel point qu'une rumeur donnait son directeur Marco Müller bientôt nommé à Cannes, le directeur du festival Thierry Frémaux a montré qu'il tenait encore fermement, et avec talent et discernement, la barre du navire !

La chronique d'Antoine Guillot dans le Journal de 18h

IMPORT EXPORT d'Ulrich Seidl
IMPORT EXPORT d'Ulrich Seidl

© Ulrich Seidl Film Produktion

lundi 21 mai : IMPORT EXPORT d'Ulrich Seidl

A l'image du film autrichien montré aujourd'hui, IMPORT EXPORT, d'Ulrich Seidl, film magnifique, ardu et glauque qui commence par un bébé malade en Ukraine et se termine par un mouroir autrichien, les films de cette année sont d'une noirceur et d'une tristesse infinie. Partout, la mort, la maladie, la disparition et la violence règnent en maîtres. Chez les Américains David Fincher et les frères Coen, c'est l'impuissance totale à trouver une réponse à une violence implacable et presque constitutive de la société. Même violence inhérente chez le Roumain Christian Mungiu ou le Russe Andreï Zviaguintsev, une violence des rapports humains qui s'incarne dans les deux cas dans des scènes d'avortements particulièrement terrifiantes. Face à ça, peu de réponses, que ce soit dans la religion, pour Raphaël Nadjari avec TEHILIM, ou dans la compassion pour faire accepter une mort programmée, comme dans le très joli film de Kim Ki-duk, SOUFFLE. La seule réponse, ce sont peut-être ces films, tout simplement, qui arrivent à transcender des thématiques sinistres pour en faire des objets, dans le meilleur des cas, d'intense émotion artistique.

Demain, une journée chargée, avec trois films encore marqués par la mort et la maladie, pas de raison que ça ne continue pas... Le film de Quentin Tarantino, BOULEVARD DE LA MORT, l'adaptation par l'américain Julian Schnabel du livre de Jean-Dominique Bauby, LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON, et le troisième film d'un habitué de la Croisette, le Mexicain Carlos Reygadas qui revient avec LUMIERE SILENCIEUSE.

dimanche 20 mai : CHACUN SON CINEMA

On pouvait a priori en craindre le pire. Pour éviter la commémoration excessive et l'autocélébration qui avait marqué la 50ème édition il y a 10 ans, le président du Festival Gilles Jacob avait voulu axer cette 60e édition vers le renouvellement, on commence effectivement à le constater, et vers la création, en commandant un film collectif à 35 réalisateurs du monde entier, tous plus ou moins des habitués de la compétition, ceux qu'on appelle souvent péjorativement "les abonnés de Cannes". Tout à craindre donc, a priori, tant les films à sketches sont généralement inégaux, laborieux et très vite ennuyants. Eh bien il n'en est rien, bien au contraire. D'abord parce que chacun, à de rares exceptions près, a joué le jeu, en prenant la commande très au sérieux et en la rattachant à son propre univers. D'ailleurs, le premier plaisir de ce film collectif, constitué de 33 courts métrages de 3 minutes chacun, c'est que chaque segment n'est signé par son auteur qu'à la fin, de sorte que pour celui qui connaît un peu le cinéma contemporain, le jeu, très excitant, consiste à reconnaître le cinéaste caché derrière ses images. Mais au delà de ce petit jeu cinéphilique, le plaisir, et très souvent l'émotion, réside dans la manière dont chacun s'est emparé du thème imposé par Gilles Jacob, la salle de cinéma. Nostalgie chez les uns, qui revisitent ou recréent la salle de leur enfance, comme dans le magnifique segment de Hou Hsiao Hsien. Célébration des films qui les y ont marqués, avec particulièrement des hommages à Jean-Luc Godard et Robert Bresson. Captation de visages de spectateurs, avec toutes les émotions qui les traversent, avec les films bouleversants de Wim Wenders, Abbas Kiarostami et Alejandro Gonzalez Iñarritu avec son visage de spectatrice aveugle baignée dans LE MEPRIS de Godard. De bons moments de comédie aussi, comme dans le film de Lars Von Trier, qui montre le cinéaste danois réglant son compte à un spectateur particulièrement irritant à grands coups de marteau ! Et surtout, une intense et passionnante réflexion sur l'avenir du cinéma, célébré comme expérience collective sur grand écran, à l'heure de la multiplication des supports de diffusion des images. C'est à voir ce soir sur Canal +, pour ceux qui n'ont pas la chance d'être à Cannes...

Demain, un film très attendu, le dernier Gus Van Sant, PARANOID PARK, et IMPORT EXPORT, de l'Autrichien Ulrich Seidl.

