Publicité

Cannes 2012 pour les Nuls

La sélection officielle du 65e Festival de Cannes

Cannes 2012
Cannes 2012

Cannes c’est dans trois semaines. Le 19 avril, le duo de choc Frémeaux-Jacob mettait fin au suspense en annonçant à un parterre de journalistes agités la liste des 22 films retenus pour la prestigieuse compétition. Une sélection où figure, comme d’habitude, un savant mélange de grosses pointures et de surprises. Après une décevante première impression de « on prend les mêmes et on recommence », on finit malgré tout par s’emballer pour le prochain Haneke (Amour), le dernier Cronenberg (Cosmopolis) ou le nouvel Audiard (De rouille et d’os). Et à côté des familiers de la Croisette, on s’enthousiasme déjà pour les films très attendus d’un John Hillcoat, d’un Leos Carax, d’un Jeff Nichols ou encore d’un Cristian Mungiu. Petit tour d’horizon des prétendants au trône du Palais des festivals…

Publicité

Moonrise Kingdom de Wes Anderson 
Wes Anderson, c’est Bottle Rocket, Rushmore, La Famille Tenenbaum, La Vie aquatique, Darjeeling Limited et Fantastic Mr. Fox. A Cannes, il présentera Moonrise Kingdom soit l’histoire de deux gamins amoureux qui fuient ensemble, et d’une ville entière qui se mobilise pour les retrouver. Loufoque, romantique et certainement très beau. Et un casting de rêve : Bill Murray, Edward Norton, Frances McDormand, Bruce Willis.

De Rouille et d’os de Jacques Audiard 
Cela fait déjà bien longtemps que Jacques Audiard a cessé d’être le simple « fils de » Michel. A 60 ans, Jacques Audiard s’impose comme l’une des figures les plus éclatantes du cinéma français contemporain. De son Héros très discret à son Prophète en passant par Sur mes lèvres ou De battre mon cœur s’est arrêté, Audiard louvoie entre les genres (polar, film noir, drame, voyage initiatique) pour délivrer une partition parfaite. Trois ans après Un prophète, récompensé à Cannes par le Grand Prix du jury, Jacques Audiard réintègre les rangs prestigieux de la compétition avec De Rouille et d’os, adapté du recueil de nouvelles de l’écrivain canadien Craig Davidson, Un goût de rouille et d’os. L’histoire, c’est celle d’une rencontre singulière entre Ali, jeune père fauché et paumé, et Stéphanie, dresseuse d’orques, jeune femme pleine d’assurance qui se retrouve en fauteuil après un accident, privée de ses deux jambes. Côté casting, on retrouve Matthias Schoenaerts et Marion Cotillard.

Holy Motors de Leos Carax 
Alexandre Oscar Dupont, dit Leos Carax. Réalisateur d’une époque – la fin des années 1980 et les années 1990 – rongée par la chômage, le sida, le désenchantement et la fin des idéaux, sa réputation le précède. A son actif : Les Amants du Pont-Neuf, Pola X ou encore Merde, l’un des segments de l’oeuvre collective Tokyo ! On ne l'a pas vu à Cannes depuis 1999 et son Holy Motors sonne comme une résurrection. Soit quelques heures dans la vie de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie : grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille… Pour changer, c’est l’alter ego de Carax, Denis Lavant, qui incarne le bonhomme aux côtés de Edith Scob (Où va la nuit et Un baiser papillon), Eva Mendes, Michel Piccoli et Kylie Minogue…

Cosmopolis de David Cronenberg 
David Cronenberg, réalisateur de Vidéodrome, Le Festin nu, Crash, Les Promesses de l’ombre ou plus récemment A Dangerous Methode s'attaque une nouvelle fois à la littérature anglo-saxonne. Après Le Festin nu (d’après William Burroughs), Crash (d’après J. G. Ballard), Dead Zone (d’après Stephen King) ou M Butterfly (d’après David Henry Hwang). On imagine bien que pour toucher au Cosmopolis de Don DeLillo, chef-d’œuvre psychanalytique et philosophique de l’écrivain new-yorkais sur la déliquescence du capitalisme. Un casting étonnant : Robert Pattinson, vampire en plastique de Twilight.

