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Cartes de campagne 4/5 : l'Obamacare, ligne de fracture entre républicains et démocrates

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Carte. La promesse est récurrente et unanime dans la campagne républicaine: détricoter l'"Obamacare", réforme de l'assurance maladie emblématique du président. Comment est-elle appliquée aujourd'hui, Etat par Etat, et quelle ligne de fracture politique représente-t-elle entre démocrates et républicains ?

L'"Obamacare" plus appliqué dans les "blue" (démocrates) que dans les "red states" (républicains)

Circulez dans la carte, zoomez et dézoomez avec le bouton +/-, passez sur chaque Etat pour obtenir des précisions quant à son application de l'Obamacare :

Sources : couleur politique des gouverneurs au 17 mars 2016 : National Conference of State legislature ; application de la loi de santé "Obamacare" (dispositif Medicaid) : Vox, Advisory

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Cette carte représente le degré d'application du dispositif central de la loi de santé sur les soins abordables dite "Obamacare" (ou "ACA" pour "Affordable Care Act"), votée en 2010, appliquée à partir de 2014 : Le "Medicaid" permet aux plus bas revenus (jusqu'à 138% du seuil de pauvreté fédéral - soit environ 15.000 $ pour une personne et 31.000 $ pour une famille de quatre personnes) de bénéficier d'une couverture maladie. Cette mesure aurait permis selon le "Well Being Index" de Healthways, de faire baisser de 6.1 points le nombre de personnes privées d'assurance maladie : passant de 20,3% fin 2013 (juste avant l'application de Medicaid) à 11% début 2016 (avec des différences de 9.5 points pour les noirs et de 10.4 pour les hispaniques). Les Etats sont classés en quatre catégories : ceux qui appliquent cette mesure, ceux qui ont proposé des plans d'assurance alternatifs, ceux qui disent qu'ils vont appliquer la mesure, et ceux qui ont refusé de l'appliquer. Ces degrés sont corrélés à la couleur politique des gouverneurs de chaque Etat. Soit :

  • Parmi les Etats qui ont refusé l'application de Medicaid, 15 Etats gouvernés par les républicains, contre 2 Etats démocrates (Missouri et Virginie, suite à l'opposition des gouverneurs démocrates aux assemblées majoritairement républicaines).
  • Parmi les Etats qui ont adopté Medicaid, 15 Etats démocrates, contre 9 Etats républicains (dont 2, Kentucky et Illinois, qui sont passés d'un gouverneur démocrate à un républicain en 2014).

La politisation des questions de santé, et leur structuration partisane est flagrante, faisant apparaître une ligne de fracture claire qui recoupe globalement celle qui sépare idéologiquement et géographiquement les Etats côtiers "bleus" (Nouvelle Angleterre à l'Est et Pacifique à l'Ouest) des Etats du centre, "rouges" (Midwest et Deep South).

La ligne de démarcation devient curseur identitaire partisan dans la campagne présidentielle 2016

Les républicains en appellent de façon unanime à démanteler le système d'assurance santé instauré par Barack Obama, jugé trop coûteux, inefficace, et ayant conduit "des millions d'Américains" à perdre leur couverture maladie. Au nom du "droit des Etats" et du "droit des individus", les candidats poursuivent la bataille rangée de leur parti contre la loi depuis son vote en 2010 : plus de 700 propositions ont été déposées afin de détricoter la loi santé pour la seule année 2014, selon "The Center of public integrity". "Fiasco", "abomination", "catastrophe"... les favoris à l'investiture républicaine rivalisent d'inventivité pour diaboliser la réforme emblématique de l'actuel président, labellisée démocrate.

"Obamacare est vraiment la pire chose qui soit arrivée à ce pays depuis l'esclavage". Ben Carson

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Donald Trump présentait début mars son plan en sept points pour torpiller la réforme actuelle des soins de santé et en faire "quelque chose de beaucoup mieux", qui passerait par l'autorisation de l'importation des médicaments sous ordonnance, l'abolition des barrières empêchant la vente d'assurances entre différents États, l'abrogation de l'obligation de souscrire à une assurance individuelle, ou la déduction fiscale totale des dépenses de santé.

Les candidats démocrates, eux, souhaitent au minimum s'appuyer sur le socle financier, idéologique et administratif de la réforme : pour Hillary Clinton, l’Obamacare actuel, proche de ce qu’elle prônait lors de sa campagne de 2008, constitue un “cadre de base” à poursuivre. Et veulent dans la version maximaliste de Bernie Sanders, fidèle à ses racines socialistes, l'approfondir radicalement : le sénateur du Vermont suggère à la fois d’étendre la couverture maladie, et de la rendre plus accessible, comme cela est fait dans dans son Etat, selon le modèle de l'assureur universel, ou "payeur unique".

Tous deux s'inscrivent dans la lignée de la tradition démocrate en matière d'assurance maladie : en 1965, le président démocrate Lyndon Johnson promulguait le Medicare et Medicaid, assurances respectivement pour les personnes âgées et pour les personnes pauvres, après avoir rallié à lui la moitié des voix républicaines du Congrès. Quant à Bill Clinton, il tentait lui aussi de faire passer un projet ambitieux en 1993, sur lequel travaillait déjà Hillary Clinton, soldé par un rejet final du Congrès.

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La structuration partisane du débat sur l'Obamacare renvoie aujourd'hui à une pure lutte électorale. Pour les démocrates, le principal problème réside dans le fait que ses principaux bénéficiaires - les plus pauvres - ne votent pas.

A lire aussi sur France Culture, les autres épisodes de la série "Cartes de campagne", consacrée aux enjeux de la présidentielle américaine :

1/5 : l'immigration

2/5 : l'engagement militaire dans le monde

3/5 : l'avortement

5/5 (à venir) : les armes à feu