Publicité

Ce qu'il reste en Syrie et en Irak de l'organisation Etat islamique

Par
Des hommes d'"unités de mobilisation populaire" (Hachd al-Chaabi) s'en prennent à un panneau de l'EI à Hawija, en Irak, le 6 octobre 2017
Des hommes d'"unités de mobilisation populaire" (Hachd al-Chaabi) s'en prennent à un panneau de l'EI à Hawija, en Irak, le 6 octobre 2017
© AFP - Ahmad Al-Rubaye

Entretien. Raqa, le principal bastion en Syrie de l'organisation Etat islamique, est tombé ce mardi, près de trois mois après la prise de Mossoul, son autre fief en Irak. L'EI a perdu l'essentiel de son "califat" autoproclamé en 2014, mais conserve des territoires et des capacités de nuisance.

La victoire à Raqa des forces arabo-kurdes soutenues par les Etats-Unis signe la fin de la capitale syrienne de l'organisation Etat islamique. Et la fin de plus de trois années d'atrocités dans une ville en grande partie détruite et minée. Début juillet, la reprise par la coalition internationale de Mossoul, en Irak, avait déjà marqué une étape déterminante dans cette longue reconquête. Mais le groupe djihadiste conserve encore quelques territoires et des capacités de nuisance. Voici un état des lieux de ce qu'il reste à l'EI en Syrie et en Irak, grâce à l'éclairage de Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et du Proche-Orient.

A son apogée il y a trois ans, le califat auto-proclamé de l'EI s'étendait de l'ouest de la Syrie au centre de l'Irak. Mais le groupe djihadiste a perdu près de 90% des territoires qu'il avait conquis en 2014 en Irak et en Syrie, a annoncé mardi la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis. Soit un recul sur plus de 93 790 kilomètres carrés. La coalition précise qu'"entre 3 000 et 7 000 terroristes de (l'EI) continuent de se battre en Irak et en Syrie".

Publicité
© AFP - Simon Malfatto, Sabrina Blanchard, Thomas Saint-Cricq
L'Invité des Matins

En Syrie

Dans la province de Deir Ezzor, le groupe terroriste a perdu la moitié de son territoire en deux mois. Il est pris en étau entre les forces kurdes, au nord, et l'armée de Bachar al-Assad, soutenue par la Russie. Mais il contrôle encore environ 10% du territoire, contre un tiers en début d'année. Interrogé par Nabila Amel, Fabrice Balanche explique :

C'est essentiellement du désert, à l'Est de la Syrie, à la frontière irakienne. Il s'agit de l'est de la province de Deir Ezzor, une petite partie de la vallée de l'Euphrate avec la ville frontalière d'Abou Kamal. Il y a 500 000 habitants environ encore dans cette zone. Donc on peut dire que dans quelques mois - 6 mois maximum - s'il y a une volonté d'éradiquer l'organisation Etat islamique dans cette zone, ce sera terminé pour l'EI en Syrie.

Du Grain à moudre
39 min

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

En Irak

En Irak, il reste à l'EI un territoire beaucoup plus important, détaille Fabrice Balanche :

Ils contrôlent encore à peu près 40 000 à 50 000 kilomètres carrés. Mais là aussi c'est un vaste territoire désertique, avec quelques poches de djihadistes dans la province arabe sunnite d'Al-Anbâr, à l'ouest, et sur la vallée de l'Euphrate, où vous avez entre 1 et 1 million et demi d'habitants.

Il y a aussi encore deux villes sous le joug de l'EI dans la zone près de la frontière syrienne : Rawa et surtout Al-Qaïm, ultime localité avant la frontière. Ces deux localités représentent les ultimes verrous après la perte fin août de Tal Afar, ville stratégique pour l'EI sur la route vers la Syrie.

Le Magazine de la rédaction
55 min

Retour à une stratégie d'attaques terroristes

Tous les dirigeants et experts se demandent maintenant dans quelle mesure c'en est fini de l'EI. Comment va évoluer ce groupe défait militairement ? Lui qui compte encore de jeunes combattants prêts à mourir en martyr. D'après Fabrice Balanche, les survivants vont revenir à d'anciennes méthodes :

Ils ont la capacité de programmer des attentats terroristes dans toute la région. Ils sont capables de lancer des raids dans des zones habitées parce qu'ils sont toujours présents dans des maquis, cachés au milieu de la population. Il y a aussi des cellules dormantes dans les villes et donc là, ils vont revenir à leur stratégie "pré-guerre civile syrienne", c'est-à-dire une stratégie d'attaques terroristes.

Se pose enfin bien sûr la question d'attentats en dehors de la région et du retour de djihadistes étrangers dans leurs pays d'origine, notamment en France.

Les Enjeux internationaux
10 min