The Paperboy de Lee Daniels Producteur d’A l’ombre de la haine avec Halle Berry ou de The Woodsman, Lee Daniels fait parler de lui à Cannes en 2009 avec Precious, pamphlet ténébreux d’une Amérique miséreuse qui persiste à s’imaginer « belle ». C'est sa première fois en compétition à Cannes et son Paperboy s’annonce comme un thriller érotique et sulfureux. Quelque chose entre Chinatown et La Fièvre au corps de Lawrence Kasdan. Dans les années 1960, deux frères journalistes (Matthew McConaughey et Zac Efron) enquêtent à la demande d’une mystérieuse femme, Charlotte (Nicole Kidman), sur un condamné à mort (John Cusack) accusé d’avoir éventré le shérif local quatre ans plus tôt.

Killing Them Softly d’Andrew Dominik 
Andrew Dominik est un cinéaste qui aime prendre son temps. Un premier long-métrage en 2000, Chopper, portrait drôle et brutal du légendaire criminel australien Chopper Read puis une ahurissante fresque psychologique : L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford avec Brad Pitt et Casey Affleck. Andrew Dominik retrouve de nouveau Brad Pitt pour son dernier long-métrage Killing them Softly, adapté du roman Cogan’s Trade de George V. Higgins. Au cœur d’un Boston criminel, l’acteur y jouera les tueurs à gages, chargé par un truand d’enquêter sur un vol qui s’est déroulé lors d’un tournoi de poker organisé par la mafia. Reality de Matteo Garrone 
Matteo Garrone, c’est L’Etrange Monsieur Peppino, une fable noire sur le thème de La Belle et la Bête qui remporte un vif succès en 2002 dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs. C’est aussi le chef opérateur de Moretti pour Le Caïman. C’est également un Premier amour qui lui vaut en 2005 un Ours d’argent de la Meilleure musique au Festival de Berlin. Mais c’est surtout Gomorra, pour lequel Matteo Garrone reçoit le Grand Prix au Festival de Cannes 2008. Une plongée saisissante au cœur de la Camorra, la toute-puissante mafia napolitaine, inspirée du livre-enquête éponyme de Roberto Saviano. Avec Reality, Matteo Garrone se penchera sur un autre monde, mais tout aussi ancré dans le quotidien de l’Italie populaire, celui de la téléréalité. L'histoire d’un patron de poissonnerie qui, totalement fasciné par le jeu, décide de calquer sa vie sur celle de ses participants.

Amour de Michael Haneke 
Michael Haneke, c’est Funny Games et son remake US, La Pianiste, Caché et la Palme d’or 2007 Le Ruban blanc, l’histoire d’un village de l’Allemagne du nord à la veille de la Première Guerre mondiale, dans lequel le narrateur fut instituteur dans sa jeunesse. Dans son nouveau film, sobrement intitulé Amour : Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert sont réunis pour conter l’histoire de deux octogénaires, Georges et Anne, professeurs de musique à la retraite dont la vie va basculer le jour où Anne est victime d’un accident… Lawless de John Hillcoat 
John Hillcoat, c’est ce réalisateur australien qui, en 2009, avait magistralement su donner vie à l’apocalypse de Cormac McCarthy, La Route, avec Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee. 
Lawless, c’est l’histoire vraie de Jack, Forrest et Howard Bondurant, respectivement interprétés par Shia LaBeouf, Tom Hardy et Jason Clarke. Trois frères qui, pendant la Grande Dépression, décident de faire fortune dans la contrebande d’alcool. Mais arrive le temps de la prohibition qui risque de mettre en péril le bon déroulement de leurs petites affaires. Il va falloir rendre des comptes… In Another Country de Hong Sang-soo 
Hong Sang-soo aime l’art et la France. Ses films reflètent ses goûts, puisqu’on y croise des écrivains ratés (Le Jour où le cochon est tombé dans le puits), des comédiens amoureux (Turning Gate), des peintres exilés à Paris (Night and Day), des cinéastes d’art et essai en mal d’inspiration (Woman on the Beach, Les Femmes de mes amis, Hahaha). Le plus européen des cinéastes asiatiques revient avec In Another Country, toujours inspiré par la création artistique : cette fois, une jeune femme écrit un scénario qui met en scène trois fois le même personnage, incarné par Isabelle Huppert. The Taste of Money de Im Sang-soo 
Dans chacun de ses films, Im Sang-soo ausculte la société coréenne, sous un angle directement politique (Le Vieux Jardin, The President’s Last Bang) ou de manière plus souterraine, pénétrant la sphère de l’intime et de la sexualité (Girls Night Out, Une femme coréenne, et le génial remake de La Servante, The Housemaid). Im Sang-soo poursuit son travail de décryptage d’une société corrompue et pervertie. Comme dans The Housemaid, The Taste of Money confronte une famille de puissants à un individu ordinaire, qui devra choisir entre son intégrité et sa soif de pouvoir.

