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Casablanca : le derby le plus fou du monde ?

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Le tifo des supporters de Raja lors d’un match contre Wydad le 23 novembre 2019 au stade Mohammed V à Casablanca.
Le tifo des supporters de Raja lors d’un match contre Wydad le 23 novembre 2019 au stade Mohammed V à Casablanca.
© AFP - Rizkou Abdelmjid

Il était un foot. C'est l'un des derbies les plus spectaculaires au monde : Wydad Athletic Club contre Raja Club Athletic à Casablanca. Un match qui anime toute la ville en amont des rencontres et qui impose de choisir son camp : rouge et blanc (Wydad) ou alors vert et blanc (Raja) ?

Le derby de Casablanca est bouillant ! Au Maroc, lors du match Wydad-Raja, la vie s'arrête. Ce n'est plus la peine de travailler, d'étudier ou de penser à autre chose. C'est d'abord la fête du football, et surtout la démesure. À la télévision, une semaine avant le match, on essaie d'imaginer qui va l'emporter... En attendant le prochain derby ! 

Un match qui se joue aussi en tribunes

Les "news flashs" se multiplient pendant les jours qui précèdent la rencontre. Tout est valable pour faire monter la pression jusqu'au coup d'envoi. Et les audiences ! Mais à Casablanca, le spectacle est parfois plus impressionnant dans les tribunes que sur le terrain ; les ultras font tout pour gagner le match des supporters. Fumigènes, banderoles, chants, "tifo" le plus spectaculaire... Tout pour gagner la rencontre dans les tribunes. Des images qui tourneront ensuite sur les réseaux sociaux du monde entier.

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Malheureusement, après le match, les plus violents des ultras, s'affrontent régulièrement à coup de pierres : violences, affrontements, blessés et arrestations terminent souvent la journée de derby entre Wydad et Raja. 

Heureusement, ces affrontements concernent une minorité et l'on retient plutôt l'imagination des supporters dans les tribunes : un "show" pour 70 000 spectateurs et de très nombreux téléspectateurs.

L'histoire de ces clubs commence sous le protectorat français

L'histoire de ces deux clubs commence à l'époque du protectorat français du Maroc, à l'époque coloniale, dans les années trente et quarante. Le club le plus ancien est Wydad Athletic Club, né le 8 mai 1937, et omnisports à sa fondation. Il s'appelle ainsi car le jour de la création du club, l'un des quatre fondateurs, Haj Mohamed Benjelloun, était arrivé en retard à la réunion. Il était allé au cinéma voir un film avec la grande chanteuse égyptienne Oum Kalsoum. Il avait été subjugué par le chant de Oum Kalsoum et le film s'appelait : "Wydad", c'est-à-dire : "amour". Le nom du club est donc : Wydad "Amour" Athletic Club. 

À l'époque du protectorat français, il était interdit aux Marocains de venir nager dans les piscines près du port de Casablanca. En créant ce nouveau club majoritairement musulman, le WAC demandait au résident général français, le général Nogues, que les Marocains puissent aller nager dans les piscines. Ils furent entendu. Le WAC était majoritairement musulman, mais il y avait dans ce club des Français et des Juifs. Sur douze membres du bureau, les musulmans étaient six. Puisqu'ils ont obtenu le droit d'aller dans les piscines du centre-ville, le WAC a créé un club de water-polo en 1937, puis un club de basket en 1938 et une équipe de football en 1939.

Le tifo des supporters de Wydad lors d’un match contre Raja le 23 novembre 2019 au stade Mohammed V à Casablanca.
Le tifo des supporters de Wydad lors d’un match contre Raja le 23 novembre 2019 au stade Mohammed V à Casablanca.
© AFP - Rizkou Abdelmjid

Aujourd'hui, le club a conservé un côté plutôt bourgeois et du centre-ville : les membres du bureau occupant plutôt des métiers comme médecins, avocats, commerçants, etc.

Le club rival est le Raja Club Athletic, fondé le 20 mars 1949. Le Raja ("l'Espoir") joue en vert et blanc et il est plus soutenu par les quartiers populaire que Wydad. Ce club a été créé par des syndicats de l'Union Marocaine du Travail, du quartier de Derb Sultan. Pour fonder le RCA, les membres se sont réunis dans le café Al Watan à Derb Sultan. 

Le RCA est plus à gauche, fondé par des syndicalistes, et très sensible au problème de la Palestine. Les supporters du Raja ont souvent dans le stade des drapeau palestiniens. Et pourtant ces deux clubs ont connu le même grand entraîneur, en l'occurrence "le Père Jégo".

Un entraîneur a marqué l'histoire des deux clubs

Mohamed "Ben Lahcen" Affani est né en 1900 en Tunisie et il est mort en 1970. Issu d'une famille de riches commerçants qui se sont installés dans Casablanca, le "Père Jégo" est un polyglotte qui parlait sept langues : l'arabe, le berbère, le français, l'espagnol, le portugais et l'anglais. Il a fait ses études à l'école Juive de Casablanca avant d'aller travailler dans une banque à Paris dans les années vingt. C'est là qu'il découvre le football ! Il devient donc journaliste sportif et écrit dans "le Petit Casablancais". 

Mais sa passion est la plus forte et il devient l'entraîneur de Wydad. Il va être cinq fois champion avec les rouges et blancs et permet au WAC d'avoir un style de jeu typiquement britannique, fait de rigueur, de physique et d'efficacité. Tout allait bien, en 1952, quand "le Père Jégo" se fâche avec les dirigeants du WAC, sans que l'on sache vraiment la cause. Et en 1953, il rejoint le Raja ! 

À peine arrivé, il change totalement le style de jeu du Raja et fait jouer son équipe à la sud-américaine : un jeu technique. Le "Père Jégo" avait découvert ce style en Amérique du Sud, lors de l'un de ses nombreux voyages consacrés au football ; il se déplaçait dans le monde entier.

Lorsqu'on lui demandait quel club il préférait, le "Père Jégo" répondait : "Mon coeur va vers le Wydad, mais le Raja symbolise la solidité de mon caractère". Les derbies ont commencé lors de l'indépendance du Maroc avec la première rencontre en 1956 et la victoire de Raja, 1-0. Le Wydad prit sa revanche en 1957, 3-0. 

Depuis, il y a eu 127 matches en championnat, 35 victoires pour le Raja, 61 matches nuls et 31 succès pour le WAC. En Coupe, les résultats sont aussi relativement équilibrés : 14 derbies, 6 pour le Raja, 3 nuls et 5 pour le WAC.

Mais ces deux clubs regardent vers les compétitions internationales, la Ligue des Champions de la Confédération Africaine de Football et la Coupe Mohammed VI des champions des clubs arabes. Lors de la dernière compétition panarabe, le match Wydad-Raja avait été somptueux. À dix minutes de la fin, le score était 4-1 pour Wydad mais à la fin du match, le Raja avait remonté le score et s'était qualifié à 4-4 ! Quel spectacle !

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Le spectacle est aussi dans les tribunes lors du derby de Casablanca : match du 2 novembre 2019.