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Ce 10 mai 1981…

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© Jacky Naegelen / Reuters

Il y a 30 ans, François Mitterrand remportait les élections présidentielles contre Valéry Giscard d'Estaing dans un 19 mai 1974 inversé. **Après 23 années passées sous le régime de l’opposition, la gauche se hissait pour la première fois au pouvoir sur l'échelle nationale. Une victoire témoignant d’une puissante volonté de changement chez les électeurs français. **
10 mai 1981, peu avant 20 heures. Sur Antenne 2, Jean-Pierre Elkabbach, la mort dans l’âme - qu’il a giscardienne -, et Etienne Mougeotte s'apprêtent à réveler le nom du nouveau Président de la République. Les résultats ils les connaissent puisque, dès 18h30, les chiffres circulaient aux sièges des partis et dans les rédactions.

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Pourtant, pendant que les dernières secondes s'égrennent, les présentateurs tentent de ménager un ultime suspense à l'aide de quelques déclarations solennelles et convenues :


Pour bon nombre d'électeurs, la tension se délie et la joie éclate à l'annonce de la victoire de François Mitterrand.

A l'époque, Christiane Chombeau brosse pour Le Monde un tableau de l'ambiance régnant au siège du Parti socialiste, rue de Solférino ; dès la fin de l'après-midi, l'ébullition y accompagnait l'expectative d'une victoire définitive :

« Les caméras, les photographes venus du monde entier, toute l'assistance fixe le petit écran et, enfin, tout le monde s'embrasse… La victoire est certaine. M. Lionel Jospin, premier secrétaire du parti, se dirige vers la salle de presse. L'honneur lui revient de faire le premier discours des vainqueurs.

Par-delà les figures officielles, des artistes et des personnages plus médiatisésexpriment aussi avec ferveur leur engagement politique. Parmi eux, Coluche qui s'était initialement présenté aux élections :

Grimpé sur une chaise, Coluche cherche à attirer les journalistes. Fumant ostensiblement un « joint » (…) il harangue la foule : « Le 10 mai, c’est pas une bonne date pour les rois… Y en a deux qui sont morts ce jour là : Louis XV et Giscard d’Estaing… »

Scènes de liesse également Place de la Bastille et en province, où des centaines de milliers de jeunes se sont rassemblés, mêlant leur euphorie à celle de leurs aînés de mai 68 :


Sur fond de crise économique, la campagne, à l'inverse de cette joie déferlante, n'avait pourtant pas coulé de source. Après le Face à face télévisé du 5 mai 1981 (suivi par presque 2/3 des Français), le ton s'était durci davantage encore entre les deux candidats. Trois jours avant les élections, VGE avait ainsi réussi à faire perdre son sang froid à Mitterrand qui l'avait accusé d'avoir proféré "12 mensonges" sur le programme du parti socialiste, au cours de l'émission politique d'Anne Sinclair. Mais définitivement, la provocation ne paye pas toujours dans le petit monde politico-médiatique :

« M. Giscard d’Estaing ne se vantait-il pas encore, dans l’avion qui le ramenait de son dernier meeting à Bordeaux (…) de l’avoir si nettement emporté sur Mitterrand dans son Face à face que c’est « par délicatesse » qu’il ne l’avait pas mis KO ! Mais que peut, que vaut le monde clos et rassurant du duel télévisé quand irrésistiblement Mitterrand, dans l’opinion, faisait figure d’homme de la nation ? »

Paul Guilbert, Le Quotidien ,11 mai 1981

Le 21 mai 1981, lors de sa journée d'investiture, celui qui avait été capable de rassembler les forces traditionnelles de la gauche en faisant de l'emploi sa première priorité prenait officiellement ses fonctions et nommait le gouvernement Pierre Mauroy :


Restait pour le nouveau Président, durant le septennat à venir, à capitaliser l'immense espoir suscité par son élection chez la majorité des Français.

A lire aussi, Les "Grands travaux" de François Mitterrand

A consulter, une animation sur ses 50 ans de vie politique

> Retrouvez la série d'entretiens autour de la figure de François Mitterrand, menés par Laure Adler du 21 février au vendredi 4 mars 2011, avec : Edgar Morin (1/2), Edgar Morin (2/2), Olivier Py, Benoite Groult, Michel Butel, Claude Lanzmann, Jean-Michel Wilmotte, Pierre Bergé, Jane Birkin et Georges Lavaudant, Philippe Starck. > Ecoutez le dossier du jour d'Antoine Marette consacré à François Mitterrand, aujourd'hui enseigné dans les livres d'histoire de Terminale :
> Dans le journal de 7 heures du 10 mai, écoutez également les interventions d'Yvan Levaï et de Philippe Alexandre :
Yvan Levaï, au micro d'Antoine Marette, se remémore une élection qui l'avait à la fois réjoui et inquiété.
Philippe Alexandre pose un regard critique sur le double septennat de François Mitterrand.
> Et suivez ce lien pour retrouver la programmation à l'antenne de toutes les émissions consacrées à François Mitterrand à l'occasion du trentenaire de son élection.