Like Someone in Love de Abbas Kiarostami 
Abbas Kiarostami, c’est quarante ans de films, courts et longs. On lui doit quelques œuvres magnifiques, notamment Le Goût de la cerise, Copie conforme et La Trilogie de Koker (Où est la maison de mon ami ?, Et la vie continue, Au travers des oliviers). Le ttre de son nouveau film Like Someone in Love fait référence à un standard d’Ella Fitzgerald et raconte l’histoire d’Akiko, étudiante japonaise qui se prostitue pour payer ses études. Elle fait la rencontre d’un vieil universitaire érudit et va nouer avec lui une relation singulière.

La Part des anges de Ken Loach 
Ken Loach. Un fidèle de Cannes… 1990 : prix du Jury pour Secret Défense. 1993 : prix du Jury pour Raining Stones. 2006 : Palme d’or pour Le vent se lève. 27e film du monsieur, La Part des anges conte l’histoire d’un jeune père de famille (Paul Brannigan) qui, après avoir échappé à une peine de prison, décide d’ouvrir une distillerie de whisky avec l’aide d’un travailleur social.

Dans la brume de Sergei Loznitsa 
Sergei Loznitsa a signé de nombreux films traitant de son pays, la Russie, dont le multirécompensé Today we are Going to Build a House, avant de présenter au Festival de Cannes en 2010 son premier film de fiction, My Joy. Son nouveau, Dans la brume, attaque cette fois de front l’histoire russe : en Biélorussie en 1942, un employé des chemins de fer est accusé de collaboration et deux résistants sont envoyés pour le tuer. Un pendant minimaliste au terrifiant Requiem pour un massacre d’Elem Klimov ? Derrière les collines de Cristian Mungiu 
Cristian Mungiu, c’est la Palme d’or 2007 (et un prix de l’Education nationale dans la foulée) : 4 mois, 3 semaines, 2 jours, chronique d’un avortement illégal dans la Roumanie de la fin des années 1980. On ne sait pas grand-chose de Derrière les collines, si ce n’est que Cristian Mungiu livre une nouvelle fois une histoire de femme sur fond d’exorcisme et d’enquête policière. Celle d’Alina, une jeune femme qui rentre au pays après avoir vécu en Allemagne, retrouve son amie d’enfance qui vit dans un monastère orthodoxe et lui demande de repartir avec elle. Après la bataille de Yousry Nasrallah 
Assistant de Youssef Chahine (Gare centrale) au début de sa carrière, Yousry Nasrallah offre un cinéma militant, toujours libre, parfois sauvage. Entre documentaires (A propos des garçons, des filles et du voile) et fictions (Femmes du Caire), Nasrallah interroge la société de son pays, et celles du monde par la même occasion, sur la jeunesse égyptienne, la condition féminine, l’homosexualité, la religion, la politique. Les événements de la place Tahrir, sont à l'origine de son nouveau film. Après la bataille s’inspire plus particulièrement de l’épisode survenu le 2 février 2011, jour où des cavaliers juchés sur des chameaux et des chevaux ont chargé la foule, cravachant les manifestants. Des images qui ont fait le tour du monde. Et des images sur lesquelles Yousry Nasrallah a souhaité nous interroger.

