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Cartes de campagne 3/5 : l'avortement aux Etats-Unis

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Carte. "Il doit y avoir une certaine forme de punition" pour les femmes qui avortent a affirmé D. Trump. Macho réac républicain contre Hillary, passionaria féministe démocrate ? Que révèle cette caricature de débat sur l'avortement des lignes de fractures américaines ?

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Suite à sa criminalisation de l'avortement (sur la chaîne MSNBC le 30 mars), Donald Trump a fait machine arrière : il n'envisagerait  de sanction plus que pour les médecins qui pratiquent l'avortement, non pour les femmes, alors "victimes", et uniquement dans le cadre d'une loi interdisant l'avortement. Et de conclure en clarifiant : "I'm pro-life with exceptions". Tollé et réactions en chaîne de la part des démocrates - Hillary Clinton en tête, elle-même par ailleurs ambiguë sur l'utilisation de son statut de femme dans la campagne. Incarnant le débat jusqu'à la caricature, ce duel révèle une ligne de fracture historique entre républicains et démocrates, pour qui la place des femmes dans la société et les convictions religieuses sont les rouages d'un profond clivage idéologique, social, mais aussi géographique.

L'avortement constitue depuis sa légalisation en 1973, avec le cas "Roe v. Wade", un élément identitaire des bases électorales républicaine et démocrate. Déplacez-vous dans la carte, zoomez et dézoomez avec le bouton +/-, passez sur les États pour obtenir des précisions sur les restrictions actuelles de l'avortement dans chaque État :

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Source : Guttmacher Institute, institut de recherche fournissant des statistiques sur le contrôle des naissances et l'avortement, qui met à jour les dernières législations par Etat. Taux d'équipement pour l'année 2011. Etat des législations au 1er décembre 2015. Couleur politique de chaque Etat en mars 2016.

Les 288 restrictions législatives introduites entre 2011 et 2015, instituées localement sont concomitantes avec l'arrivée des républicains au pouvoir dans une dizaine de nouveaux États en 2010. Ces restrictions récentes concernent avant tout deux catégories : la loi Obama d'assurance maladie, qui sert de prétexte pour ne pas rembourser contraception et avortement, et les exigences concernant les locaux où peuvent être pratiqués les avortement, précisant jusqu'à la largeur des couloirs, conduisant à la clôture de dizaines de centres qui ne répondent pas à ces normes drastiques.

Les six États les plus restrictifs en matière d'avortement sont tenus par les républicains (Louisiane, Mississippi, Oklahoma, Arizona...), alors que les sept États les plus permissifs (Oregon, Washington, Vermont...) sont tous aux mains des démocrates. Cette fracture suit le clivage entre États côtiers (côte est et côte ouest) d'une part, où l'avortement est historiquement mieux protégé, et les États du centre du pays d'autre part.

Sujet brûlant de controverse, l'avortement n'a jamais été aussi peu pratiqué depuis sa légalisation il y a 40 ans. Jamais aussi politisé, l'avortement reste la bête noire d'une droite évangélique puissante, alors qu'une femme se place pour la première fois comme favorite d'une élection présidentielle. Les déclarations scandaleuses de D. Trump lui coûteront-elles la présidence ? Si elles lui assurent un temps de présence médiatique record, elles risquent de lui mettre à dos un certain nombre d'électrices, talon d'Achille du milliardaire, qui a multiplié les déclarations sexistes, alors que les femmes représentent la moitié la plus votante de l'électorat américain.

Les 10 catégories de mesures limitatives de l'avortement retenues concernent :

  • la couverture d'assurance maladie,
  • le terme de la grossesse,
  • l'accord parental pour les mineures,
  • les équipements hospitaliers et le statut des praticiens,
  • le temps d'attente et la consultation obligatoire,
  • le nombre de praticiens autorisés,
  • la régulation ciblée des praticiens,
  • les exigences d'ultrasons,
  • le financement public,
  • l'interdiction de l'avortement non exécutoire par Roe.

Documentation : Maria Contreras.

A lire aussi sur France Culture, les autres épisodes des "Cartes de campagne", sur les enjeux de la présidentielle américaine :

1/5 : l'immigration

2/5 : l'engagement militaire dans le monde

4/5 : le système de santé

5/5 (à venir) : les armes à feu