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Cent ans après, le génocide arménien reste tabou

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L'Arménie commémore ce vendredi 24 avril le centenaire du génocide qui a coûté la vie à un million et demi de personnes. Un massacre perpétré par l'empire ottoman en 1915, dont la qualification fait toujours débat aujourd'hui. Seule une vingtaine de pays dans le monde s'est autorisée à parler de génocide, dont l'Allemagne, qui l'a officiellement reconnu en tant que tel jeudi soir, à la veille de ce centième anniversaire.

Garéguine II, Serge Sarkissian, Níkos Anastasiádis, Vladimir Poutine et François Hollande à Erevan, au mémorial du génocide
Garéguine II, Serge Sarkissian, Níkos Anastasiádis, Vladimir Poutine et François Hollande à Erevan, au mémorial du génocide
© Reuters - RIA novosti

Ils sont bien seuls à Erevan, la capitale arménienne, en ce jour de mémoire. François Hollande, Vladimir Poutine, ainsi que leurs homologues chypriote et serbe sont les seuls chefs d'Etat, quatre donc, à avoir fait le déplacement pour commémorer le centenaire du génocide. Un casting complété par une soixantaine de délégations étrangères.

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Ne pas froisser la Turquie
Il faut dire qu'un siècle après, parler de génocide pour évoquer les atrocités perpétrées par l'empire ottoman en avril 1915, qui a coûté la vie à un million et demi d'Arméniens, reste encore très tabou. **Seule une vingtaine de pays à travers le monde s'autorise à employer ce terme, dont l'Autriche il y a quelques jours. ** Les autres ne veulent surtout pas prendre le risque de contrarier la Turquie, comme l'explique Nabila Amel, du service diplomatique de la rédaction :

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Une position parfaitement illustrée par l'exemple étasunien : si Barack Obama avait fait de la reconnaissance du génocide arménien l'une de ses promesses de campagne, générant l'espoir de la diaspora arménienne aux Etats-Unis, il se bornait encore jeudi, veille des commémorations à parler de "massacre" et d'"atrocités" . Les Etats-Unis ont trop besoin de leur partenaire turc pour se permettre de le froisser, comme l'explique Charlotte Alix, notre correspondante à New-York :

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La surprise est venue d'outre-Rhin : l'Allemagne, par la voix de son président Joachim Gauck, a reconnu pour la première fois le génocide arménien ce jeudi soir, moins de vingt-quatre heures avant le début des cérémonies commémoratives. **Joachim Gauck a même évoqué une "coresponsabilité" des Allemands dans ce massacre comme le précise Cyril Sauvageot, notre envoyé spécial permanent à Berlin : **

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François Hollande, lui, a tenu à faire le déplacement à Erevan, pour réaffirmer les liens de longue date qui existent entre la France et l'Arménie. Notre pays abrite en effet la deuxième plus importante communauté arménienne au monde après les Etats-Unis, et a été le premier grand pays à reconnaître le génocide, le 29 janvier 2001. **Nadine Epstain, du service diplomatique de la rédaction de France Culture, détaille ces liens qui perdurent entre la France et l'Arménie : **

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"Pour que le partage du chagrin puisse devenir le partage d'un destin"
Ce vendredi, les cérémonies se sont donc déroulées au mémorial du génocide, situé sur les hauteurs de la capitale arménienne, Erevan. Après y avoir déposé une gerbe, le président arménien Serge Sarkissian a pris la parole pour préciser ce que devait symboliser cette commémoration : "La reconnaissance du génocide n'est pas l'hommage rendu par le monde au peuple arménien et à nos martyrs. (...) C'est un triomphe de la conscience humaine sur l'intolérance et la haine."

François Hollande, pour sa part, a délivré un vibrant plaidoyer lors duquel il a dit "s'incliner devant la mémoire des victimes" . Le chef de l'Etat a également exhorté la Turquie à bouger ses lignes et reconnaître, enfin, le caractère génocidaire de ces meurtres de masse :

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La Turquie choisit Gallipoli
Malgré l'appel de François Hollande, la reconnaissance du génocide arménien n'est clairement pas à l'ordre du jour en Turquie. Si Recep Tayyip Erdogan a renouvelé ses* "condoléances"* aux victimes, assurant que les coeurs des turcs "sont ouverts aux descendants des Arméniens ottomans de par le monde" , le président turc a tout de même enjoint, de façon détournée, les chefs d'Etat du monde entier à rallier Gallipoli plutôt qu'Erevan.

Il s'agit du lieu où s'est tenue la bataille des Dardanelles, qui opposa en 1915, pendant la Première Guerre mondiale, les troupes ottomanes, alors alliées aux Allemands, aux troupes françaises et britanniques. La campagne de Gallipoli a démarré en février 1915, pour s'achever le 25 avril de la même année, lors de cette fameuse bataille au cours de laquelle de nombreux soldats ont été tués, notamment dans les rangs des Alliés.

La Turquie a donc avancé d'un jour les commémorations de ce grand succès militaire pour l'empire ottoman, auxquelles se sont joints une vingtaine de dirigeants du monde entier. Une manoeuvre qui a fortement déplu à Serge Sarkissian, comme le raconte Jérôme Bastion, notre correspondant à Istanbul :

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Ankara a par ailleurs violemment condamné les propos de Vladimir Poutine lors des cérémonies d'Erevan. "Rien ne peut justifier des meurtres de masse" , a dit le président russe. "De telles déclarations politiques constituent une violation du droit et sont considérées comme nulles et non avenues par la Turquie" , a ainsi déploré le ministère turc des Affaires étrangères.

Qui a poursuivi en haussant le ton : *"Nous pensons que la Russie est probablement la mieux placée pour savoir ce qu'est un génocide, et ce que recouvre cette dimension juridique. (...) La répétition de cette erreur par la Russie ne favorisera pas la paix et le bien-être de notre région", * a conclu Ankara.

Réécoutez également le Choix de la rédaction de Claude Guibal consacré au génocide vu de Turquie, diffusé ce jeudi 23 avril sur France Culture :

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