Mud de Jeff Nichols 
C’est déjà au Festival de Cannes que Jeff Nichols doit sa renommée grandissante : en 2011, il y présentait à la Semaine de la critique son deuxième film, Take Shelter. Le film faisait l’unanimité et remportait le Grand Prix de la Semaine internationale de la critique. En compétition cette année avec Mud, Nichols conte l’histoire d’un mystérieux fugitif réfugié sur une île du Mississippi et de sa rencontre avec deux adolescents. Avec Matthew McConaughey, Reese Witherspoon et Tye Sheridan, déjà fils de Brad Pitt dans The Tree of Life de Terrence Malick.

Vous n’avez encore rien vu de Alain Resnais 
Alain Resnais… c’est Nuit et brouillard, Hiroshima mon amour, Providence, Smoking, No Smoking ou plus récemment On connaît la chanson et Les Herbes folles. Alors qu’il fêtera ses 80 printemps quelques jours après le palmarès cannois, Resnais annonce la couleur avec un titre de film explicite : Vous n’avez encore rien vu, adaptation d'Eurydice de Jean Anouilh avec Sabine Azéma, Anne Consigny, Pierre Arditi, Lambert Wilson, Mathieu Amalric, Michel Piccoli, Denis Podalydès, Anny Duperey…

Post tenebras lux de Carlos Reygadas 
En seulement trois films depuis 2002 (Japón, Batalla en el cielo et Lumière silencieuse), Carlos Reygadas s’est imposé comme l’un des metteurs en scène phares du cinéma mexicain. De Post tenebras lux, on sait peu de choses. Si ce n’est que la foi semble toujours présente : le titre est extrait du Livre de Job et signifie « Après les ténèbres, la lumière ».

Sur la route de Walter Salles 
Quasi inexistant depuis le début des années 1980, le cinéma brésilien retrouve ses lettres de noblesse en 1991, lorsque Walter Salles signe son premier film, A grande arte. Il enchaîne ensuite avec Terre lointaine et surtout Central do Brasil, qui bénéficie d’une reconnaissance internationale. Comme son titre l’indique, Sur la route est l’adaptation du roman de Jack Kerouac. Sam Riley en Sal Paradise, acteur à fleur de peau révélé dans Control d’Anton Corbijn. Paradis : Amour de Ulrich Seidl 
En 2007, Ulrich Seidl était déjà présent à Cannes avec Import export, dans lequel il dénonçait le commerce des corps. Seidl entame avec Paradis : Amour une trilogie consacrée à la sexualité en Autriche. Ce premier épisode suit le parcours de trois femmes de la même famille qui vivent différemment leur épanouissement amoureux.

The Hunt de Thomas Vinterberg 
Qui dit Thomas Vinterberg dit Festen bien sûr, récompensé à Cannes du prix du Jury en 1998, l’histoire de cette inoubliable et ahurissante réunion de famille à l’atmosphère abrasive, LE film étendard de l’école du Dogme, dont Vinterberg était l’un des fondateurs en 1995 avec Lars von Trier, Kristian Levring et Søren Kragh-Jacobsen. Et ce n’est pas encore cette année que les dépressifs pourront aller au bout d’un Vinterberg. Décidément très inspiré par la maltraitance sexuelle, le cinéaste danois viendra présenter aux festivaliers sa toute dernière histoire drôle, The Hunt : un quadragénaire installé dans une gentille petite ville de province commence tout juste à reprendre pied après un divorce douloureux, lorsqu’on l’accuse d’avoir abusé d’une fillette de 5 ans. > Suivez le Festival de Cannes 2012 sur Grand-Ecart.fr