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Ce qui est reproché à la présidente du Brésil Dilma Rousseff

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Dilma Rousseff lors d'un meeting à Brasilia le mardi 12 avril
Dilma Rousseff lors d'un meeting à Brasilia le mardi 12 avril
© Reuters - Ueslei Marcelino

D'un supposé maquillage des comptes publics à la nomination de Lula à son gouvernement, en passant par des accusations de corruption, voici en cinq grands points ce qui plonge Dilma Rousseff et le Brésil dans la tourmente. Avec les réponses de la présidente menacée de destitution.

La Chambre des députés brésilienne a ouvert ce vendredi les débats sur la destitution de celle qui est accusée notamment de « crime de responsabilité ». La nuit précédente, le Tribunal suprême brésilien (STF) avait rejeté le recours de la dirigeante pour faire annuler la procédure.

Les députés ont trois jours pour statuer sur le sort de la dirigeante de gauche, accusée d’avoir maquillé les comptes du gouvernement. Dimanche, l’opposition devra rallier les deux tiers de la chambre (342 sur 513 élus) pour que la procédure soit soumise à l’approbation du Sénat. La séance a commencé par une lecture du rapport de la commission spéciale rassemblée la semaine dernière et qui recommande la destitution de la présidente.

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Mais Dilma Rousseff fait face à de nombreuses critiques, qui dépassent cette seule procédure, notamment celles des nombreux opposants qui manifestent au Brésil depuis plus d’un mois. Voici cinq points pour comprendre ce qui lui est reproché :

1. Elle aurait fait un « pédalage budgétaire » pour maquiller les comptes publics

Explication. C'est le reproche au cœur de la procédure de destitution en cours. Selon l’opposition, lors de la campagne pour sa réélection en 2014, la présidente aurait sciemment maquillé les comptes publics pour minimiser l’ampleur des déficits et de la récession économique du Brésil. Dilma Rousseff aurait ainsi emprunté jusqu’à 41 milliards de réais (10 milliards d’euros) auprès des banques publiques pour régler les dépenses du gouvernement. Cette somme n'étant comptabilisée qu'un an plus tard, elle n'est pas apparue avant la réélection de la dirigeante. Selon l’opposition, la pratique illégale est constitutive d’un « crime de responsabilité » – l’un des motifs de destitution prévus par l’article 85 de la Constitution brésilienne.

La réponse de Dilma Rousseff. « Pour m’ôter le pouvoir, il faudra des preuves », a-t-elle réagi dans une interview à sept médias étrangers, dont le journal Le Monde. Selon la présidente, « la procédure en cours [pour prouver le « crime de responsabilité »] est fragile : on me reproche le pédalage fiscal. Un procédé que, jusqu’à mon premier mandat, tous les présidents ont utilisé. »

Les reproches qui suivent ne sont pas invoqués dans la procédure de destitution de la présidente, mais ils participent de la colère des milliers de manifestants brésiliens en faveur de cette procédure.

2. Elle aurait plongé le Brésil dans la récession économique

Explication. Avant sa première élection en 2010, le Brésil connaissait un développement fulgurant : 26 millions de Brésiliens étaient sortis de la pauvreté, une forte classe moyenne composée d’une centaine de millions de personnes avait enfin émergé, l’ancien président Lula était perçu comme un héros. Mais juste après l’élection de Dilma Rousseff, le contexte économique a changé : chute mondiale du prix des matières premières, dégradation des finances publiques et inflation. La présidente a donc dû entamer une politique d’austérité.

La réponse de Dilma Rousseff. La présidente dit avoir tenu à mener une cure d’austérité pour avoir des recettes supplémentaires et maintenir les programmes sociaux. Elle met en cause les députés de l’opposition, qui auraient, selon elle, sciemment bloqué les lois visant à obtenir ces recettes.

3. Elle a été membre du conseil d’administration de la compagnie Petrobras, au cœur d’un scandale de corruption

Explication. Dilma Rousseff n’a pas été mise en cause directement dans le scandale Petrobras, mais sa proximité avec la compagnie nationale pétrolière au cœur d’un système de corruption généralisé – elle en a été membre du conseil d’administration de 2003 à 2010 – alimente largement le mécontentement des Brésiliens, remontés contre le Parti des travailleurs auquel appartiennent Dilma Rousseff et l’ancien président Lula.

La réponse de Dilma Rousseff. De son côté, la dirigeante dément toute implication dans le scandale. Elle n’en avait aucune connaissance, comme tous les membres du conseil d’administration de Petrobras.

A regarder pour comprendre le scandale Petrobras : La vidéo d’illustration de la chronique « Expliquez-nous…les scandales de corruption au Brésil » de Gérald Roux pour France Info.

4. Ses campagnes auraient été financées par la corruption

Explication. Cependant, les rumeurs d’implication de la présidente dans le scandale de corruption vont bon train. D’après le quotidien brésilien Folha de Sao Paulo, repris par France Info, les campagnes présidentielles de 2010 et de 2014 de Dilma Rousseff ont été financées par de l’argent provenant de surfacturations, réalisées dans le cadre du système de corruption Petrobras. Le journal cite un ancien grand patron du secteur du BTP qui a lui-même été arrêté dans cette affaire en juin dernier.

La réponse de Dilma Rousseff. Mais selon l’avocat de la présidente, cité par le journal, il s’agit de dons versés « légalement et volontairement pour la campagne de 2014, pour un montant moins important que ceux faits au candidat adverse ». Avant ces dernières révélations, la présidente s’était défendue de toute irrégularité, en s'appuyant sur la validation de ses comptes de campagne par la Cour des comptes brésilienne.

5. Elle aurait voulu faire « obstruction à la justice » en nommant Lula dans son gouvernement

Explication. L’ancien président Lula a, quant à lui, été directement cité dans le scandale Petrobras. Début mars, le parquet de Sao Paulo a décidé de son placement en détention pour « occultation de patrimoine » : l’ancien président est soupçonné d’être le véritable propriétaire d’un appartement détenu par la compagnie pétrolière. Quelques jours plus tard, Dilma Roussef nomme Lula chef de son cabinet - une nomination suspendue depuis. Le soir-même, le juge Sergio Moro, encore en charge de l'enquête, divulgue l’enregistrement d’une conversation téléphonique entre Lula et Dilma Rousseff qui laisse penser que la présidente l'a nommé pour lui donner une impunité face à la justice ordinaire. A noter que depuis, Lula a remporté une victoire dans son bras de fer avec Sergio Moro : le Tribunal suprême fédéral (STF) a retiré au juge le volet de ce dossier, parce qu'il contient des écoutes téléphoniques où apparaissent la présidente Rousseff et des ministres protégés par leur impunité.

La réponse de Dilma Roussef. Mais la présidente n’en démord pas : elle n’a pas nommé l’ancien président pour qu’il échappe à la justice mais pour qu’il l’aide à sauver son mandat. « La venue de Lula me renforcerait. Lula n’est pas seulement un habile négociateur, il connaît très bien les problèmes du Brésil. Il est sans l’ombre d’un doute le meilleur leader depuis Getulia Varas », a-t-elle confié au Monde avant d’ajouter que les membres du gouvernement brésilien dépendaient de toute façon de la Cour suprême et qu’ils n’échappaient par conséquent pas aux poursuites.

A écouter : La conversation téléphonique entre Dilma Rouseff et Luiz Inácio Lula da Silva divulguée par le juge Sergio Moro (en portugais brésilien).

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