Carl Jung, pionnier du développement personnel

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Carl Jung, pionnier du développement personnel

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Bien avant de devenir un business pour influenceurs, le développement personnel a été théorisé par Carl Jung. Avec la psychologie analytique, le psychiatre suisse voulait aider ses patients à tendre vers l'accomplissement de soi.

Avant de devenir un discours parfois superficiel pour les influenceurs “bien-être”, le développement personnel a été théorisé par un éminent psychiatre suisse : Carl Jung. 

Disciple de Freud, il s’est éloigné de sa théorie psychanalytique et a inventé la psychologie analytique, comme moyen d’arriver à la connaissance de soi.

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Carl Gustav Jung naît en Suisse en 1875, dans une famille religieuse, qui pratique le spiritisme. Après des études de médecine, il se tourne vers la psychiatrie et consacre une thèse aux phénomènes occultes et aux médiums.

Il se passionne pour l’interprétation des rêves et les travaux de Freud, de 19 ans son aîné. Les deux hommes commencent à nouer une amitié intellectuelle riche.

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Frédéric Lenoir, philosophe : "Jung va se rendre compte par rapport à son expérience intérieure que l’inconscient n’est pas simplement un lieu dans lequel il y a des refoulements, c’est aussi un lieu qui nous donne des messages, par exemple les rêves prémonitoires. Nous pouvons avoir par nos rêves des indications pour grandir, pour nous accomplir. Il va comprendre que la psychothérapie c’est à la fois un travail de guérison des blessures du passé mais c’est aussi un outil de connaissance de soi. Il s’inscrit dans la tradition socratique du “connais-toi toi-même”, c’est-à-dire de l’introspection."

L'âge de l'inconscient collectif

Jung fonde le Club psychologique de Zurich, dans lequel il promeut ses théories. À partir de ses observations sur des milliers de patients,
le psychiatre dresse des profils psychologiques : il invente la classification extravertis et introvertis. Il développe des notions qui font date : “inconscient collectif” et “archétype”.

Frédéric Lenoir : "Il y a des symboles, dans les rêves notamment, qui nous relient à toute l'histoire de l'humanité. Il se demande pourquoi des patients qui n’ont jamais quitté leur village font des rêves mythologiques sur la religion de mithra ou la mythologie grecque. Il découvre que nous avons un inconscient collectif qui nous relie à l’humanité et à l’intérieur de cet inconscient des archétypes, c'est-à-dire des symboles universels. C'est une des plus grandes découvertes de Jung."

Mais si Jung adhère au fondement de la psychanalyse freudienne, il se heurte aussi à la rigidité et au mépris de Freud et finit par s’en éloigner.

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Frédéric Lenoir : "Après vont venir des divergences, sur la notion de libido. Freud pensait que la libido, cet élan vital était essentiellement lié à la sexualité et Jung dira non. Le besoin de sens par exemple, de spiritualité, ça fait partie de la libido, ce n’est pas de la sexualité."

Bien qu’il soit athée, Jung veut analyser le phénomène religieux et comprendre pourquoi les hommes ont besoin de sacré et de mythologie.

Frédéric Lenoir : "Il a analysé qu’il y avait pour lui une dimension religieuse de la psyché. Il dit qu’il y a dans l'âme humaine une capacité de rencontrer le divin, quel que soit ensuite le nom qu’on va lui donner dans les différentes cultures. Pour Freud, l'expérience religieuse est une expérience pathologique qui relève de la névrose ou de la psychose alors que pour Jung, l'expérience religieuse est authentique." 

Lorsque les nazis arrivent au pouvoir, Jung est d’abord complaisant. Il salue la volonté du parti de faire renaître l’âme allemande, en misant sur le folklore romantique du XIXe siècle et les symboles néo-païens. Mais il change d’avis rapidement et alerte sur les dangers de l’idéologie qui est à l'œuvre dans un ouvrage qu'il publie en 1936.

Un pont entre Occident et Orient

Il est l’un des premiers Occidentaux à s’intéresser en profondeur aux spiritualités orientales et à les faire découvrir en Europe. Il préface et commente les grands ouvrages millénaires : le Yi Jing chinois, le livre des morts tibétain, ou les traités plus récents de Suzuki sur le Zen.

Après sa mort en 1961, la contre-culture américaine en quête d'orientalisme et de spiritualité se réapproprie les théories de Jung sur l’accomplissement de l’individu, en faisant un discours ésotérique et spirituel confus : le New Age.

Frédéric Lenoir : "Jung aurait été très critique. Il nous dit que ce qu’il appelle le processus d’individuation, c'est-à-dire la capacité de s’accomplir comme individu unique, singulier, c’est un travail extrêmement exigeant. Il faut faire analyser ces rêves, il faut faire dialoguer son inconscient et son conscient. Ce ne sont pas des recettes qu’on peut enseigner en trois leçons en disant ça va changer votre vie. C’est un travail qui mérite d’être accompagné, peut-être par un thérapeute dans le cadre d’une psychothérapie jungienne. Donc on est très loin des stages de développement personnel d’aujourd’hui."

Le développement personnel a envahi nos vies modernes : livres, tutoriels sur Youtube, stages payants, discours managériaux dans les entreprises, etc. C’est aussi un business florissant et une industrie qui représenterait 13,2 milliards de dollars, rien qu’aux Etats-Unis, en 2022.

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