La chronique d'Antoine Guillot

Javier Bardem
Javier Bardem

Javier Bardem © Paramount Pictures France

samedi 19 mai : NO COUNTRY FOR OLD MEN d'Ethan et Joel Coen

L'Amérique ne va pas bien, on en avait eu le sentiment il y a deux jours avec le ZODIAC de David Fincher et le délitement progressif d'un thriller classique, où ni la police ni la presse n'étaient plus capables d'attraper un tueur en série. Même sentiment de déliquescence dans le cinéma hollywoodien avec NO COUNTRY FOR OLD MEN des frères Coen, présenté aujourd'hui en compétition. Une histoire classique de film noir : un homme trouve une valise d'argent sur les lieux d'un carnage dans le désert du Texas, et va se retrouver poursuivi par un tueur aussi implacable qu'impassible, qu'interprète avec une retenue burlesque un Javier Bardem qui se serait fait la coiffure de Robert Bresson. Si le film commence en terrain connu, celui des frères Coen, avec ce que cela veut dire de maîtrise de la mise en scène et d'ironie potache, il est vite gagné par une langueur sinistre et fatiguée, qu'incarne le vieux sheriff joué par Tommy Lee Jones, qu'on avait jamais vu si merveilleusement las. NO COUNTRY FOR OLD MEN, ce n'est pas un pays pour les vieux, pour les vieux schémas de l'Amérique. Car quand ni le héros, ni la police ne peut rien contre l'avancée implacable de la violence, d'une force brute qui tue ses victimes à l'aide du pistolet à air comprimé qu'on utilise pour abattre le bétail, c'est tout le malaise de l'Amérique qui s'exprime, qui depuis le 11 Septembre et la guerre en Irak ne sait plus comment faire face à la violence qu'elle subit ou qu'elle exerce.

La chronique autour du film des frères Coen et de celui de Michael Moore

SICKO de Michael Moore
SICKO de Michael Moore

© TFM Distribution

samedi 19 mai : SICKO de Michael Moore

Et non seulement l'Amérique va mal, mais elle ne peut pas se soigner. C'est ce que dénonce Michael Moore dans son nouveau film-pamphlet, SICKO, qui attaque l'assurance maladie privée aux Etats-Unis. Un film bulldozer, et très efficace, mais dont on regrettera, comme toujours, qu'il avance bardé de ses certitudes, qu'assène une voix off omniprésente, et qu'il instrumentalise la souffrance au nom de sa cause, n'hésitant pas à embarquer des malades pour les faire soigner à la Havane, ce qui lui vaut une contre-attaque de l'administration Bush sous la forme d'une enquête pour avoir violé l'embargo contre Cuba. A noter que pour Michael Moore, la France est un paradis, où le système de santé socialisé est exemplaire, car les gens n'hésitent pas à descendre dans la rue pour le défendre.

Demain, projection du film anniversaire des 60 ans du Festival, CHACUN SON CINEMA, signé par 35 réalisateurs du monde entier, et du film israélien du Marseillais Raphaël Nadjari, TEHILIM.

L'AVOCAT DE LA TERREUR de Barbet Schroeder
L'AVOCAT DE LA TERREUR de Barbet Schroeder

© les Films du Losange

vendredi 18 mai : L'AVOCAT DE LA TERREUR de Barbet Schroeder

Ce n'est pas toujours la compétition qui crée l'événement à Cannes. Aujourd'hui, c'est dans les sélections parallèles qu'on trouve deux films aussi passionnants que dérangeants, deux films français qui, chacun à leur manière, questionnent le présent à partir de l'Histoire avec les armes du cinéma. En particulier par une utilisation dialectique du montage, du champ/contrechamp pour soulever des questions, et non apporter des réponses comme un Michael Moore dont le nouveau brûlot, SICKO, est présenté demain sur la Croisette. Le premier, dans la section Un Certain Regard, est signé Barbet Schroeder, ça s'appelle L'AVOCAT DE LA TERREUR, un documentaire qui dresse le portrait contradictoire et passionnant du célèbre et controversé Jacques Vergès, l'avocat de Klaus Barbie, Slobodan Milosevic et autres de sinistre mémoire. Mais ce qui intéresse Barbet Schroeder, comme dans son premier documentaire, GENERAL IDI AMIN DADA, c'est de ramener le monstre, le " salaud " comme Vergès s'appelle lui-même, à sa dimension humaine, trop humaine. Avec ce film, Schroeder éclaire 50 ans d'Histoire secrète de la lutte anticoloniale et du terrorisme international par des histoires d'êtres humains, dans toute leur médiocrité et leur romantisme amoureux. Ca pourrait s'appeler la QUESTION HUMAINE...

