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Cartes de campagne 2/5 : l'engagement militaire des Etats-Unis

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Carte. Quelle est la vision du monde de celui ou celle qui aura entre les mains les codes nucléaires de la première puissance militaire mondiale ? Interventionnisme, isolationnisme, multilatéralisme... 2 cartes pour faire le point sur l'intervention militaire américaine, enjeu majeur de la campagne.

"Ce n'est pas parce qu'on a le meilleur marteau que chaque problème est un clou". Barack Obama, été 2014

Prenant les rênes de la coalition contre le groupe "Etat islamique" en Syrie et en Irak en septembre 2014, le président américain ne cesse d'invoquer un "no boots on the ground" depuis le retrait irakien, tout en compensant ce sol vidé de ses bottes par des attaques aériennes exponentielles de drones (Pakistan, Afghanistan, Yemen, Somalie...) L'"Obamamambo" géopolitique semble faire un pas en avant, un pas en arrière... de quoi brouiller les cartes des candidats démocrates et républicains lors de cette campagne, alors que le Moyen-Orient s'enflamme et que l'administration Obama vient de décider de renforcer ses bataillons aux abords de l'Ukraine (4.500 hommes de plus) et de quadrupler son budget militaire face à la menace russe en Europe (3,4 milliards de dollars).

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"Boots on the ground" : où sont les 1.150.000 militaires américains actifs dans le monde ?

Passez sur les pays pour obtenir des précisions sur les effectifs de chaque corps (Armée de l'air, Armée de terre, Marine et infanterie de "marines"). La zone en bleu foncé appartient au "CENTCOM", "aire de responsabilité" des Etats-Unis, où les effectifs par pays ne sont pas communiqués.

Source : Ministère de la défense américain, "Defense Manpower data Center", dernières données diffusées le 19 novembre 2015, chiffres au 30 septembre 2015

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Forte de sa légitimité d'ancienne responsable de la diplomatie américaine (2009 - 2013), Hillary Clinton se lance dans un droit d'inventaire délicat face à la politique de Barack Obama au Moyen-Orient. Sa réclamation d'une zone d'exclusion aérienne en Syrie et d'une intervention plus musclée a justifié pour le président un rare rappel à l'ordre lors d'une conférence de presse (écoutez l'analyse qu'en faisait en octobre dernier Frédéric Carbonne, correspondant de Radio France à Washington). Dans son discours de politique étrangère prononcé à l'université Standford ce 23 mars, l'ancienne secrétaire d'Etat a prôné un multilatéralisme interventionniste mené par les Etats-Unis. Selon elle, seules des "alliances globales" peuvent mettre fin au terrorisme. Soit plus de partenariats, plus d'efforts communs, mais aussi plus de bombardements, plus d'équipements des forces d'opposition kurde et arabe. En somme plus de "mondialisme", dans une lutte "globale contre une menace globale", dont le leader doit rester les Etats-Unis. Bernie Sanders se situe globalement sur la même ligne prônant une coalition mondiale, mais en insistant davantage sur le nécessaire soutien des pays musulmans, et en étant moins convaincu par un interventionnisme militaire à tous crins (jugé "contre-productif" et "dispendieux").

Face à ce multilatéralisme emmené par la première puissance, côté républicain, les positions idéologique sont moins évidentes à cerner. Donald Trump minimise l'importance de l'OTAN, jugée "dépassée", veut se concentrer sur les intérêts immédiats des Etats-Unis, réduire des dépenses qui lui semblent démesurées, et renvoyer l'Europe, le Japon ou l'Arabie saoudite à leurs responsabilités dans leur environnement proche :

"Les Etats-Unis n'ont pas vocation à se mêler de tout" aime à répéter Donald Trump.

Le favori de l'investiture républicaine assure en même temps qu'il faut retrouver la splendeur perdue d'une Amérique en déclin, et bombarder ardemment l'Irak et la Syrie. Même les deux longs entretiens consacrés à la politique étrangère accordés au Washington Post le 21 mars et au New York Times le 26 mars ne permettent pas de poser les bases d'une pensée cohérente sur la place des Etats-Unis dans le monde. Demeure l'insistance sur le coût des bases militaires à l'étranger, les "centaines de milliards" de dollars de trop dépensés pour assurer la sécurité d'autres nations censées être "plus riches" (Corée du Sud, Japon...).

Où sont situées les 587 principales bases militaires américaines à l'étranger ?

Passez sur les bulles pour obtenir des précisions sur le nombre de sites de chaque lieu, circulez dans la carte, zoomez et dézoomez avec le bouton +/- :

Source : Ministère de la défense américain, "Base structure report 2015" (PDF), ne localisant que les bases de plus de 4 hectares et d'un coût supérieur à 10M $.

Ni interventionniste, ni néoconservateur, plutôt isolationniste, mais tout en promettant une position "great again" dans le monde, Donald Trump trouvera peut-être, grâce aux cinq experts en politique étrangère dont il vient de s'entourer, une vision cohérente et argumentée du monde. Ted Cruz, entouré, lui, de sérieux conseillers néo-conservateurs ayant servi Reagan et Bush, semble obsédé par la "menace musulmane" et souhaite exterminer l'"Etat islamique", quitte à utiliser l'arme nucléaire.

La tension insoluble dans l'opinion publique entre d'un côté la volonté de défendre l'image d'une Amérique glorieuse, et de l'autre le rejet des démonstrations de puissance militaire (le "no boots ont the ground" reste unanime) complexifie et fragmente les prises de position dans cette campagne, de quelque bord que se trouvent les candidats.

A lire aussi : La carte des bases militaires russes à l'étranger,  article du 11 octobre 2015

A écouter sur France Culture

"Les Etats-Unis, une superpuissance, mais durablement affaiblie?", Les Enjeux internationaux, 23 juin 2014

"Le Président Obama et l'emploi de la force militaire américaine", Les Enjeux internationaux, 12 septembre 2014

"Les Etats-Unis ont-ils peur de la guerre ?", Du Grain à moudre, 18 juin 2013

Documentation : Maria Contreras