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Cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes : des morts-vivants et une résurrection

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La première soirée de la 75e édition du festivala vu l’intervention, en direct de Kiev, du président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
La première soirée de la 75e édition du festivala vu l’intervention, en direct de Kiev, du président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
© AFP - CHRISTOPHE SIMON

Dans une cérémonie d’ouverture qui s’interrogeait sur la survie du cinéma, et sa capacité à changer le monde, l’irruption surprise de Volodymir Zelensky a remis les pendules à l’heure.

C'est la nature du Festival de Cannes d'être ce lieu clos et paradoxal, dont les écrans sont des fenêtres sur le monde, mais qui reste pendant deux semaines coupé des soubresauts de son actualité. Dans une cérémonie d'ouverture qui, face à l'offensive des plateformes numériques, faisait assaut de déclarations velléitaires sur la survie du 7e art ("Oui, le cinéma est vivant !", assurait la maîtresse de cérémonie, Virginie Efira, quand le président du jury, Vincent Lindon, finissait son discours d'une grande gravité d'un "Être vivant, et le savoir", emprunté au grand Alain Cavalier), et s'interrogeait avec circonspection sur la capacité du cinéma à changer le monde, l'irruption du visage de Volodymir Zelensky, sur le grand écran de la salle Lumière, a remis les pendules à l'heure. Avec sa capacité bien connue à s'adapter à son public, il a cité aussi bien l'Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, et son "odeur du napalm au petit matin", pour imager ce qu'est l'Ukraine sous les bombardements russes, que Le Dictateur de Charlie Chaplin. "Nous avons besoin d'un nouveau Chaplin pour prouver que le cinéma d'aujourd'hui n'est pas muet", a-t-il déclaré, appelant ainsi le monde du cinéma à s'exprimer contre la guerre, constatant malgré tout que le célèbre discours humaniste, à la fin du classique anti-hitlérien, n'avait pas empêché l'émergence ultérieure d'autres dictateurs.

La Maman et la Putain, 50 ans et pas une ride

Dans la foulée était projeté un film de zombies, et c'est tout de même un drôle d'acte manqué, pour un art qui s'interroge sur sa survie, de commencer les festivités par des morts-vivants. Mais le Coupez ! de Michel Hazanavicius, lui-même percuté par l'actualité, puisqu'il s'appelait jusqu'à peu Z (comme Z), et a dû changer son titre suite à l'appropriation de la lettre par les blindés russes, est avant tout un hommage très drôle au cinéma, fut-il de série Z, et à l'énergie collective et bricoleuse qu'il faut pour le fabriquer. Mais la grande émotion d'hier fut surtout une résurrection, celle d'une œuvre mythique du cinéma français, La Maman et la Putain, de Jean Eustache, qui fit tant scandale il y a presque 50 ans à Cannes, et qui était invisible depuis des décennies.

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59 min

Sa projection devant une salle comble, en copie magnifiquement restaurée, s'est conclue par une très longue ovation pour ses deux acteurs survivants, Françoise Lebrun et Jean-Pierre Léaud. Et l'actualité inaltérée de ce film, résonnant avec une grande acuité sur l'état contemporain des relations entre le féminin et le masculin, et la réappropriation par les femmes de leur corps et de leurs désirs, a suffi à montrer combien le cinéma, quel que soit son âge, est bien vivant.