La chronique festival de Cannes du journal de 18h

QUESTION HUMAINE de Nicolas Klotz
QUESTION HUMAINE de Nicolas Klotz

© Sophie Dulac Distribution

vendredi 18 mai : QUESTION HUMAINE de Nicolas Klotz

... la QUESTION HUMAINE, le titre justement d'un autre film tout aussi passionnant, celui de Nicolas Klotz présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Adapté du livre éponyme de François Emmanuel, le film fait résonner, sans pour autant établir une équivalence, la technicité de l'entreprise libérale d'aujourd'hui, son langage en particulier, avec la machine de mort nazie. Une proposition qui soulèvera, c'est à prévoir, son lot de polémique, mais dont Nicolas Klotz se tire avec brio, grâce notamment à l'interprétation tourmentée de Matthieu Amalric, un des acteurs phares de cette année à Cannes.

Demain, outre le film hors compétition de Michael Moore, ce sera la journée des frères Coen, avec NO COUNTRY FOR OLD MEN, et de l'inégal Coréen Kim Ki-duk avec SOUFFLE.

ZODIAC de David Fincher
ZODIAC de David Fincher

© Sophie Dulac Distribution

jeudi 17 mai : ZODIAC de David Fincher

Après le faux départ d'hier soir et le très décevant film de Wong Kar Wai, voici un premier jour qui nous donne ce qu'on attend d'un festival comme Cannes, à la fois des auteurs reconnus au mieux de leur forme, et des découvertes de nouveaux talents prometteurs.

Côté américain, c'était ce matin un poids lourd très attendu, David Fincher, qui revient à nouveau avec un thriller et un tueur en série, le célèbre ZODIAC, qui a réellement sévi dans la région de San Francisco à la fin des années 60. Mais au contraire de SEVEN, où un David Fincher un rien roublard manipulait le spectateur tout en réinventant les règles du genre, le réalisateur propose avec ZODIAC un film faussement classique, qui suit l'enquête parallèle de policiers et de journalistes, et joue sur la déception du spectateur au fur et à mesure que l'enquête s'enlise dans les fausses pistes, et que le film se délite avec elle. L'Inspecteur Harry, dans son premier opus inspiré de l'affaire du Zodiac, trouvait le méchant et lui réglait son compte d'une balle dans la peau. Pas si simple dans la réalité, et dans le cinéma d'auteur américain tel qu'il se pratique aujourd'hui. Pas étonnant de ce fait que le film, qui sort aujourd'hui sur les écrans français, ait reçu un accueil plus que mitigé du public américain.

La chronique d'Antoine Guillot dans le Journal de 18h

4 MOIS, 3 SEMAINES & 2 JOURS de Cristian Mungiu
4 MOIS, 3 SEMAINES & 2 JOURS de Cristian Mungiu

© Bac Film

jeudi 17 mai : 4 MOIS, 3 SEMAINES & 2 JOURS de Cristian Mungiu

Cristian Mungiu, retenez ce nom, c'est la première révélation de ce festival, même si son premier film, OCCIDENT, avait été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2002. 4 MOIS, 3 SEMAINES & 2 JOURS, est le premier volet d'une série, HISTOIRE DE L'AGE D'OR, qui veut répondre à la nostalgie du communisme qui sévit aujourd'hui en Roumanie. On est en 1987, sous Ceaucescu, une étudiante doit subir un avortement clandestin, sa copine l'aide. A partir de là, Cristian Mungiu dresse un portrait terrifiant de la Roumanie communiste, où la bureaucratie médiocre et tatillonne et la brutalité des rapports de force ont contaminé la société dans son entier, le tout avec une mise en scène frontale d'un extrême raffinement, où chaque scène se compose d'un unique plan séquence. Si on rajoute une actrice merveilleuse et habitée, Anamaria Marinca, qu'on verra bientôt chez Coppola, on voudrait d'ores et déjà voir le film figurer au Palmarès, ne serait-ce que parce qu'il affirme haut et fort la renaissance du cinéma d'Europe de l'Est, longtemps sinistré.

Demain, le premier film français en compétition, LES CHANSONS D'AMOUR de Christophe Honoré, et un autre film d'Europe de l'Est, très attendu, LE BANISSEMENT, du Russe Andreï Zviaguintsev.

 mercredi 16 mai 2007: ouverture du festival
mercredi 16 mai 2007: ouverture du festival

© RF / A. Guillot

mercredi 16 mai : ouverture du festival ce soir

Sans doute échaudés par la démesure commémorative et médiatique d'il y a 10 ans, pour le cinquantième anniversaire, les organisateurs du Festival de Cannes ont choisi de tourner résolument cette soixantième édition vers la création et le renouvellement. La création, avec la présentation dimanche de CHACUN SON CINEMA, un film collectif commandé par le Festival à 33 réalisateurs, la crème du cinéma mondial. Voilà pour la célébration des 60 ans.

