Céleste Albaret gouvernante de Marcel Proust
Céleste Albaret gouvernante de Marcel Proust

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Céleste Albaret, l'indispensable gouvernante de Marcel Proust

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Elle était une paysanne inculte avant de collaborer aux œuvres de Marcel Proust. Servante dévouée et caractérielle de l'un des plus grands écrivains du XXe siècle, qui était vraiment Céleste Albaret ?

Céleste Albaret, Augustine Célestine Gineste de son vrai nom, est née en 1891 à Auxillac en Lozère. Elle reçoit une éducation sommaire dans une école tenue par des religieuses. 

C’était une femme d’une très grande intelligence et absolument inculte, vous savez les filles à cette époque-là n’allaient guère à l’école, les garçons un peu plus, toujours avantagés.                          
Jean-Yves Tadié, spécialiste de Proust

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Céleste ne sort pour la première fois de son village qu’à 22 ans, pour suivre son mari à Paris. La "petite campagnarde", comme elle se surnomme, se sent isolée. Son mari, Odilon Albaret, chauffeur de taxi, n’est pas souvent à la maison. Un de ses clients réguliers, un certain Marcel Proust, lui propose d’engager sa femme pour porter des livres dédicacés à leur destinataire. C'est ainsi que Céleste Albaret commence à travailler chez Proust en 1913.

Céleste et Odilon Albaret en 1915.
Céleste et Odilon Albaret en 1915.
- Collection C. Albaret avec l'aimable autorisation des éditions Robert-Laffont

Lorsque la guerre éclate en 1914, Odilon est mobilisé, tout comme le valet de chambre de Marcel Proust. Ce dernier propose alors à Céleste de le remplacer et de s’installer chez lui au 102 boulevard Haussmann.

J’étais vraiment prisonnière, j’étais prisonnière volontaire, c’est entendu, mais évidemment j’étais prisonnière, je ne sortais pas. Je ne faisais que rester à ses ordres et à ses appels. Alors toute la nuit, il écrivait ou il me demandait.                          
Céleste Albaret dans un interview de 1973 (ORTF)

Céleste se rend vite indispensable auprès de l’écrivain, se pliant à ses moindres désirs et s’adaptant même à sa vie nocturne.

Céleste effectivement ne savait rien faire comme elle disait, dans la cuisine par exemple elle a dû tout apprendre, mais son intelligence, sa finesse, son intuition, sa générosité aussi ont fait qu’elle a été non seulement la gouvernante et la servante de Proust, mais aussi son assistante.                          
Nathalie Mauriac, spécialiste de Proust

En pleine rédaction d’À la recherche du temps perdu, Proust est désespéré, n’arrivant pas à corriger comme il veut son texte par manque d’émargement. Céleste lui suggère de coller elle-même des petits bouts de papiers sur ses cahiers.

Oh je suis sauvé, c’est pas possible, mais vous êtes sûre que vous pouvez faire ça ? J’ai dit: "bien sûr Monsieur”" Je ne peux pas vous dire l’espèce de plaisir qu’il a eu de penser qu’il pourrait enfin écrire comme il voulait ses corrections.                          
Céleste Albaret dans un interview de 1973 (ORTF)

De santé fragile, Marcel Proust était parfois trop faible pour écrire, il dictait alors à Céleste.

Proust lui aurait dit un jour qu’elle était fatiguée et qu’elle voulait partir, il lui dit : "Céleste, si vous partez, je ne peux plus travailler."                          
Nathalie Mauriac, spécialiste de Proust

Portrait de Céleste Albaret.
Portrait de Céleste Albaret.
- Collection C. Albaret avec l'aimable autorisation des éditions Robert-Laffont

Céleste prend une grande place dans la vie de Proust, il s’en inspire pour plusieurs de ses personnages comme Françoise, employée chez la tante Léonie dans À la recherche du temps perdu.

À ma chère Céleste,                          
à ma fidèle amie de huit années, mais en réalité si unie à ma pensée que je dirais plus vrai en l’appelant mon amie de toujours, ne pouvant plus imaginer que je ne l’ai pas toujours connue.                          
Dédicace de Marcel Proust à Céleste, 1921

Portrait de Céleste Albaret
Portrait de Céleste Albaret
© Getty

Céleste Albaret a veillé sur Proust jusqu’à sa mort en 1922. Ce n’est qu’après qu’elle devient mère, à plus de 31 ans. Avec Odilon, elle ouvre un hôtel dans le VIe arrondissement. Puis en 1954 après le décès de son époux, Céleste s’occupe de la maison de Maurice Ravel à Montfort-l’Amaury. Elle confiera plus tard avoir parlé plus souvent de Proust que de Ravel aux visiteurs. Elle meurt en 1984 à 92 ans, ayant vécu toute sa vie dans le souvenir de l’écrivain.

J’ai vécu avec cet homme avec une intensité de plaisir, de joie, de son charme, de sa conversation, de l’homme extraordinaire qu’il était. Il a rempli ma vie.                          
Céleste Albaret, 1973

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