Le renouvellement, puisque, sur 22 films présentés en compétition, seuls 9 réalisateurs ont déjà connu les honneurs des marches du Palais, dont, certes, un quarteron de déjà palmés, Tarantino, Gus van Sant, les frères Coen et Kusturica.

Mais très peu de ceux qu'on appelait les abonnés du Festival. A leur place, une alléchante nouvelle génération de réalisateurs, déjà repérés ailleurs, pour des oeuvres dont a priori les thèmes marquants semblent être le deuil et les soubresauts du monde.

Les Français en compétition auront fort à faire pour s'imposer dans le palmarès, alors que le Festival célèbre les 20 ans de la dernière Palme d'Or hexagonale, avec un hommage rendu à Maurice Pialat. Mais tous les espoirs sont permis, puisque, outre les bien français Catherine Breillat et Christophe Honoré, ce sont la franco-iranienne Marjane Satrapi et l'américain Julian Schnabel qui défendront le cinéma national.

Résultat des courses le dimanche 27 mai, jour de remise du palmarès par le Président du Jury, Stephen Frears...

Première chronique cannoise de cette 60e édition

MY BLUEBERRY NIGHTS de Wong Kar Wai
MY BLUEBERRY NIGHTS de Wong Kar Wai

© Studio Canal

mercredi 16 mai : MY BLUEBERRY NIGHTS de Wong Kar Wai

Grosse déception pour cette première équipée nord-américaine de l'Hongkongais Wong Kar Wai. Une déception à la hauteur du plaisir qu'on avait eu à voir IN THE MOOD FOR LOVE ou 2046, pour ne parler que de ses derniers films présentés à Cannes. On a l'impression, avec MY BLUEBERRY NIGHTS, d'un cinéma qui tourne à vide, abusant de figures de style qui nous avaient tant plu auparavant, c'est presque une autoparodie, à l'image de cette reprise à l'harmonica du célèbre thème de IN THE MOOD FOR LOVE. Le film, sous la forme archi balisée du road-movie, nous fait suivre le parcours d'une jeune femme qui a bien du mal à se remettre d'une rupture, et prendra de nombreux détours pour retrouver l'amour. Le ratage est sans doute principalement dû à l'absence de maîtrise de l'anglais par le réalisateur, d'où son incapacité à diriger des comédiens qui, de Norah Jones à Natalie Portman en passant par Jude Law, semblent perpétuellement en roue libre. Simple accident de parcours, on l'espère, pour celui qui est quand même un des plus grands cinéastes contemporains.

Effectivement ce ratage n'augure en rien de la qualité de cette 60ème compétition, plutôt très alléchante sur le papier. Mais il dit bien ce qu'est le cinéma aujourd'hui, et en particulier la difficulté de donner une identité nationale à un film. Comme MY BLUEBERRY NIGHTS, tourné aux Etats-Unis, en anglais, par un réalisateur hongkongais et financé par un Français, StudioCanal, les films de cette année se répartissent en 3 grands pôles. Les Etats-Unis d'abord, 5 films en compétition, signés par de grandes pointures cannoises comme Tarantino, Gus Van Sant ou les frères Coen. Un pôle asiatique, toujours très vivant, avec notamment 2 films coréens. Et puis un pôle européen, est européen précisément, avec des films roumains, russes, hongrois, serbes, qui signent la renaissance d'un cinéma longtemps sinistré. Et puis il y a la France, et c'est là que ça se complique. Outre qu'elle coproduit la grande majorité des films non américains, toutes sélections confondues, elle est représentée en compétition par 2 cinéastes bien français, Catherine Breillat et Christophe Honoré, mais aussi par une Franco-Iranienne, Marjane Satrapi, pour son dessin animé PERSEPOLIS, et par l'Américain Julian Schnabel, qui adapte LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON. Si on ajoute que le film israélien TEHILIM est signé par un Marseillais, Raphaël Nadjari, tous les espoirs sont permis pour une Palme d'Or hexagonale, 20 ans après la dernière, celle emportée par Maurice Pialat pour SOUS LE SOLEIL DE SATAN...

Demain, un Américain, et un gros, David Fincher et son thriller ZODIAC, et un Roumain, Cristian Mungiu pour 4 MOIS, 3 SEMAINES ET 2 JOURS.

La déception d'Antoine Guillot après la projection du film de Wong Kar Wai, président du jury de l'an dernier